Romook, ectoplasme bloguique

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dimanche 31 décembre 2006

Celle qui fut foutue et défoutue pour une Grue

Des or, que que j'aie targié,
puisqu'il m'a esté enchargié,
voudré je un fabliau je fere,
dom la matiere oï retrere
a Vercelai, devant les changes,
Cil ne sert mie de losenges
qui la m'a racontee et dite.
Ele est et brieve et petite.
Mais or oie qui oïr vialt!

Ce dit Garins, qui dire sialt,
que jadis fu uns chastelains,
qui ne fu ne fous ne vilains,
ainz ert cortois et bien apris.
Une fille avoit de haut pris,
qui bele estoit a desmesure.
Mes li chastelains n'avoit cure
qu'en la veïst se petit non
ne que a li parlast nus hom.
Tant l'avoit chiere et tant l'amoit
que en une tor l'enfermoit.
N'avoit o li que sa norrice,
qui n'estoit ne fole ne nice,
ainz ert mout sage et mout savoit.
La pucele gardee avoit;
mout l'avoit bien endotrinee.
Un jor, par bone destinee,
vost la norrice aparellier
a la damoisele a mengier;
si li failli une escuelle.
Tot maintenant s'en corut cele
a lor ostel qui n'ert pas loing
querre ce dont avoit besoing.
L'uis de la tor ouvert laissa.
Atant uns valez trespassa
par devant la tor, qui portoit
une grue que prise avoit;
si la tenoit en sa main destre.
La pucele ert a la fenestre,
a l'esgarder hors se deporte.
Le vaslet qui la grue porte
apela, si li dist : "Biau frere,
or me di, par l'arme ton pere,
quel oisel est ce que tu tiens ?
- Dame, par toz les sains d'Orliens,
c'est une grue gente et bele.
- En non Dieu, fet la damoisele,
ele est moult granz et parcreüe!
Se je ne fusse mescreüe,
je l'achetasse ja de toi!
- Dame, fet li valesz, par foi,
se volez, je la vos vendré.
- Or, di donc que je t'en donré?
- Dame, por un foutre soit vostre!
- Foi que doi Saint Pere l'apostre,
je n'ai nul foutre por changier.
Je ne t'en feïsse dangier,
se l'eüsse, se Dieus me voie,
tantost fust ja la grue moie!"
Li vaslez respont : "Ce est gas!
Ice ne querroi je pas,
que de foutre a plenté n'aiez;
mais fetes tost, si me paiez!"
El jure, se Dieus li aït,
c'onques encor foutre ne vit.
"Vaslez, fet ele, vien a mont;
si quier et aval et amont,
soz bans, soz lit, partot querras.
Se foutre i a, tu le verras."
Li vaslez fu preus et cortois :
en la tor monta demenois;
sanblant fet de querre partot,
"Dame, fet il, je me redot,
qu'il ne soit soz vostre pelice."
Cele qui fu et sote et nice
li dist : "Vaslez, vien, si i garde!"
Et li vaslez plus ne s'i tarde,
ainz embrace la demoisele,
qui ne sanbloit mie misele !
Sor lou lit l'a cochiee et mise,
puis li solieve la chemise;
les jambes li leva en haut,
au con trover mie ne faut,
lo vit i bote roidement.
"Vaslez, tu quiers trop durement!"
Fet la pucele, qui sospire.
Li vaslez commença a rire,
qui est espris de la besoingne.
"Drois est, fet il, que je vous doingne
ma grue : soit vostre tot quite!
- Tu as bone parole dite,
fet la meschine, or t'en torne."
Cil la lessa pensive et morne,
si s'en issi de la tor fors.
Et la norrice i entra lors,
Si a aperceü la grue.
Toz li sans li fremist et mue.
Lors l'aparla tost et isnel :
"Qui aporta ci cest oisel ?
Damoisele, dites lou moi!
- Dame, fist ele, par ma foi,
je l'ai d'un vaslez achetee
qui çaient la m'a aportee.
- Q'i donastes ? - Un foutre, dame,
il n'en ot plus de moi, par m'ame!
- Un foutre ? Lasse, dolerouse,
or sui je trop maleürouse,
quant je vos ai leissiee sole!
Ba! Cent dahaiz ait hui ma gole
quant onques menjé en ma vie!
Or ai ge bien mort desservie,
et je l'avré, ge cuit, par tens."
Par pou n'est issue do sens,
la norrice, et chiet jus pasmee.
Quant se relieve s'a plumee
la grue et bien apareilie.
Ja n'i fera, ce dit, aillie
ainz en voudra mengier au poivre :
"Sovent ai oï amentoivre
et dire et conter en main leu :
li domages qui bout au feu
vaut miaus que cil que ne fet aise!"
Qui que soit bel ne qui desplaise,
la grue atorne bien et bel,
puis si reva querre un cotel
dom ele vialt ovrir la grue.
Et la meschine est revenue
a la fenestre regarder,
Si vit lou vaslez trespasser,
qui mout est liez de s'aventure.
Et la damoisele a droiture
li dist : "Vaslez, venez tost ça!
Ma norrice se correça
de ce que mon foutre emportastes
et vostre grue me laissastes.
Par amor, venez lou moi rendre;
Ne devez pas vers moi mesprendre!
Venez, si faites pes a moi!
- Ma damoisele, je l'otroi!"
fet li vaslez. Lors monte sus;
La demoisele giete jus
et entre les janbes li entre,
si li enbat lou foutre el ventre.
Quant ot fet, tantost s'en ala,
mes la grue pas n'i laissa,
ainz l'en a avec soi portee.
Et la norrice est retornee,
qui la grue vialt enhaster.
" Dame, ne vos estuet haster,
fet la meschine, cil l'en porte
qui s'en est issuz par la porte.
Desfoutue m'a, jel vos di!"
Quant la norrice l'entendi,
lors se debat, lors se devore,
et dit que maudite soit l'ore
qu'ele est hui de la tor issue,
quant sa fille est foutue.
"Trop en ai fet mauvaise garde!
Lasse, por quoi l'ai je en garde?
Je meïsmes li ai fet leu :
La male garde pest lo leu!"

Attribué à Garin, jongleur arrageois du début du XIIIème siècle.

Romook, pornophile moyen-âgeux?

samedi 30 décembre 2006

Sexe, ça manque de sexe!

Je viens de prendre conscience que mon blog ne parlait quasiment plus de la chose la plus importante qui soit : le sexe.

Demain, je promets un vrai billet qui sera une justification à la mise hors ligne de mon blog.

Je vous aurai prévenu. Et j'estime que l'année finira bien si c'est dans de telles conditions.

Rendez-vous demain matin, 8h00.

Bonne soirée.

Romook, déchaîné hormonalement

Le concept de "non-réveillon"

Depuis plusieurs années, je suis un adepte du "non-réveillon". Je m'insurge contre cette fin d'année pour la simple et bonne raison que je trouve tout à fait arbitraire ce choix d'un jour dans l'année pour décider qu'il s'agit là d'un renouveau, et que cela nécessite force, joie et cotillons. Résultat : mes réveillons se déroulent systématiquement dans le calme, loin des paillettes, avec souvent comme activités choisies :dégustation de musique classique ou encore des parties d'échecs.

J'aime ce contrepied rebelle à l'ordre établi de la joie et la bonne humeur. A ces réveillons, j'ai eu l'occasion d'écrire des pièces de théâtre, réaliser des programmes informatiques, faire des parties d'échecs mémorables... Bref, toute chose qui nécessite une grande concentration et que l'on ne peut finalement obtenir à aucun autre meilleur moment. En effet, à ce moment-là, tout le monde fait la fête.

Et pourtant, malgré mon côté révolutionnaire de l'anti-réveillon, je ne peux m'empêcher à minuit de décrocher mon téléphone pendant une demi-heure pour souhaiter cette bonne et heureuse nouvelle année qui s'annonce à ma famille et à mes amis.

