Hier soir, petite soirée entre amis. Concept simple : un de mes anciens camarades de lycée fêtait ses trente ans. Invitation « surprise », de la part de sa sœur : je ne l’avais pas vu depuis 10 ans environ (si on excepte une rencontre fortuite il y a 3 semaines dans le cadre d’un jogging, rencontre qui n’avait pas eu l’air de le ravir…). Nous étions donc 4 de ses anciens « meilleurs » camarades de lycée… Ce genre de soirée est toujours un peu dangereux et me laisse toujours un peu dubitatif. Le temps passe, les gens évoluent, leurs idées, même le sens de l’humour… Bref, que reste-il de ces relations d’antan : voilà la vraie question.

Bon, et bien, malgré le temps qui passe, il y a des réflexes relationnels qui sont toujours présents. Chacun considère l’autre avec les étiquettes qu’il avait à l’époque. On s’avoue certaines choses – avec une forme de sensibilité très touchante. Les étiquettes évoluent. On s’aperçoit qu’il existait des incompréhensions malheureuses, qui ont peut-être changé le cours des choses. Les étiquettes doivent-elles être maintenues ? Probablement, d’ailleurs, qu’il reste aujourd’hui des incompréhensions tenaces qui resteront durables. Je ne suis plus assez énergique pour aller à l’encontre de certains préjugés à mon égard. Mais, je m’accommode assez bien finalement des images et des cadres dans lesquelles on veut me faire rentrer. Ce qui m’amuse le plus d’ailleurs, c’est de constater que mes amis sentent confusément qu’il y a quelque chose de vicié dans le raisonnement à mon égard et que j’échappe - en définitive - à leur jugement taxinomiste dans la classification des étiquettes. Quelque part, je me demande si je ne suis pas une plaisanterie vivante, plaisanterie au deuxième degré bien sûr.

Pour en revenir à ce concept de plaisanterie vivante, j’ajouterais que je me rends compte que, lorsque je parle de mon blog à mon entourage, je m’aperçois que « Romook » est une part de moi-même, un peu comme une excroissance artistico-dérisoire de moi-même. Néanmoins, est-il vraiment moi-même ? Sous un certain angle, oui, of course. Toutefois, il faut vraisemblablement bien me connaître pour y déceler ce qui appartient directement à l’auteur ou à Romook.

Un ami a déclaré à une personne à qui il me présentait : « Surtout, l’une de ses plus belles créations, c’est le personnage qu’il a créé sur Internet, Romook, Empereur de Mo Am’Gambie ! ». Là, j’ai pris conscience du pouvoir de la création virtuelle. C’est d’ailleurs là tout le problème. Nous sommes tous une image pour quelqu’un, et il y a interaction entre notre être et cette image. Je m’explique.

Quelqu’un me perçoit d’une certaine manière. J’ai conscience de la subjectivité de son jugement. Pourtant, ce que je ressens pour cette personne va directement influencer ma manière de me comporter avec cette personne. Je vais entretenir cet aspect de moi, ou au contraire m’attacher à le modifier. Ce qui va entraîner une transformation de l’image que cette personne a de moi. Et ainsi de suite, avec les conflits d’image qui surgissent nécessairement lorsque des personnes d’horizons différents se rencontrent. Ceci est vrai pour moi, comme pour tout le monde, il s’agit de mécanismes inconscients qui sont à l’œuvre, qu’on le veuille ou non. On est toujours un produit de son temps, de son environnement, de son image.

Romook, content de sa soirée