Video Profs: Ségolène en off

La politique a un côté amusant. Une petite vidéo déposée sur Internet fait vite le tour des blogs et des journaux... Comme quoi, finalement, Internet est un outil de communication dangereux.

Sur le fond des idées présentées par Ségolène dans cette vidéo, deux points à retenir je pense :

1 - Il faut donner plus de chance à tous les élèves, en leur permettant d'avoir un soutien scolaire organisé (idée socialiste cohérente)
2 - Faire passer les profs aux 35 heures obligatoires de présence dans les lycées (alignement entreprise / service public, idée 'capitaliste')

A ces deux propositions, je vais faire une petite réflexion personnelle. Au 1 ci-dessus, je répondrais que c'est méconnaître l'investissement personnel de beaucoup d'enseignants. Pour ma part, je n'ai jamais eu besoin d'un soutien particulier. Néanmoins, j'ai toujours eu une curiosité débordante qui a obligé bien de mes enseignants à aller au-delà de leur préparation et, parfois, à leur faire faire des recherches complémentaires pour me transmettre les connaissances que je désirais apprendre. Grâce à tous ses enseignants, je considère aujourd'hui l'enseignement avec beaucoup de respect. Moi-même enseignant, je suis payé pour faire 1h30 de cours. Or, mes étudiants sont très demandeurs et donc nous sommes passés à un cours minimum de 3h, les cours durant en moyenne 4h en réalité. L'enseignement est parfois une passion, dans ce cas, pas besoin de demander aux enseignants de leur faire faire du soutien. Le problème n'est pas là. Le problème est la réaction des parents et des élèves. Les premiers protègent souvent les seconds d'une "surcharge" de travail. Tout devoir est perçu comme une punition. Résultat, à l'université, on rencontre des étudiants qui sont incapables de s'organiser lors de grosses charges de travail. Bref.

Au 2 ci-dessus, je répondrais qu'imposer les 35 heures obligatoires de présence aux enseignants n'a en soi rien de choquant. Les cours peuvent être préparés au collège ou au lycée si la documentation y est présente. Néanmoins, si c'est pour leur faire faire des heures de soutien, alors il n'y a plus de temps disponible pour la préparation des cours... La face émergée du travail de l'enseignant - donner son cours - ne représente que la plus petite partie du travail en fait. Ca, évidemment, quelqu'un qui travaille en entreprise et qui n'a jamais enseigné ne peut pas s'en rendre compte. Ainsi, énoncer des propos comme ceux-là entretient le clivage entre secteur public ('les plaqués') et le secteur privé ('les vrais travailleurs'). Vouloir rassembler les deux revient à nier la spécificité du secteur public. Je sais que c'est un autre débat, mais l'un des coeurs historiques du socialisme a été la promotion des services publics me semble-t-il... Ainsi, ces propos de Ségolène Royal ne sont choquants que sortant de sa bouche, puisqu'elle nie son idéologie politique. Mais bon, pour ma part, je ne sais pas si c'est bien ou pas bien, je ne fais qu'une tentative d'explication de texte. Sûrement mon côté prof.

L'autre partie de son discours qui me semble plus contestable, c'est le côté "mercantiliste" qu'elle attribue aux enseignants. En faisant référence au fait que certains vont se faire payer pour faire de la formation professionnelle alors qu'ils devraient être au collge ou au lycée... Pourquoi se sont certains d'entre eux qui font ça ? Peut-être parce qu'il n'y a personne d'autre qui peut le faire sur le marché... Voilà une hypothèse de réponse. Les 'travailleurs' travaillent pendant les heures de formation professionnelle, ils ne peuvent donc pas enseigner par définition. Et, malgré tout, c'est une surcharge de travail. Tout le monde n'a pas envie de le faire. En soi, ça n'a rien de choquant. Ce qui me semble étrange, c'est qu'elle pointe le doigt dessus en énonçant que ce n'est pas normal. Mais bon, encore un sujet de débat sur : faut-il ou non un clivage entre le secteur public ou privé ?

Romook, micro-contributeur au débat