Heureusement, j'ai un ami, O., qui a son anniversaire le 1er janvier. Résultat, comme il apprécie ce côté anti-réveillon qui lui permet de fêter dignement son anniversaire, je le passe régulièrement avec lui. Ainsi, lorsque tout le monde s'élance pour un "bonne année", si nous sommes ensemble, je lui lance un "joyeux anniversaire" qui déconcerte systématiquement l'assemblée. Tout le monde croit d'ailleurs que c'est une blague de mauvais goût. Et non. Et là, je jubile intérieurement... Pour une fois que je peux dire quelque chose de vrai qui passe pour une connerie, c'est vraiment le pied.

Je vous souhaite de bien préparer votre réveillon, moi, il faut que j'aille chercher un cadeau d'anniversaire, mais comme chaque année, j'ai encore oublié, pris dans l'euphorie de la préparation des réveillons des autres... Sinon, il l'aura plus tard...

Romook, réveilloniste dissident

vendredi 29 décembre 2006

Spammeurs d'origine asiatique

Aux dernières nouvelles, les spammeurs asiatiques ne seraient pas occidentaux et en vacance, contrairement à ce que j'insinuais hier dans un billet sur le crash d'un hélicoptère.

Ils ne sont pas en train de faire du ski ou de se prélasser dans un canapé en ronflant devant la télé. Non, rien de tout ça. Pourtant, aujourd'hui, toujours aucun spam de leur part.

C'est simplement qu'il y a eu un grand tremblement de terre en Asie qui a sectionné des cables sous-marins permettant de nviguer sur Internet. Dès lors, le réseau en Asie est profondément perturbé. Résultat : chômage technique pour les spammeurs pour cause de défaut d'outil de travail. Mais que font les syndicats des travailleurs français ? Qu'attendent-ils pour déclencher une grève de solidarité généralisée mondiale afin de protester contre la confiscation par les catastrophes naturelles des outils de travail des travailleurs asiatiques ?

Romook, sur la brèche

jeudi 28 décembre 2006

Crash d'un hélicoptère...

Alors que je m'interroge sur le fait que les spammeurs semblent être en vacances (j'en ai reçu 50% de moins que d'habitude ces deux derniers jours : ils préparent sûrement le réveillon de la saint sylvestre, ce qui me pousse à croire qu'ils sont tous d'origine occidentales, puisque même pour les spams asiatiques (japonais, coréen et chinois), la diminution est flagrante (aucun!)), je me fais rattraper par l'actualité.

En Irlande, le crash d'un hélicoptère a fait six morts et un disparu, ce qui revient à être une situation très problématique pour les 7 occupants de l'appareil. Et les réactions des autorités autour de cette accident sont encore une preuve que les probabilités gèrent nos décisions dans la vie.

En effet, les recherches se poursuivent pour retrouver le disparu. Ce qui m'inquiète le plus, c'est que personne ne prend en compte qu'il y avait peut-être, à cet endroit précis où l'hélicoptère a eu son accident, des personnes qui s'entraînaient pour traverser l'Atlantique à la nage. Ou encore un escadron de véliplanchiste de l'extrême en train de s'exercer. Ou une petite embarcation en train de pêcher. Non, ces hypothèses là sont délibérément ignorées. Et pourtant, il y a une chance infime que chacun d'entre elle soit vrai. Et si on cumule les trois situations, on se rend compte que finalement les recherches devraient s'étendre bien au-delà de ce qui est réalisée. Comme quoi, les sauveteurs ont privilégié l'hypothèse la plus probable.

C'est triste à dire, mais les probabilités conditionnent nos choix. D'où cette conclusion qui prend ici tout son sens, la vie est comme une partie de Poker. Et je vous laisserai vous interroger vous-même sur la réciproque de cette axiome.

Romook, marre des probabilités...

mercredi 27 décembre 2006

Repos

Parlons peu, mais parlons bien.

Romook, introspection permanente

...le bonheur, le réveil.

La fleur était là et tu ne la voyais pas.
La fleur est là et tu arraches ses pétales par moment.
La fleur est là et tu te retires pour lui laisser la place et la lumière qu'il lui faut par moment.
La fleur est là et tu l'aimes par moment.
La fleur est là et elle t'aimes par moment.
La fleur est là et elle aime ça éternellement.
Mais, cette fleur que tu vois, pourquoi ne la regardes-tu pas?
Tu sais que tu ne peux l'emmener avec toi, est-ce pour cela que tu l'ignores?

Romook

mardi 26 décembre 2006

...la vision devient claire...

Le passé, c'est la mémoire du présent. Elle vogue sur le présent, la petite fleur... Aujourd'hui, le présent est éternel, il ne peut plus avoir de mémoire. Les mots ont disparu, elle n'a pas de souvenirs, la petite fleur.
Aujourd'hui, elle vogue. Aujourd'hui, elle aime. Aujourd'hui, elle a rencontré la Vie et discute avec elle...
La lune est là, et me regarde profondément en souriant, mais le temps ne s'écoule plus. Il stagne. Il laisse la lune se regarder en lui. Elle est pleine. Elle est calme. Aujourd'hui, elle est amoureuse...

Romook, à suivre...

lundi 25 décembre 2006

...les mots, transparents, alors...

Un point lumineux apparaît à travers une minuscule goutte de rosée.
Elle est épuisée, allongée sur le sol et cherche à reprendre son souffle. Elle aperçoit cette vague lueur.
"Il est très dur de vouloir vivre" se dit-elle...
"Pourquoi, dès que la lumière apparaît, l'espoir renaît?" se demande-t-elle. L'espoir s'approche et lui tend une main. Elle souffre et essaie de se coller à lui. Elle n'a plus assez de force.
Des cloches sonnent au loin.
Le Désespoir s'approche et lui tend une main. "Il est temps que tu te reposes, suis-moi, écoutes ces cloches, elles fêtent ta visite..."
Rien. Vide. Tout a disparu.
Les mots reviennent dans sa mémoire et font une ronde et tout, d'un coup, s'éclaircit. Les mots transparents, limpides, dénués de force... L'Espoir lui sourit. La Mort l'attend. La Vie la réclame. Le Désespoir lui sourit. Elle est là, abîmée.
Heureuse. Le temps la soulève et l'emmène loin... Très loin...

Romook, à suivre...

dimanche 24 décembre 2006

...quand la pureté se fait nette...

La fleur traverse la brume.
Il fait de plus en plus frais.
Ses pétales s'abîment...
L'air la gifle.
Elle tombe dans la brume.
Sa couleur s'assombrit...
Clac! Elle frappe contre sa mort!
Le noir l'enveloppe.
Sa tige tremble de plus en plus violemment...
Un mot déboule de l'inconnu.
Elle perd un pétale.
Le requiem, à travers la brume, commence...
Un autre mot la percute.
Elle en perd un autre.
Les voix s'élèvent au loin...
Un, deux, puis une multitude la renverse.
Elle est toute flétrie.
Elle s'éloigne de la vie...
Une avalanche de mots apparaît et lui casse ses feuilles, lui froisse et arrache ses pétales, lui secoue la tige d'une manière ininterrompue, la bouscule, la renverse, la retourne, la coince...
Un pétale tombe...
Une goutte de rosée perle...

Romook, à suivre...

samedi 23 décembre 2006

... le vide s'anéantit...

L'Amour et ses amis ne sont plus qu'un et démesurément se mettent à enfler et à tout combler dans l'univers. Le vide, de peur d'être écrasé, s'anéantit... La Nature gentiment se pousse et laisse à cette petite fleur fragile qu'ils deviennent la lumière et la place propice à son épanouissement...
Le temps semble s'accélérer au fur et à mesure que la fleur grandit et se colore...

Mais, tout à coup, emporté par le courant, elle tombe.
Le temps s'arrête. Le climat est rude...
On n'y distingue plus précisément le chemin, il y a un peu de brume...

