"你想死了嘛!!!"

C'est le troisième vélo dont je pensais voir terminer sa carrière dans un hôpital ferrailleur afin de désosser l'armature en métal qui aurait pû habiller son conducteur. Et bien non... Mon chauffeur est très sympathique. Comment vous le présenter ? "Okaye, okaye!!" avec un large sourire lorsqu'il a compris l'endroit où je voulais. Après deux essais infructueux, je suis heureux de trouver un taxi. Le premier prenait sa pause. Le second m'a dit que c'était l'autre route qu'il fallait prendre et que donc ça allait prendre trop de temps de faire demi-tour, qu'il fallait que je traverse et prenne un taxi de l'autre côté de la route. Ce qu'il a néanmoins fait devant moi, partant ainsi dans la direction vers laquelle il venait de refuser de m'emmener. Je ne cherche pas à comprendre, vous l'aviez compris : je suis en Chine, à WuHan de surcroît.

你是那国人?

- Je suis français... et le flot intarissable démarre sur - je cite pêle-mêle - Platini, Chirac, La Tour Eiffel, Zidane... Il m'a même annoncé que la France était plus belle que la Chine, qu'il y avait plus de chinois dans le monde que de français et ... - Je ne sais la combientième raclation gorgienne vient de se produire, laissant un souvenir verdâtre du passage du taxi sur la chaussée - ... que les français sont très sympathiques, ce à quoi je réponds du tac au tac que les chinois sont très accueillants.

出不了!!出不了!!

Un taxi tente de nous barrer la route. Vu le volume sonore qui emplit la voiture des paroles en dialectes wuhanais, je suppose qu'il n'y a pas que des paroles douces et amicales qui sortent de sa bouche. Le regard un peu effrayé du chauffeur de taxi adverse qui a stoppé net sa manoeuvre au bruit des exclamations sonores du mien me fait penser que les pires châtiments ont été envisagés. Nous passons donc. Inutile d'imaginer que quelqu'un entravera le chemin décidé par mon chauffeur. Il n'est pas homme à se laisser impressionner.

Une heure de taxi, entrecoupée par les hurlements de mon taximan ("要死了!!"), qui m'a permis de prendre conscience que mon niveau de chinois n'est vraiment pas trop mauvais puisque je comprends les gens de WuHan lorsqu'ils sont "lâchés" dans leur discussion. Ma micro discussion d'un quart d'heure, tous les matins, avec le chauffeur de l'Université n'est pas pour peu de chose dans ma compréhension des choses.

Pour reprendre un mot célèbre, "J'adore ce pays."

Romook, La langue est le premier contact avant d'approfondir l'univers de l'autre