Il était temps que j'en parle. Aujourd'hui, je vais tout vous dire sur toutes les choses qui se sont produites à ma connaissance dans mon immeuble depuis que j'y suis. Il fallait bien qu'un jour quelqu'un crève l'abcès.

Je suis arrivé dans mon immeuble après une opération de rénovation faite sur un immeuble dont la façade est classée "monument historique" qui avait été squatté pendant plusieurs années. Tout avait pillé, y compris les compteurs EDF. On se demande bien ce que les gens peuvent en faire. Admettons. Ca vous situe le décor. Nous sommes alors en novembre 1995.

Je suis au deuxième étage. De mon appartement, j'aperçois trois appartements en face. Celui le plus en haut d'un escalier extérieur était habité par un être androgyne, dont les vêtements ne m'ont permis que tard de découvrir l'être féminin qui se camouflait en dessous. Juste en dessous vivait une jeune femme blonde, au tempérament "chaud" d'après les échos de ses propos à l'encontre de tout ce qui se mettait sur son passage (voisin, petit ami...). En dessous, je ne sais pas. Cet appartement est d'ailleurs resté jusqu'à ce jour un mystère pour moi. Je n'ai aucun fait notable pouvant permettre d'extraire quelques morceaux de vie concernant cet endroit.

A cette époque, une violoncelliste habitait au rez-de-chaussée. Ce n'est que trois ou quatre ans plus tard que je fis sa connaissance par hasard. Trop tard. Il y avait aussi une femme qui me troublait dans un autre appartement au rez-de-chaussée : Virginie.

Elle ressemblait étrangement à une femme que j'avais aimé éperdûment pendant ma jeunesse et qui continuait alors à me hanter. Même morphologie, même taille, même visage, même style vestimentaire. Même regard de coin. N'y tenant plus, un jour, je vais frapper à sa porte. "Bonjour, je m'appelle romook et je suis votre voisin au-dessus. Je m'excuse de vous déranger, je vais vous sembler bizarre, mais j'ai une requête à formuler. Vous ressemblez étrangement à une femme que j'ai aimé et je voudrais vérifier si les théories sur la morphopsychologie ont une quelconque consistance. En échange de mon analyse, je vous offrirais une tasse de Long Jing, le thé chinois appelé "le puit du dragon". Une vraie merveille. Je peux aussi mettre de la musique classique. J'adore ça. Alors? - OK. Je viens."

C'en est suivi une belle petite relation amicale. Elle m'a présené une de ses amies pensant que ça pourrait coller. Et non. On buvait de temps à autre du thé en écoutant Frantz Liszt. Souvent une partie d'échecs permettaient à nos deux esprits de s'affronter. Malgré mes études de droit et ses études de finance, nous n'abordions jamais ces thèmes. Y aurait- il là un message que je ne sais pas su percevoir? Elle était fiancée. Elle n'est restée qu'un an dans ma ville et ses études de DESS terminées, elle est partie. Je n'ai pas pris son adresse. Comme à mon habitude, je pense que le monde est petit et que les gens que l'on doit retrouver ne peuvent pas se perdre de vue. A ce jour, je n'ai plus de nouvelle et je le regrette de temps à autre.

Juste en dessous de chez moi, il y avait "béné". Un petit brin de femme hyper dynamique dont la vie n'était pas simple. Elle faisait des études de banque - finance après avoir fait quelques années de droit. Avec elle, les sujets étaient beaucoup plus variés et avaient souvent tendance à virer à la polémique amicale sur le domaine juridique. On s'entendait bien aussi. Pourtant, un problème subsistait : mon ami Sébastien. Un individu hors normes qui avait pris cette voisine en grippe pour je ne sais quelles raisons. Traduction dans la vie quotidienne : lorsqu'il venait chez moi, il sautait à pied joint en hurlant des noms d'oiseau sur ma voisine. Comme elle était loin d'être sourde et surtout très proche (son appartement était juste en dessous du mien), elle venait régulièrement et rapidement chez moi dans un état d'énervement absolument compréhensible lorsqu'il était là. Je ne sais pas pourquoi ils ne se sont jamais battus. Peut-être parce que j'avais pris la décision d'inviter Sébastien uniquement lorsqu'elle était sortie.