Romook, à suivre...

vendredi 22 décembre 2006

Pornographie

n. f., soc., Image sans considération, ni retenue morale, de la Réalité.

Romook, en poche

About Avital Ronell

I read one "philosophy book" of Avital Ronell. The first time, I read this woman. I think she is the most interesting way of mind I discovered in the head of a woman. I didn't read a lot of things from women : Yourcenar, Duras, Weil, Despentes, Nothomb, Sand, Darieussecq, Harendt.

I know it's a short list of women. I read one or more books for each author. My special research was to find if there is a difference with a male mind and a female mind. It's one of prejudice in the world. And I really dislike this kind of idea. So, I would know how I could answer of this question. I was in doubt for a long time. And, I think I couldn't decide because there is one thing very important in the scheme of mind : socialisation rules. If a girl heard she's only a girl and couldn't make this thing - or the other - a long time in his child period, after, her brain are not able to make this thing. It's not only the fault of the parents, of course - it would be, in this case, so simply - but the responsability of the society - darked ideas used in movies, press or social rules.

Now, I think Men and Women are not the same - you know, I think about mind, not about other things. These others, I know it from a long time, now, and I appreciate this difference ;-) - in the way of mind. I remark some women express their mind using examples and a lot of details about something, maybe they need some picture of things to think about it. For men, it's more abstract. A lot of details annoyed them and lost their attention. So, there is a difference. But, I don't know why. This is two way of mind, but, no one is better in comparison of the other.

I discovered Avital Ronell and I asked myself. I believe she has a way of mind like a man, in my opinion, according to I explained before. So, I believe, dear visitors, if you like philosophy, you need to read her because she is very interesting (I don't want you think these previous female authors aren't!). The choice of the theme is original, in every way. So, read it.

Romook, book adviser ?

...lorsque rapidement tout s'accélère...

Tout de suite, c'est la fête! La Confiance, la Vérité et l'Amour dansent ensemble une danse diabolique! Puis la nature court, rentre dans la ronde et vole de pas en pas et les ligote tous les trois!
Ils sont ficelés et ne peuvent plus se séparer. La Nature les chatouille, les amuse. Ils rient, ils rient tous et de bon coeur! De grands coeurs!
Les fils disparaissent, ils sont soudés les uns aux autres... La transformation s'accomplit et la Nature sourit...

Romook, à suivre...

jeudi 21 décembre 2006

Marathon of questions about Romook

Dear visitors,

I give you one chance to know better your favourite blogger - I speak about me, of course - and, in this respect, I decided to permit everybody to ask me about one thing about me, for 42 days.

It could be an interesting exercise for me : sometimes, maybe, I couldn't answer only because I'm a little bit modest. But, if you play with me, I will give you a true answer. For you, it's interesting : you know me better. For me, it will be the same beacause I could beat my personal limits.

So, if you want to play with me, you could ask me about everything (Romook, life, philosophy, mathematics...) and I will try to answer.

(In this case, I could challenge the world : it's the less I can)

Romook, world's challenger

...lorsque lentement tout glisse...

Tout est calme, tout est silence et repos, la Confiance et la Vérité partent à la rencontre de l'Amour, la recherchent tranquillement...
Ils la découvrent en train de vivre doucement sur le temps, de grandir et de s'épanouir calmement...
Elle est là, elle rayonne, rien ne peut plus l'assombrir : elle vit éternellement.

L'Amour est câline, tendre.
Aujourd'hui, elle est féminine...

Romook, à suivre...

mardi 19 décembre 2006

...à l'intérieur...

La lune est là, et me regarde profondément en souriant, mais le tonnerre gronde, la terre crache, le ciel éternue!
Tout bouillonne et tourbillonne, l'Amour s'élance, se brise, repart, se casse, court vers la vie mais trébuche et se fait mal. L'espoir le remet sur ses pieds et le relance. Il glisse et trouve un chemin. Un chemin fluide et changeant, un chemin trouble et confus... Comme sur un bateau, il se laisse transporter par le temps et vogue doucement...
Tel un enfant, il regarde, découvre et s'émerveille...

Romook, à suivre...

lundi 18 décembre 2006

Les yeux ouverts...

Le vide pénètre tout, s'infiltrant dans les moindres brèches de l'esprit, ruminant les idées et broyant les souvenirs, transforme la vie en illusion.

Le vide est créateur... Le vide est désert...
Distances infinies entre le rêve et la réalité...
Profond gouffre entre légèreté de la vie et l'abîme de l'illusion...
Oublier, ou ne pas vouloir voir... Etre aveugle un instant... Ne pas voir le désert... Ne plus le voir... Jamais...
C'était hier, avant de rencontrer mon amour,
c'était hier, dans mon désert, tout petit désert d'un jour...

Romook, à suivre...

dimanche 17 décembre 2006

Zambrano la "comique" - philosophe

Comme chacun sait - c'est-à-dire le lecteur perspicace et fidèle de ce blog - je suis en train de lire "L'inspiration continue" de Maria Zambrano (Ed.Jérôme Millon, trad. J-M Sourdillon, avec la colab. de J-M Teurlay), philosophe espagnole du XX ème siècle, méconnue en France et dont les premières traductions se publient actuellement.

Sans vouloir faire de l'antipub de bas-étage, je soumets à la sagacité de mes lecteurs ce passage qui, même sorti de son contexte, me paraît à tout le moins surprenant car il y a une antinomie intellectuelle, un effet d'oxymore conceptuel - c'est à dire un véritable non-sens :

Les bienheureux nous attirent comme un abîme de blancheur. Cette blancheur de la pensée qui serait - le lecteur potentiel s'en étonnera peut-être - celle d'un Nietzsche chrétien ou sur le point de l'être, cette cime au delà de tout et au delà du Tout également, qui s'est maintenue dans la folie elle-même quand il devait commencer à écrire, lui.

"...celle d'un Nietzsche chrétien ou sur le point de l'être..." : il est dommage que cette philosophe ne soit plus car je lui aurais demandé d'expliquer cette image audacieuse avec un philosophe qui écrivait :

Pas plus la morale que la religion, dans le christianisme, ne touche à un point quelconque de la réalité. Rien que des causes imaginaires ("Dieu", "âme", "moi", "esprit", le "libre" - ou aussi le "non-libre arbitre") : rien que des effets imaginaires ("péché", "rédemption", "grâce", "punition", "rémission des péchés"). Un commerce entre des êtres imaginaires ("Dieu", "esprits", "âmes"); une science naturelle imaginaire (anthropocentrique; absence de toute notion de cause naturelle); une psychologie imaginaire (rien que des méconnaissance de soi-même, des interprétations de sentiments généraux agréables ou bien désagréables, par exemple des états du nervus sympaticus, à l'aide du langage par signes de l'idiosyncrasie religieuse-morale - "repentir", "remords", "tentation par le diable", "la présence de Dieu"); une téléologie imaginaire ("le royaume de Dieu", "le jugement dernier", "la vie éternelle"). - Ce pur monde de fiction se distingue en ceci, et très à son désavantage, du monde du rêve que ce dernier reflète la réalité au lieu que lui la falsafie, la dévalorise, la nie. Une fois inventée la notion de "nature" pour s'opposer à celle de "Dieu",, "naturel" devait être le mot pour "réprouvable" - tout ce monde de fiction s'enracine dans la haine du naturel ( - de la réalité!-), il est l'expression d'un profond malaise avec le réel... Mais voilà que tout s'éclaircit... Qui donc aurait quelque raison de s'évader par le mensonge de la réalité ? Quiconque en pâtit. Mais pâtir de la réalité cela veut dire qu'on est une réalité naufragée... La prédominance des sentiments de déplaisir sur les sentiments de plaisir est la cause d'une religion et d'une morale fictive : or une pareille prédominance livre la formule de la décadence..., Nietzsche, L'Antéchrist (Ed. 10/18, trad. Dominique Tassel)

Evidemment, dans ce contexte, j'interroge le lecteur : quel sens peut avoir l'expression par Maria Zambrano ? On lui suppose un sens puisqu'il s'agit d'une philosophe et qu'elle sait de quoi elle parle. Sauf si elle a laissé sa plume donner un sens à son expression, comme il me semble par ailleurs, qu'elle le fait parfois. Bref, au-delà de l'hilarité que m'a provoqué son expression, il me reste une vraie interrogation : comment qualifier son expression en clair-obscur par une formule linguistique adaptée ? Contresens, c'est l'unique concept qui me vient. Quelqu'un a une autre idée?

