Romook, ectoplasme bloguique

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 13 janvier 2007

La minute culturelle : le verre de thé en Chine

En Chine, ce n'est un secret pour personne, il y a des maisons de thé. Ce midi, décidant de finir une lecture qui me tenait particulièrement à coeur, je me demandais où je pourrais bien aller. La maison de thé est l'endroit idéal en Chine - et peut être même dans le monde - pour finir un livre en toute quiétude. Outre le fait que l'environnement y est calme, paisible et artistiquement décoré, vous bénéficiez d'une quiétude sans équivalent dans un café en France. A l'origine, les maisons de thé étaient des lieux de vie très animés, assez proche du pub en Angleterre, mais que les jeunes générations désertent aujourd'hui, préférant les cafés qui fleurissent un peu partout en Chine, notamment l'inévitable Starbuck. Pour apprécier l'importance sociale de la maison de thé en Chine, avant sa "modernisation", je conseille la lecture de la pièce de théâtre de Lao She, "la maison de thé". Outre l'aspect sociétale qui y est analysé, vous découvrirez dans cet ouvrage une petite tragédie dont les ressorts humains semblent nous laisser entendre qu'entre l'Occident et l'Orient, les passions sont parfois vécues de la même façon... Mais, concrètement, aujourd'hui, comment ça se passe?

A l'abri dans votre espace, personne ne vient vous importuner. Si d'autres personnes sont présentes à des tables proches, sachez qu'elles discuteront naturellement de manière discrète. La maison de thé est un lieu dans lequel on vient trouver le calme. Dès lors, j'ai décidé de m'y ressourcer. Et je crois que je vais en profiter un peu plus avant mon retour en France. La première étape correspond au choix du thé. Après l'avoir choisi, vous savez que vous êtes installé confortablement pour plusieurs heures. Si vous n'avez pas prévu de lecture, ne vous inquiétez pas : il est rare que vous n'ayez pas à votre disposition une petite bibliothèque d'ouvrages artistiques, que ce soit de peinture ou de calligraphie chinoise. J'ai même déjà rencontré des maisons de thé possédant des ouvrages de photographie... Votre verre de thé arrive. Il est bouillant. Vous humez les vapeurs qui s'échappent du thé - le long jing (龙井) a ma préférence, plus connu en France sous l'appelation "Puit du Dragon".



Lorsque le thé a suffisamment refroidi et que toutes les feuilles sont tombées au fond du verre, vous commencez à le déguster. A la moitié du verre, l'un des membres du personnel s'approche et vous verse à nouveau de l'eau chaude sur les feuilles. Souvent, le trouble qui se produit fait resurgir à la surface quelques feuilles qui étaient noyées auparavant. Vous patientez en regardant ces dernières qui virevoltent dans le verre, soumises à des forces invisibles. Lorsque le calme sera revenu dans votre verre, que les feuilles se seront simplement posées les unes sur les autres, dans une demi-eau, une cascade d'eau brûlante viendra leur rendre, l'espace d'un instant, une nouvelle vie... Et ainsi de suite jusqu'à votre départ...

Romook, un instant de paix

Un "zoo humain" en Australie

Un "zoo humain" en Australie - Yahoo! Actualites

La dernière trouvaille de chercheurs en mal de sensation est de mettre en vase clos des humains, dans un local d'orang-outan qui sera vidé de ses occupants pour l'occasion, dans un zoo, en Australie. Evidemment, vous me direz, c'est un renversement darwinien sans précédent dans l'histoire de l'humanité car, pour une fois, c'est le singe qui est supposé descendre de l'homme. En effet, comment ne pas qualifier de singerie le fait d'aller mettre en vase clos des humains pour les étudier? Pourquoi "singerie" me direz-vous ? Réfléchissons ensemble : le raisonnement est simple.

Les chercheurs sont des individus qui sont supposés être intelligents. A ce titre, ils nous tiennent au courant de l'évolution de la science et contribuent - par leurs efforts permanents - au développement de la modernité. Bien. Et pourtant, nous avons ici la preuve que ces personnes, supérieurement intelligentes d'un point de vue scientifique, n'ont pas toutes la télévision et sont parfois totalement déconnectées de la réalité.