Un jour, Bénédicte est partie et a été remplacée par Hélène. Une danseuse angliciste. Je n'ai pas mis longtemps à établir le contact avec elle car elle était très jolie dans l'appartement de Bénédicte. La proximité ça aide toujours un peu ;-) Elle préparait l'agrégation, qu'elle a eue. Discussion philosophique, musique, bons moments. Je garde un excellent souvenir d'hélène dont je pense toujours avoir le numéro de téléphone. Je lui ai permis d'avoir un poste dans mon université. Je la retrouverais donc facilement le cas échéant. Une femme plus intelligente que je ne l'imaginais. Tout au long de la relation, j'ai été de surprise en surprise avec elle. Et, un jour, elle est partie et a été remplacée par une infirmière. Une vraie conne.

Fort heureusement, elle est partie aussi vite qu'elle est venue. C'est à peu près à cette période que j'ai commencé à "fréquenter" la médecin qui s'était installée dans l'immeuble. Fréquenter un médecin, on s'entend, j'allais la consulter. Encore la simplicité de la proximité. Une femme très gentille. Très tolérante. Que j'aime beaucoup.

La conne disparaissant, un jeune homme est arrivé dans l'immeuble. Musicien de son état, je ne pouvais pas malheureusement m'entendre avec lui. Musique rock jusqu'à deux heures du matin les premiers temps. Un jour, décidant d'entamer un contentieux avec ce voisin créateur, je vais le voir et lui explique que, bien qu'étant parfaitement disposé à comprendre que la création artistique se réalise essentiellement la nuit pour certains (dont je fais également partie), la musique rock ne me permet pas de développer ma propre sensibilité et... La réponse ne se fit pas attendre. Il se confondit en excuses et plus une seule fois je n'eu à me plaindre. Nous avions donc des rapports cordiaux entre voisins avec échange de tire-bouchon et autres entraides classiques. Il faisait de la cuisine indienne qui embaumait tout l'immeuble. Et plusieurs fois, je m'enquéris du nom des épices qu'il utilisait. Noms que j'oubliais malheureusement en rentrant dans mon appartement. Dommage, ça avait vraiment l'air délicieux à l'odeur. Il ne m'a jamais invité à mgoûter ces mets. Peut-être à cause de mon appréciation de la musique Rock.

Un jour, il disparut et laissa place à un couple de jeunes. La femme se faisait battre avec une violence inouïe. Plusieurs fois j'appelais la police. Systématiquement, celle-ci venait. Je leur ouvrais la porte de l'immeuble. Guidés par les bruits, les policiers trouvaient rapidement la porte litigieuse. Lorsque dans le tapage, le jeune homme entendait enfin que des personnes frappaient à sa porte. Il ouvrait. S'ensuivait une explication forte où la femme niait tout ce qui venait de se produire. La police repartait donc bredouille. L'enquête commençait. Mon voisin se dirigeait vers toutes les portes de tous les appartements et interrogeait chacun pour savoir qui avait appelé la police. Vu le gabarit du type et sa tête, il faisait vraiment peur. Lorsqu'il avait fini sa tournée d'inspection, il retournait corriger sa femme car, évidemment, c'était elle qui avait appelé la police. Et si ce n'était pas elle, c'est parce qu'elle criait trop fort et qu'elle dérangeait les voisins. Bref, ça méritait d'être corrigé à nouveau. Qu'auriez-vous fait?

Dans ces cas, je rappelais encore la police qui revenait. Plusieurs fois, il a été embarqué au poste je crois. Ne payant pas son loyer, il a été mis dehors. Une bonne nouvelle. Lorsque je le croise dans la rue actuellement, j'en ai encore des frissons dans le dos. Alors, le musicien est revenu... Il a entrepris de faire des aménagements qui lui ont coûté son logement, me semble-t-il. Le propriétaire ayant considéré que le fait de mettre en place une mezzanine était inutile. Pour ma part, connaissant bien cet appartement avec ces plafonds à 4,30 mètres, ça me semblait très bien. Enfin, je ne saurais jamais exactement ce qui s'est passé précisément. Il est parti et depuis les locataires dans cet appartement restent un mystère. Je crois qu'il s'agit d'un couple avec un enfant, euh... non, un jeune chat gris. Je leur rappelle d'ailleurs sollennellement que les animaux sont interdits par le réglement de la copropriété et qu'en plus je n'aime pas les chats (et pas de jeux de mots graveleux sur le mot "chat" SVP).