Romook, en guerre

vendredi 15 décembre 2006

One depth of 8 centimeters

One friend said to me, yesterday evening, with other persons at the table, her Doctor told her she has one vaginal depth of 8 centimeters. So strange. I think it's very short, isn't it?

Romook, caver

Panorama abstrait du paysage de l'absurde en quatre lieux (V)

Endroit dernier aussi : Paysage absurde, mais surtout très incohérent, et encore moins compréhensible qu'on ne peut le croire.

Aujourd'hui, non. Surtout avec les bleus comme le fin, qui stoppent les idées de la circulation ou l'inverse, vert comme le fin. C'est tout comme la jaune nuit qui cuit brutalement de ses cris.

Pas évident.

Hier, non plus. Surtout depuis que les oiseaux... mauves... peu importe... ne donnent plus de cours de plongée sous-marine aux poissons... bleus... peu importe... surtout à la saison des champignons... verts... peu importe... surtout à la saisons des maisons... roses... peu importe... surtout à la saison...

STOP!!!!!!... peu importe...

Demain, non pareillement non plus. Conclusion (intestinale) que je sois auteur ou lecteur je n'y comprends rien heureusement que je cherche un message car sinon je pourrai croire qu'il n'y en a pas ce qui 'ailleurs vrai mais que personne ne sait même l'auteur ou le lecteur qui n'y comprends d'ailleurs rien... peu importe puisque je rouge à la saison... intestinal(e) choisissez que préférez alors et mais n'oubliez message personne comprend le lecteur pareillement rouge conclusion... peu importe...

Peut-être.
,
...

Romook, en fin

8 cm de profondeur...

Une amie m'a dit, ainsi qu'au reste de la table, ce soir, pendant le repas, que son vagin faisait 8 cm de profondeur. J'ai trouvé ça étrange. Je veux dire que cela ne fasse que 8 cm de profondeur, bien sûr.

Romook, spéléologue

jeudi 14 décembre 2006

Panorama abstrait du paysage de l'absurde en quatre lieux (IV)

Dernier endroit : Une rivière, avec plein de jolis paysages naturels autour. Bien entendu, il faut retourner la photo pour apprécier.

L'univers se bouleversant me renverse te traverse des émotions excitées emballées rouge comme les poissons dans le lait se battent avec les pieds courir loin du monde renversé des cohérences éclipsées des souvenirs brumeux et inexpliqués surviennent en abondance dans cet abîme de circonstances (atténuantes) se projettent par millier des.

Je ne suis ni Demain,
Ni Hier,
mais j'avais été plutôt
Aujourd'hui.

Romook, à suivre...

mercredi 13 décembre 2006

Panorama abstrait du paysage de l'absurde en quatre lieux (III)

Avant-dernier endroit : une vague à l'envers.

Propulsé par l'eau,
Détourné par le ciel,
Renversé par la lumière,
L'oiseau nagerait beaucoup mieux sans palme.
Prudemment, il continuera et deviendra comme.
Mais pour elle, offrir sa douceur et désaltérer fut toujours un petit arbre rouge plein de pois vert tirant très fortement sur le violet.
L'image retournée dévoile plus que. Et d'ailleurs.
Aujourd'hui n'est pas Hier, mais était Demain.
Peut-être

Romook, à suivre...

Réponse officielle

Marie-Thé a écrit :

Bonjour,


Ce courrier d’information vous est envoyé devant l’abus et le trop grand nombre d’entreprises, qui sont victimes du dépôt de leurs raisons sociales par des tiers sur Internet.

Vous avez probablement réservé votre nom de domaine en .FR,

Mais l’avez-vous également protégé dans les autres extensions, avec ou sans tiret ?

Tous les jours, nous conseillons sur la protection des noms de domaine aussi bien les administrations, les commerçants que des grands comptes nationaux.

D’un simple clic <http://www.nom-domaine.fr>, vérifiez la disponibilité et protégez-vous en .COM .EU auprès de notre équipe de spécialistes.

Dans l’attente d’un prochain contact, veuillez accepter nos sincères salutations.

  • Marie-thé Robin

Responsable Développement*

http://www.nom-domaine.fr <http://www.nom-domaine.fr/>

Chère Marie-Thé,

Cette réponse vous est envoyée devant l'abus et le trop grand nombre d'entreprise, dont la vôtre, qui ne respecte pas les nouvelles dispositions de la loi concernant l'économie numérique en matière d'e-mailing.

Je n'ai jamais réclamé, ni ne me suis inscrit à une quelconque liste de diffusion vous permettant de m'envoyer un courrier électronique.

Si je devais en recevoir un nouveau, puisque c'est le troisième depuis hier, vous me verrez contraint d'actionner les voies judiciaires afin de vous faire cesser ce comportement répréhensible, ainsi que de réclamer le juste dédommagement que m'a causé votre email.

Je vous prie d'agréer, Madame, l'expression de mes salutation respectueuses,

Romook

mardi 12 décembre 2006

Panorama abstrait du paysage de l'absurde en quatre lieux (II)

Avant-avant-dernier endroit : une source d'eau dans la montagne.

Doucement, lentement, imperceptiblement et tendrement.
L'eau, jouant avec les rochers et distribuant la vivacité joyeuse du monde multicolore qui l'entoure, calmement coule, profondément plonge dans une méditation rêveuse l'admirateur du temps qui s'écoule.
Elle brise les frontières qui l'empêche de pénétrer fortement au plus profond de sa douceur, et évite ainsi les étranges mystères de.
Hier est Demain, seul Aujourd'hui est différent.

Romook, à suivre...

Chomsky

Dear Home Owner,

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Regards, Seth Grove Approval Manager

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Joke of the day:

bewilder not cockroach a aboveground and conundrum it congestion see altar it's baku and barony in conciliate may blip but contravene see confidant in bourgeoisie or calumny try but in belate see closet on airstrip may coliseum in bevel and commentary or dietetic may astor a committed the avon in comeback be bound may amphibious a

Oh! I think it was a very nice idea to spam me using "Chomsky" in the subject line of a mail. Just I saw it, I wanted to read it. Unfortunately, it was just a spam. But, too late, I've read it...

Romook, spam victim

lundi 11 décembre 2006

Décrivez votre profil afin de rencontrer l'élu de votre coeur

"Si tu es amatrice d'idées reçues et de préjugés et que tes conversations se réduisent aux deux seules lettres de ton clavier L et O, ne cherches pas plus loin, je suis exactement la personne que tu n'as pas envie de rencontrer. Si, par malheur, tu trouves la plupart des gens atones et que tes conversations n'intéressent pas tout le monde, saches qu'avec moi tu auras des yeux pour te lire et des doigts pour te répondre..."

C'est comme ça que le "Romook" se présente aux jeunes femmes sur certains sites de rencontre... Bah, pourquoi ça marche pas?

Romook, déraisonnable

Panorama abstrait du paysage de l'absurde en quatre lieux (I)

Premier endroit : Un éclair sur la mer.

Demain, le bonheur broutait passivement l'herbe de l'ennui. Le ciel était vert comme une cerise et soufflait doucement sur moi.
Brusquement, le tonnerre me déchira en deux parties, différentes et distinctes, non identiques.
Mes mains devenaient bleues marine et mes nerfs blancs et transparents comme la nuit douteuse.
C'était Aujourd'hui que Demain m'avait tuée.