Le but de cette expérience est - bien sûr - de permettre l'évolution des conditions de captivités des grands singes. Comme chacun sait, puisque le singe descend de l'homme, en enfermant des hommes, on obtiendra des données scientifiques correctes permettant de mesurer les problèmes que rencontrent les singes en captivité. Heureusement les "primates" rentrent chez eux le soir dans cette opération, à la différence sûrement d'autres catégories, qui n'ont pourtant pas été sollicitées dans l'opération que sont notamment les prisonniers de droit commun, qui sont, à mon humble avis, experts en conditions de captivité. Il est d'ailleurs étonnant que les scientifiques utilisent des personnes n'ayant pas l'habitude de la captivité pour réaliser l'opération car les conditions épistémologiques de l'opération risquent d'aboutir à des résultats biaisés. En choisissant des hommes qui ne sont captifs que de leur vie familiale, leur planche de surf, leur télévision et Internet, on risque de trouver chez eux des troubles qui ne se seraient probablement pas produits chez des personnes qui sont habituées à plus de privation. Or, certains grands singes n'utilisent pas, dans l'état de nature qui précède leur arrivée dans un zoo, une planche de surf, la télévision ou encore Internet. On constate déjà le degré supérieur de civilisation de ses grands singes sur leur congénère humain qui, croyant être plus libres, sont finalement plus conditionnés par leur environnement.

Ainsi, je pose la question : pourquoi faire une expérience sur les paramécies pour améliorer les conditions de vie des poissons dans un aquarium?

Dans les conditions dans lesquelles se déroulent l'expérience, nous aurions tout aussi bien pu utiliser les renseignements que nous pouvions obtenir des personnes en captivité, que ce soit sous la forme primaire (la prison) ou la forme pop-star (Loft Story). C'est ainsi que je me permets de douter du degré d'intégration de ces chercheurs dans notre société puisqu'ils préfèrent créer, de toute pièce, des conditions d'expérience étranges plutôt que d'utiliser les matériaux déjà disponibles dans notre société. Ca me rappelle étrangement la déclaration des droits des animaux faites par l'Allemagne nazie des années 1933... Un paradoxe de plus que notre société soumet à notre sagacité.

Ou alors, le vrai but de cette expérience est une expérience sociologique... Les chercheurs font croire que c'est pour étudier les conditions des grands singes alors qu'en fait le véritable objet d'observation est le public. Comment ce dernier se comporte-il avec ses congénères en captivité "publique". Nos cobayes seront, en effet, derrière des panneaux pour que l'on puisse observer leurs comportements. Là encore, à la différence de l'orang-outan de base, les individus peuvent communiquer avec leur environnement... Ainsi, la vraie expérience est de savoir si les personnes qui vont visiter le zoo humain seront offusquées de cette situation ou, au contraire, accepteront cela comme normal ? Dans le second cas, il est vrai que l'on peut commencer à s'angoisser sur l'état moral de notre société.

Soit dit en passant, à l'occasion du film "C'est arrivé près de chez vous", qui suscite toujours une forme de polémique dans mon entourage (film que j'affectionne particulièrement pour plein d'aspects très divers), je tiens à signaler que j'ai déjà rencontré des personnes qui n'avaient pas apprécié ce film au motif qu'ils ont cru que c'était "un documentaire" (sic!). Et donc elles étaient naturellement choquées. Et bien, dans cette attitude, pour ma part, ce qui est choquant est leur choc. Non pas que je considère que le film ne contienne pas des scènes qui puissent effectivement écorcher la sensibilité, mais bien plutôt qu'elles puissent imaginer que, dans notre société, un documentaire sur un tueur que l'on suivrait au quotidien soit possible ou réalisable, puis projetable en salle... Je me pose dès lors de sérieuses questions sur l'état de délabrement de leur esprit à travers leur acceptation des choses du monde qui nous entoure... Et là, c'est moi qui suis vraiment "choqué". Et je précise que ces personnes faisaient parties des csp supérieures, ce qui ajoute à l'atrocité de leur réflexion.

Pour conclure sur cette histoire d'hommes qui jouent au singe dans un zoo pour regarder leur congénère les imiter, je me pose la question de qui lancera les cacahuètes : le public aux hommes-singe ou l'inverse?

Romook, bien loin en Chine