En effet, ça doit correspondre avec ma rencontre guigui et juliette, un très joli brin de femme. Les voisins du bout du couloir. Et oui, sur mon pallier, il y a deux appartements. L'un détenait le triste record des entrées par effraction. Il faut dire que la porte de cette appartement était un appel à violer la propriété privée. Equivalent à une jeune femme qui aurait une minijupe, un string, et se tiendrait assise en face de vous les jambes légèrement écartées, avec un regard qui vous aguichent et les lèvres légèrement entreouvertes. Vous imaginez la situation? Ben la porte de l'appartement était de ce genre là, mais sans rouge à lèvre. Son chambranle était extérieur et seuls des verrous permettaient de la fermer. En gros, en désossant le chambranle de la porte, on pouvait rentrer dans l'appartement sans toucher aux verrous. 3 fois / an, c'était la moyenne jusqu'à ce que le propriétaire fasse changer cette porte. Mais depuis ce temps, plus personne n'y habite à ma connaissance. Il faut dire qu'avec ces poutres intérieurs, il est très spécial.

L'autre était habité par des jeunes - des personnes de mon âge - dont seule la jeune femme avait toujours retenu mon attention. Mais bon, pas besin de faire connaissance, il y avait toujours son homme. Finalement, on a fini par finir des liens. On s'est échangé les numéros de portable. On m'a volé le mien. Il ne m'a pas rappelé. Fin de l'histoire.

Dans l'autre appartement, celui aux effractions, la première année, il y avait une étudiante de l'IEP Paris dedans. Jolie, intelligente, disponible et attentive à mes desiderata pour autant que je m'en rappelle. Elle est partie trop vite. Karine si je me rappelle bien... Tant pis :-(

Puis, un jour, il y a deux ans maintenant. J'étais chez moi : il faisait beau. Samedi après midi. Fatigué, envie de rien faire. Discuter devant une bière, mais pas envie de bouger. Et je vois une jeune femme, accoudée en train de fumer hors de chez elle : la voisine d'en face. Dépouilllée depuis un an ou deux de ses vêtements kaki et de ses gros pulls, je m'aperçois que c'est effectivement une jolie jeune femme. Ayant rencondes gens intéressants simplement en faisant une rencontre. Je me dis : pourquoi pas? Je l'avais déjà entendu parler avec son petit copain. Je savais qu'il allait falloir utiliser le patois. Chose surprenante en ses beaux quartiers. Le contraste de l'expérience m'amuse et je lance ma proposition d'une bière rapide. C'est accepté.

Je découvre ainsi une très jolie étudiante en sociologie. Je pense que très vite je commence à démontrer que c'est une fausse science. On ne se refait pas., désolé ;-) Discussion intéressante, échanges intéressants et chose surprenante : elle a envie d'apprendre à jouer au Go. S'en est suivi une relation mouvementée où les parties de Go ont succédé régulièrement à des discussions sur le nihilisme ou le sexe. J'ai vite oublié ces années où je me demandais si c'était un garçon ou une fille qui habitait en face de chez moi. Et puis, je suis parti en Angleterre. Puis en Chine. Elle est partie presque concomitamment à Paris. On reste en contact. Et j'en suis très heureux. Elle m'a beaucoup apporté par sa présence et j'espère qu'elle le sait.

10 ans de vie dans mon immeuble et je vais bientôt le quitter. Je suis le plus vieil occupant de l'immeuble depuis sa rénovation. Avec moi, c'est une page de son histoire qui s'en va. Evidemment, je ne peux pas tout raconter. Ca pourrait poser problème peut-être... Hé hé hé, comme si je ne savais pas si ça pouvait poser problème...

Romook, vieil occupant