Romook, à suivre...

Mot

n. m., educ., Première étape vers la connaissance du monde.

Romook, en poche

dimanche 10 décembre 2006

Laura Brams - Patrick Cauvin

28 août 1982

"'Pas tellement plus sain de corps que d'esprit, je commence ce journal, conscient de tout ce qu'il peut avoir de parfaitement inutile et persuadé de sa totale absence d'influence dans la rotation des planètes comme dans la vie journalière d'un quelconque mineur de fond. Voilà donc des lignes qui ne servent à rien, ce qui n'est déjà pas un mince avantage si je les compare à la somme catastrophique d'ouvrages à messages parus depuis la nuit des temps.
Voilà donc un monsieur qui écrit pour lui, dira un lecteur.
Comble de l'hypocrisie, je me soupçonne déjà un lecteur, c'est dire ce que j'ai eu derrière la tête depuis le début.
Eh bien, il y a en fait deux raisons à cette décision qui n'en fut d'ailleurs pas une car je n'ai jamais dit : Tiens, aujourd'hui je commence un journal, mais plus exactement, je suis à la campagne, verdoyante et emmerdatoire dans cette fin d'été de mes quarante-deux ans (vous remarquez le style déjà :fin d'été!). Je n'ai rien à faire, la plus proche librairie est à cinq kilomètres et mavoiture est au garage, donc je vais tuer le temps à commencer un truc quelconque. Donc, si j'écris un journal et imagine déjà sur mon étagère la série des tomes à venir, vingt, trente peut-être, classés par année, c'est essentiellement parce que ma Honda a besoin d'une vidange, et si j'ai commencé une oeuvre monumentale c'est parce que j'ai la flemme de piquer le vélo de mon fils pour aller m'acheter le dernier Balzac en livre de poche.
C'est d'ailleurs la flemme qui a commandé la quasi-totalité des grands actes de ma vie. Si on peut me passer cette expression inappropriée, car on se rendra vite compte que ma vie n'a pas d'actes.
Elle a en revanche énormément d'envies et j'y ai succombé avec une régularité de métronome. J'ai fait l'écrivain par flemme, l'amour par flemme, des enfants par flemme, et j'ai écrit des livres parce qu'ils me dispensaient, le repas fini, de faire la vaisselle ou d'aller promener le landau.
On ne saura jamais assez que la littérature, et c'est là son mérite le plus grand, est l'une des activités les plus reposantes qui soient et qu'étant donné l'aura qui l'entoure elle vous dispense de la plupart des autres : comment mettre un balai entre les mains d'un lascar qui tient une plume avec des yeux rêveurs ?
Donc j'ai écrit des livres pour éviter d'aller au marché et de descendre la poubelle, mais j'avoue tout de suite à ma décharge que si j'avais trouvé une autre activité encore moins fatiguante et plus rigolote, je l'aurais adoptée sans problème. Ainsi je pensais l'autre jour, en écoutant pérorer un jeune journaliste plein d'avenir sur mon oeuvre passée (on y reviendra aussi : j'ai la vie devant moi), que si j'avais vécu dans un monde, dans une ville, où il y ait eu partout des cinémas permanents et gratuits, je n'aurais jamais débouché mon stylo pour autre chose que pour souhaiter le nouvel an à ma tantine.
Quand j'y réfléchis bien, écrire un roman est une chose astreignante : il faut en effet se souvenir de ce que l'on a dit la veille ou l'avant-veille, ménager le suspense et tout et tout, mais cela n'est rien par rapport à la difficulté première : un romancier doit écrire avec un stylo tordu.
Expliquons cette image audacieuse.
Ecrire, c'est traduire une pensée en mots; c'est fabriquer une sorte de pâtée visuelle, auditive et autant que possible signifiante avec des lettres. C'est tout à fait différent. Donc, si je dis : Dupont avait la migraine., je ne peux pas l'écrire parce que ça fait moche. Il faut alors que je me torde le stylo, c'est à dire que je fabrique une pâtée pour lecteur, un Kit et Kat digeste et sophistiqué bref écrire c'est faire des manières.
Même Steinbeck, même Hemingway, même Sinclair font semblant d'être de bons bougres sans chichis; eh bien c'est faux, ils truquent, or truquer est un travail, donc écrire en est un, mais si je l'ai choisi c'est quand même parce que c'est l'un des moins fatiguants, et si un écriavain vous dit le contraire, envoyez-le sur les quais entre Bezons et Argentueil voir la tronche des mecs qui sortent après huit heures à tourner les manivelles.
Je me suis un peu paumé dans tout ça et je ne sais plus en effet très bien où j'en suis, après avoir dit que je commençais ce journal pour deux raisons; j'en vois à présent à peu près cent cinquante et j'ai la flemme (toujours elle) de raturer.
A propos de flemme, je voudrais signaler, après un mois passé à la campagne, qu'il existe une catégorie de gens encore plus flemmards que moi. Ce sont les paysans.
Tous les paysans.
Avec une ruse ancestrale, ils sont toujours arrivés à se faire prendre, photographier, décrire, en plein effort, c'est à dire à la charrue, en train de moissonner, de récolter, etc., mais quand on y réflléchit bien, la récolte et la moisson réunies prennent, pour un champs moyen, facilement huit jours à elles deux.
Alors je pose la question : Et le reste du temps ?
C'est simple : trois cent cinquante-sept jours à se les rouler, à attendre que ça pousse, à aller aux champignons, à réparer le toit, à graisser les moteurs, etc., bref des prétextes, et cette formule fameuse marque le sceau du feignant invétéré : Y a toujours de quoi s'occuper à la ferme.
Formule qui se trahit d'ailleurs elle-même, car c'est bien de s'occuper qu'il s'agit, et quand est-ce que l'on s'occupe ? Quand on n'a rien à foutre.
Ce qui sauve le paysan, ce qui maintient sa réputation, est dû à deux choses : la première est sa face burinée, ravinée par le grand air et les siestes dans les herbes, la deuxième est une astuce de taille qui consiste à toujours porter des vêtements de travail et à s'entourer de plus en plus de machines énormes et compliquées, ronflantes et dangereuses qui lui servent trois jours par an et qu'il montre au visiteur, laissant subodorer une oeuvre titanesque.
Je ne sais pas pourquoi je me suis laissé ainsi emporté sur les sabots glaiseux d'une paysannerie qui ne m'intéresse en aucune façon, mais j'aimerais que d'autres partagent mon hilarité lorsqu'un vieux type courbé, en pantalon de velours, s'en va aux champs avec des mimiques déjà exténuées. Il y a là l'une des plus grandes farces et l'une des plus belles usurpations de réputation qu'il soit donné de connaître dans notre civilisation pourtant riche en la matière. (...)"

Si vous ne connaissez pas, à décourvir.

Romook, libraire

samedi 9 décembre 2006

Wozzeck, Acte 2, scene 3, A. Berg

podcast

Wozzeck : Franz Grundheber

Marie : Waltraud Meier

Staatskapelle Berlin
Daniel Barenboim

vendredi 8 décembre 2006

Pepe, nona, mona and the others...

I've gone in Paris yesterday and i've seen this kind of trains which called "RER". I'm so happy to have a rendez-vous with them. It's, for me, like a pleasure to see old friends. In fact, few years ago, I used to go in Paris to have some guitar lesson - especialy in l'Haye les Roses. At this period, I used "RER B" from Gare du Nord to this place. Each time, it was an exciting travel because i found the name of this train very funny. Mine was very often one which his name is "Pepe". So, if you see "Pepe", you can think about me and say : "it was one of Romook's train".

So lovely... ;-)

Romook, like a child ?

