Tout ethnologue doit savoir déterminer et circonscrire un objet d'étude singulier, de nature à mettre à jour les arcanes secrètes du tissu social d'un univers. Choisir son terrain d'étude, apprendre la langue et les coutumes de ce nouvel univers, analyser les renseignements préalables sur l'histoire des individus que l'on abordera dans un souci d'objectivité constante, en tentant d'éviter les approximations et les réflexes ethnocentristes : voilà le programme du spéléologue de la société humaine.

Evidemment, tout étudiant en ethnologie rêve aujourd'hui de s'habiller d'une renommée d'un Pierre Clastre et autre Lévi Strauss. Paul Emile Victor un peu moins, et si on s'aventure à énoncer Pierre Bourdieu, alors, nom de nom!, on dépasse les bornes. La sociologie n'est pas l'ethnologie. D'ailleurs, il ne faut pas non plus confondre l'anthropologie et l'ethnographie avec l'ethnologie. En fait, derrière le nom audacieux d'ethnologue, se cache la secrète envie de vivre des choses mystérieuses, bref, ce qui fait rêver l'étudiant ethnologue, c'est l'ethnographie. Et c'est alors qu'il se plaindra d'être obligé de travailler sur des sociétés non primitives et encore ça reste à prouver, moins mystérieuses comme la banlieue du Caïre.

Pire, on lui proposera d'aller faire une étude dans le café du coin. L'ethnographe barman, voilà un cursus qui n'a jamais été envisagé. Et pourquoi? Est-ce moins noble de reconnaître que la culture de son propre pays, ses coutumes, ses relations sociales (au sens ethnologique du terme) nous sont tout aussi inconnus que l'on était dans leur temps les Jivaros ?

Un ouvrage d'ethnologie se doit de se dépouiller de sa propre culture pour pouvoir décerner la réalité sociale telle qu'elle se vit, quoi qu'en dise les autochtones. C'est pourquoi, si on prenait la peine de faire de l'ethnographie, on ne sortirait jamais de sa rue qui est en soi un univers suffisant pour étudier les relations sociales des individus. Si on ne sait pas voir où est le mystère, cessons de faire les hypocrites : on n'est pas ethnographe, on est à la recherche d'une excuse pour voyager.

C'est pourquoi je propose aujourd'hui une nouvelle science. Je vais en poser les fondements pour être cité dans le sdictionnaires quand je serai mort, mais il est hors de question que je réalise une étude dans cette lignée. Parce que je ne suis pas ethnographe, mais ethnologue. Je laisse la collecte des données aux autres, pour ma part, je me réserve la part la plus difficile : l'analyse des données récoltées.

Cette nouvelle science je l'appelle l'ethnoblographie, qui pourra également se résumer comme étant la blogographie, récolte des données destinée à nourrir la réflexion du blogologue.

Il s'agit de plonger, au péril de son niveau de français et de son QI qui risquent de fondre comme neige au soleil, dans le tiers-monde de la blogosphère, c'est-à-dire le blog des jeunes de 12 ans 15 ans mais en fait il n'y a plus de différence me semble-t-il de nos jours et plus et d'en tirer la substantifique moelle et de comparer à travers les âges pour vérifier si le niveau d'idiotie n'a pas singulièrement évolué depuis une vingtaine d'année... dans le sens positif, c'est-à-dire croissant. Un terrain de choix semble être Skyblog qui semble être prisé par cette population mo am'gambesque dans l'esprit.

Ce n'est pas dans ce terreau peu fertile que l'on rencontrera, me semble-t-il, un individu qui dira au seuil de sa vie : "La mort est une escroquerie qui ne me fait pas peur. C'est d'arrêter de vivre qui m'ennuie. Tout simplement."

Affaire à suivre...

Romook, blogologue