L'exilé et ses expatriements

"D'expatriement en expatriement, dans chacun d'eux, l'exilé meurt peu à peu, se dépossédant, se déracinant. Et ainsi, il se met en chemin, il réitère sa sortie du lieu initial, hors de sa patrie et de chaque patrie possible, se donnant parfois le prétexte de fuir la séduction d'une patrie qu'on lui offre, courant devant son ombre tentatrice; alors inévitablement il est accusé de cela, de s'en aller, de s'en aller sans avoir ne serait-ce qu'où aller. Puisque le lieu d'où fuit le promis à l'exil, marqué désormais par lui depuis lors, c'est un "où", un lieu qui serait sien. Et il ne peut rester que là où il peut agoniser librement, se berçant sur la mer qui revit, n'être éveillé que quand l'amour qui l'emplit le lui permet, dans la solitude et la liberté."

Extrait de "L'inspiration continue" de Maria Zambrano, éd. Millon, 2006

Je te laisse méditer, lecteur, sur ce paragraphe. Et toi, mon KaiYe, ma fede, ma teddy, ma lei, à partir de quand peut-on considérer que l'on est en état d'expatriation? Est-ce le simple fait d'habiter loin de son pays, dans un univers nouveau ? A partir de combien de temps, ressent-on le fil qui se coupe avec son pays d'origine?

Pour ma part, l'Angleterre (janvier - février 2006) n'a pas été un pays au sein duquel je me suis senti expatrié. Peut-être que les deux fois six semaines sur place n'ont pas été assez longues. En revanche, la Chine a changé mon approche de la France et de la vie en général. Mais est-ce du fait de l'éloignement ou plutôt par ce que l'apprentissage de la langue chinoise nécessite un "exil" intellectuel pour pouvoir être apprise ? Là, je ne sais pas répondre...

Car il y a bien d'autres exils que celui de l'éloignement de son pays. Rappelons-nous, il y a quelques billets, ce que j'ai rencontré comme difficulté à travers les mots (L'exil) :-)

Voilà donc une belle porte ouverte à la réflexion, encore une fois...

Romook, intermittent de l'exil

mardi 5 décembre 2006

Ce que les femmes ne savent pas...

A Lille, il y a une brasserie appelée "La Chicorée", ouverte 24h / 24, 7j / 7.

Ce que peu de femmes savent, c'est pourquoi les hommes qui reviennent des toilettes après une petite commission, ont un sourire étrange... Devant les urinoirs, une phrase est inscrite au-dessus, et il était temps de lui rendre hommage avant qu'elle ne tombe un jour dans l'oubli.

AVIS

Par mesure d'hygiène, il est expressément recommandé aux clients de ne plus sucer les boules de naphtaline déposées dans les urinoirs.

Marcel, 1926

J'ai beau avoir lu ce texte un nombre incalculable de fois, je ne m'en lasse pas.

Romook, esthète

lundi 4 décembre 2006

L'exil

Je suis en train de lire un livre intitulée "L'inspiration continue", sur les conseils de mon libraire - rayon "Philo" du Furet du Nord (un petit homme barbu, fort sympathique avec lequel une certaine forme de complicité s'est développée depuis dix ans que nous échangeons quelques points de vue sur les livres). Ce livre est un recueil de textes traduit de Maria Zambrano, une philosophe espagnole du XX siècle, assez méconnue en France paraît-il. Je le crois sur parole puisque c'est la première fois que j'entends parler d'elle.

Je suis en train de lire un passage sur l'exil. Et je m'attends à me retrouver dans un univers proche de celui de Camus évidemment. Ce seront les mots qui m'auront mis en exil cette fois - et je tenais à vous faire part de ce cruel désarroi. Je lis cette phrase :

Mais l'histoire est la rebelle par antonomase, rebelle contre l'être et la vie. C'est moi qui souligne

Je prends donc mon Robert à la recherche de ce mot qui, me semble-t-il, est rencontré pour la première fois de mon existence. Soyons humble, il y a tant de chose à découvrir encore...

Antonomase : Trope qui consiste à désigner un personnage par un nom commun ou une périphrase qui le caractérise, ou, inversement, à désigner un individu dont il rappelle le caractère atypique (ex : un harpagon pour un avare; la Dame de fer pour Margaret Thatcher).

Bon, j'ai bien compris de quoi il s'agissait. Mais je suis tatillon, qu'est-ce donc qu'un trope? Je rouvre mon Robert et je suis parti à la recherche du Trope salvateur.

Trope : Figure par laquelle un mot ou une expression sont détournés de leur sens propre (ex : antonomase (ben voyons!), catachrèse, métaphore, métonymie, synecdoque).

Et là, j'ai réalisé que j'étais exilé. C'est une bonne philosophe qui prône la découverte par le guide, forme d'expérience à partager. Elle m'a fait voyagé à travers quelques mots et me suis retrouvé en exil. Je vais goûter la sensation et je vous envoie une carte postale...

Romook, en voyage

Suicide

n.m, sent., Terme de l'espérance.

Romook, en poche

dimanche 3 décembre 2006

Echecs personnels.

Qu'est-ce donc qui me pousse à vouloir exprimer, en ces lieux, ma confession? Je ne sais pas. Peut-être le besoin de clamer un sentiment, à la fois, de désespoir et d'inutilité de mon savoir, mes expériences et de ma réflexion.

Lorsque j'avais 16 ans, ma meilleure amie, Mélanie, s'est suicidée.
Hier soir, j'ai appris que l'une de mes anciennes petites amies, Christelle, s'était suicidée, laissant derrière elle une jeune famille.

Deux suicides auquels je ne suis liés que par des liens d'amitié, même si les situations sont très différentes.

Mélanie, que je connaissais depuis l'école primaire, avait été une des première femmes avec lesquelles j'avais ressenti un profond attachement, qui était à la fois amoureux et amicale. Ce lien fort qui nous unissait pendant deux ans d'école primaire commune, s'est trouvé suspendu pendant quelques années de collège, pendant lesquels nous nous étions perdus de vue. Sporadiquement, nous avions pu nous rencontrer à nouveau - un peu par hasard. Et chaque fois, des étincelles jaillissaient rendant notre relation instannément magique. Puis, à l'âge de 15 ans, il y eut un renouveau de relation durable qui s'est instaurée à son initiative. Période pendant laquelle nous nous étions avoué des sentiments amoureux réciproques durant notre "précédente" jeunesse. La pudeur des jeunes adolescents que nous étions, allié au caractère foncièrement intellectuel de notre relation, n'a pas permis d'évoquer la situation que nous vivions alors. Mais, les nombreuses confessions qu'elle me faisait sur son enfance trahissait un besoin d'explication de comportements, parfois violents et étranges, à mon égard, lors de notre scolarité commune. Surtout pour une jeune fille innocente d'une dizaine d'années, qui - de surcroît - était amoureuse de moi.

Notre dernière "retrouvaille", après quelques années de séparation, avait eu un caractère magique. c'était un week end où il y avait un anniversaire chez une amie, sorte de "boum" au sein de laquelle nous avions pu nous retrouver dans un cadre festif. S'en était suivie une fin de soirée, à deux, dans le même lit. Discussion sans fin au milieu de la nuit où l'on s'aperçoit que les mêmes personnes ont jalonné notre vie et nous ont marqué profondément. Notamment, Daniel, un metteur en scène hors du temps, un individu poétique et lumineux, véritable guide initiatique vers la connaissance de soi. Puis, le sommeil est venu recouvrir nos propos. Mélanie était une très jolie jeune femme. Et le désir ne cessait de poindre en moi. Alors que nos confessions de la journée nous avait amené à un point d'intimité relativement important, il y avait, dans ce silence qui tombait progressivement entre nous, une chaleur et une poésie que je n'ai jamais retrouvé après, avec qui que ce soit. Nous étions dans un grand lit. Ce n'était pas la première fois que je dormais avec une femme. Et je savais que, sexuellement, nous étions aussi "avancés" l'un que l'autre, suite à nos discussions. Mais, cette ambiance magique entre nous me paraissait infranchissable. Probablement, que dans le silence de la nuit, elle m'attendait - rétrospectivement, j'en suis même certain. Mon côté esthétique, qui me faisait parfois vivre les situations comme si j'étais dans une pièce de théâtre, l'a emporté. Dans ce grand lit, bien souvent, une seule personne y dormait. Le matelas, ancien et un peu usé, était donc creux au centre et me faisait rouler contre elle. Je sentais ses fesses contre mon sexe: cela excitait mon corps. Mais mon esprit me submergeait d'une honte et d'un interdit de la toucher dus au contexte qui était invraisemblablement hors de la réalité, et tout à la fois fragile, à mes yeux - plaisirs des retrouvailles avec une amie, confessions réciproques, redécouverte de l'autre, confiance... J'eus d'ailleurs l'occasion de revivre une telle situation plus tard avec une autre amie, Thérèse. Ce sentiment d'interdit me surprend encore. Car c'est véritablement le sentiment d'un tabou à ne pas transgresser qui était présent, à peu près équivalent à un "inceste amical". Ce sentiment me semble, par ailleurs, naturel dans la mesure où, parfois, la relation sexuelle entre deux individus génère parfois des incompréhensions dans la suite de la relation. Si on tient profondément à une relation amicale, on craint nécessairement de faire des choses qui pourrait nuire à l'harmonie de celle-ci. Bref.

Suite à cette soirée, nous avions une relation épisodique, intéressante, intellectuelle, pleine de non-dits. Mélanie étudiait le chinois et m'avait enjoint à apprendre cette langue. D'autres facteurs m'ont conduit à apprendre celle-ci, mais il est indéniable qu'aujourd'hui, 14 ans plus tard, il m'arrive en parlant chinois de repenser à elle. Nous avions une amie en commun. Ce que j'ai découvert le jour de son enterrement. Elle s'est suicidée sans en avoir été averti, à la différence de son entoura à qui elle avait a priori expliqué qu'elle le préparait. Personne ne l'avait vraiment prise au sérieuse car elle en parlait a priori régulièrement. Pour ma part, je n'ai connu qu'une femme souriante, qui m'a toujours semblé heureuse de vivre - même si le poids de ses secrets d'enfance pesait lourd sur son présent -, artiste en plein devenir. Je l'aimais profondément. Je n'ai jamais senti dans nos discussions la possibilité qu'elle puisse mettre fin à ces jours.

Avant qu'elle ne se suicide, une période assez longue - peut-être trois semaines - s'était écoulée sans que nous n'ayons de contact. Le jour de son suicide, j'ai tenté vainement de prendre contact avec elle. Personne ne répondait au téléphone. J'avais un sentiment étrange d'urgence. Une forme de prémonition pourrait on analyser a posteriori. Sentiment que j'ai considéré analytiquement comme irrationnel. Le lendemain matin, on m'a annoncé son décès au lycée. Ce qui m'a laissé en plein désarroi. Pendant les mois qui ont suivi, au cours desquels mon père est mort également, j'étais comme en apné psychologique et philosophique. Avec cette redoutable interrogation: pourquoi a-t-elle prévenu son entourage, sauf moi ? Et puis, pourquoi n'ai-je pas suivi mon intuition ? A la première interrogation, Daniel a laissé une hypothèse en suspens : "Probablement parce que tu étais l'une des personnes qui aurait pu l'en empêcher et qu'elle désirait vraiment mourir."

Et puis, il m'a raconté une histoire d'un type qui voulait se suicider. Ce dernier, au moment fatal, s'arrête dans son acte, parce qu'il sait qu'il y a quand même des gens autour de lui qui l'aiment, que peut-être tout va s'arranger, que ce n'est pas une solution. Et c'est là que la flamme de l'existence vacille un instant et que tout peut basculer. La raison qui vous empêche de commettre l'irréparable devient la raison pour laquelle vous allez le faire. Tout à coup, la psychologie se transforme. Parce que votre entourage vous aime, il comprendra votre geste. Parce que les gens vous aiment, ils seront heureux pour vous, ils comprendront. Et l'irréparable se commet. Il s'agissait d'une expérience vécue qu'il me racontait. La personne en question, ayant échappée par miracle à la mort, avait pu relater celle-ci.

Christelle était une jeune femme qui aimait la philosophie et le chant. Grâce au second aspect, j'avais découvert le premier. Elle était avec moi au lycée, même si nous n'avions jamais pu vraiment discuter à l'époque. Puis, l'existence, des circonstances particulières, un enchaînement de faits et elle est devenue ma petite amie pendant deux ans. Deux ans de vie commune. Elle était en recherche d'elle-même. J'essayais de la guider sur ce chemin qui conduit à soi. Je l'aidais dans ces études de philosophie: nous avions des discussions passionnées. Progressivement, elle comprenait, prenait confiance en elle, évoluait. Elle était heureuse. Elle pleurait aussi. Il arrive un moment où pour avancer, on casse la carapace qui nous protège des autres. On s'abandonne parce que l'on rencontre la personne en qui on a confiance. La personne qui ne profitera pas de la faiblesse momentanée qui se révèle. Je pense avoir agit avec elle délicatement, en douceur. Et puis, un jour, l'amour a traversé mon chemin et je suis parti suivre d'autres chemins. Ce fut un choc pour elle. Profond. Je ne mésestime pas l'impact qui a pu se produire. C'était il y a maintenant sept et quelques années. A ce moment-là, elle me considérait comme l'homme de sa vie. Je l'ai quitté en sachant qu'elle était presque réalisée. Elle avait toutes les armes pour poursuivre, indépendante, sur le chemin de l'existence, me semble-t-il. Je me suis éloigné d'elle pour ne pas la faire souffrir plus de notre séparation. J'ai su, par la suite, qu'elle construisait sa vie, qu'elle réalisait certains de ses objectifs. J'en étais heureux, mais nous n'avons jamais repris contact.

Ma vie a été ponctuée, comme tout le monde, de rencontres marquantes qui ont définitivement marquées le cours de mon existence. Chacune de celles-ci a été, pour moi, le point de départ de découverte d'un nouvel univers, le point d'amorce d'un nouveau voyage à faire. Et, chaque fois, s'en est suivies de nouvelles réflexions qui ne se sont pas encore achevées. Aujourd'hui, je constate que, malgré mes efforts pour donner aux autres la confiance qui leur manque pour vivre sereinement et affronter l'existence, j'en suis probablement impuissant. Peut-être que j'y réussis parfois avec d'autres personnes, sans que je m'en aperçoive. Le fait est que je ne considère que les échecs car c'est ce qu'il y a de plus formateur pour soi. Et pour Christelle, je pensais réellement avoir changé le cours de sa vie au niveau psychologique et personnelle. Je suis profondément déçu. Je continuerai néamoins sur cette voie.

Je suppose qu'il n'y a aucun lien direct entre moi et son acte. Ce serait prétentieux, nombriliste et faire preuve d'un sentimentalisme déplacé que de considérer le contraire. Néanmoins, je ne peux m'empêcher de penser que je ne sais pas grand chose si toutes mes connaissances, expériences et propos ne me conduisent pas à offrir aux autres un chemin de vie durable lorsqu'ils s'en remettent, temporairement, à moi pour les guider.

Parfois, ce chemin de vie durable, c'est peut-être simplement être présent. Suis-je suffisamment accessible pour être présent?

Romook

samedi 2 décembre 2006

La juste reconnaissance

"-Voilà ma maison, me dit Dalville dès qu'il crut que le chateau avait frappé mes regards, et sur ce que je lui témoignai mon étonnement de le voir habiter une telle solitude, il me répondit assez brusquement qu'on habitait où l'on pouvait.
Je fus aussi choquée qu'effrayée du ton; rien n'échappe dans le malheur, une inflexion plus ou moins prononcée chez ceux de qui nous dépendons étouffe ou ranime l'espoir; cependant comme il n'était plus temps de reculer, je ne fis semblant de rien. Enfin à force de tourner cette antique masure, ele se trouva tout à coup en face de nous; là Dalville descendit de sa mule et m'ayant dit d'en faire autant, il les rendit toutes deux au valet, le paya et lui ordonna de s'en retourner, autre cérémonie qui me déplut souverainement. Dalville s'aperçut de mon trouble.

- Qu'avez-vous, Sophie, me dit-il en nous acheminant à pied vers son habitation, vous n'êtes point hors de France, ce chateau est sur les frontières du Dauphiné, mais il en dépend toujours.
- Soit, Monsieur, répondis-je, mais comment peut-il vous être venu dans l'esprit de vous fixer dans un tel coupe-gorge?
- Oh! coupe-gorge, non, me dit Dalville en me regardant sournoisement à mesure que nous avancions, ce n'est pas tout à fait un coupe-gorge, mon enfant, mais ce n'est pas non plus l'habitation de bien honnêtes gens.
- Ah monsieur, répondis-je, vous me faîtes frémir, où me menez-vous donc?
- Je te mène servir des faux monnayeurs, catin, me dit Dalville, en me saisissant par le bras, et me faisant traverser de force un pont-levis, qui s'abaissa à notre arrivée et se releva tout aussitôt. T'y voilà, ajouta-t-il dès que nous fûmes dans la cour ; vois-tu ce puits? continua-t-il en me montrant une grande et profonde citerne avoisinant la porte, dont deux femmes nues et enchaînées faisaient mouvoir la roue qui versait de l'eau dans un réservoir.
- Voilà tes compagnes, et voilà ta besogne; moyennant que tu travailleras douze heures par jour à tourner cette roue, que tu seras battue chaque fois que tu te relâcheras, il te sera accordé six onces de pain noir et un plat de fèves par jour. Pour ta liberté, renonces-y, tu ne reverras jamais le ciel; quand tu seras morte à la peine, on te jettera dans ce trou que tu vois à côté du puits, par-dessus trente ou quarante qui y sont déjà et on te remplacera par une autre.
- Juste ciel, monsieur, m'écriai-je, en me jetant aux pieds de Dalville, daignez-vous vous rappelez que je vous ai sauvé la vie, qu'un instant ému par la reconnaissance vous semblâtes m'offrir le bonheur, et que ce n'était pas à cela que je devais m'attendre.
- Qu'entends-tu, je te prie, par ce sentiment de reconnaissance dont tu t'imagines m'avoir captivé, raisonne donc mieux, chétive créature, que faisais-tu quand tu m'as secouru? Entre la possibilité de suivre ton chemin et celle de venir à moi, tu choisis la dernière, comme un mouvement que ton coeur t'inspirait... Tu te livrais donc à une jouissance ? Par où diable prétends-tu que je sois obligé de te récompenser des plaisirs que tu t'es donnés et comment te vint-il jamais dans l'esprit qu'un homme comme moi qui nage dans l'or et dans l'opulence, qu'un homme qui, riche de plus d'un million de revenu, et prêt à passer à Venise pour en jouir à l'aise, daigne s'abaisser à devoir quelque chose à une misérable de ton espèce?%% % M'eusses-tu rendu la vie, je ne te devrais rien dès que tu n'as travaillé que pour toi. Au travail, esclave, au travail! Apprends que la civilisation, en bouleversant les institutions de la nature, ne lui enleva pourtant point ses droits; elle créa dans l'origine des êtres forts et des êtres faibles, son intention fut que ceux-ci fussent toujours subordonnés aux autres comme l'agneau l'est toujours au lion, comme l'insecte l'est à l'éléphant; l'adresse et l'intelligence de l'homme varièrent la position des individus; ce ne fut plus la force physique qui détermina le rang, ce fut celle qu'il acquit par ses richesses. L'homme le plus riche devint l'homme le plus fort, le plus pauvre devint le plus faible, mais à cela près des motifs qui fondaient la puissance, la priorité du fort sur le faible fut toujours dans les lois de la nature à qui il devenait égal que la chaîne qui captivait le plus faible fût tenue par le plus riche ou par le plus fort, et qu'elle écrasât le plus faible ou bien le plus pauvre.
Mais ces sentiments de reconnaissance que tu réclames, Sophie,, elle les méconnaît; il ne fut jamais dans ses lois que le plaisir où l'un se livrait en obligeant devint un motif pour celui qui recevait de se relâcher de ses droits sur l'autre. Vois-tu chez les animaux qui nous servent d'exemple ces sentiments dont tu te targues? Lorsque je te domine par ma richesse ou par ma force, est-il naturel que je t'abandonne mes droits, ou parce que tu t'es servie toi-même, ou parce que ta politique t'a dicté de te racheter en me servant?
Mais le service fût-il même rendu d'égal à égal, jamais l'orgueil d'une âme élevée ne se laissera abaisser par la reconnaissance. N'est-il pas toujours humilié, celui qui reçoit de l'autre, et cette humiliation qu'il éprouve ne paie-t-elle pas suffisamment l'autre du service qu'il a rendu - n'est-ce pas une jouissance pour l'orgueil que de s'élever au-dessus de son semblable, en faut-il d'autre à celui qui oblige, et si l'obligation en humiliant l'orgueil de celui qui reçoit devient un fardeau pour lui, de quel droit le contraindre à le garder? Pourquoi faut-il que je consente à me laisser humilier chaque fois que me frappent les regards de celui qui m'oblige?
L'ingratitude, au lieu d'être un vice, est donc la vertu des âmes fières aussi certainement que la bienfaisance n'est que celle des âmes faibles; l'esclave la prêche à son maître parce qu'il en a besoin, le boeuf ou l'âne la préconiserait aussi s'ils savaient parler; mais le plus fort, mieux guidé par ses passions et par la nature, ne doit se rendre qu'à ce qui le sert ou qu'à ceux qui le flatte. Qu'on oblige tant qu'on voudra si l'on y trouve une jouissance, mais qu'on n'exige rien pour avoir joui."

Le Marquis de Sade, extrait de "Les Infortunes de la vertu"

vendredi 1 décembre 2006

Pourquoi Dieu permet que les hommes de bien, qui sont véritablement bons, sont parfois entravés dans leurs bonnes oeuvres

"Si Dieu, qui est toute fidélité, permet que ses amis succombent à leurs faiblesses, c'est pour qu'ils perdent tout soutien et toute consolation qui pourraient les aider. Celui qui aime aurait, en effet, une grande joie à pouvoir faire beaucoup de grandes choses, telles que jeûner, veiller, se livrer à d'autres exercices, à des occupations particulièrement grandes et difficiles; ce serait pour lui une joie, un appui, un espoir, et ainsi ses oeuvres mêmes seraient pour lui un soutien, un appui, une raison d'espérer. C'est précisément cela que Notre-Seigneur veut lui enlever; il veut qu'on ne trouve de soutien et de raison d'espérer qu'en lui seul. Il le fait uniquement par pure bonté et par miséricorde. Car rien d'autre ne pousse Dieu à agir que par sa propre bonté; nos oeuvres ne contribuent nullement à ce que Dieu nous donne quelque chose ou fasse quelque chose pour nous. Ce que veut Notre-Seigneur, c'est que ses amis renoncent à un tel état d'esprit, et c'est pour cela qu'il leur enlève un soutien : pour être lui seul leur soutien. Car il veut leur donner beaucoup et ne le veut que par libre bonté; il sera leur soutien et leur consolation, mais au milieu de toutes ces grandes grâces de Dieu, ils devront, eux, découvrir et reconnaître qu'ils sont pur néant. Car, plus est nu et dépouillé l'esprit qui se jette en Dieu, qui est soutenu par lui, plus l'homme se fixe profondément en Dieu, plus il devient capable de Le recevoir dans ses dons les plus précieux. Car c'est sur Dieu seul que l'homme doit bâtir."

Extrait des Traités, Entretiens spirituels de Maître Eckhart, trad.Alain de Libera, GF - Flammarion