Romook, ectoplasme bloguique

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dimanche 25 juin 2006

China Honta : épisode 15 et 16

Chers internetospectateurs et spectatrices, Une fois n'est pas coutume, nous faisons une émission spéciale destinée à rattrapper le retard accumulé par les précédentes équipes techniques qui ont manifesté leur incompétence de manière flagrante et chaque fois plus importante. Vous aurez deux épisodes en une seule fois. Gageons que cela n'arrivera plus à deux épisodes de la fin de notre émission...

Les semaines se sont déroulées sans aucun fait marquant à signaler. Les enseignants se dépêchent d' enseigner le plus de trucs possible en un temps record à leurs pauvres petits étudiants qui voient arriver les examens avec inquiétude... Avec un peu plus de 1500 caractères à "revoir", ça en fait des lignes d'écriture à faire... Surtout qu'à la différence des autres langues, l'alphabet n'est d'aucuns secours ce qui explique que l'on puisse lire un mot qu'on ne sache pas écrire, que l'on puisse prononcer un mot également sans savoir le lire et l'écrire, et même de connaître le sens d'un mot à l'écrit en ayant totalement oublié sa prononciation!!! L'asile, c'est par où l'entrée ?

Parmi les révisions qui se réalisent tant bien que mal au jour le jour, le petit Romook a déjà un pied en France par le biais de ses recherches professionnelles, le pesage de ses bagages (21kg de surcharge!!) et la création de son programme d'apprentisso révision du chinois journalier auquel il sait qu'il va devoir s'adonner pour maintenir un niveau correct. A la différence de l'anglais que l'on peut ne travailler que périodiquement, sans perte majeure et une reprise très rapide, le chinois ne tolère aucun écart. Mais qu'allait donc -t-il faire dans cette galère? Donnons lui la parole qu'il nous explique tout ça :

"Je suis très content d'avoir appris les heureux évènements qui se déroulent en France. Les naissances affluent dans mon entourage et c'est avec plaisir que je vois arriver ces nouvelles. A tous félicitation!! Par ailleurs, j'ai commencé à draguer le marché lillois pour trouver une place qui me corresponde. Ma volonté de me fixer définitivement est forte. Je sais que je peux aller facilement à Paris et je n'hésiterai pas à le faire, même si ce sera à contrecoeur. A Lille, vais-je trouver une place pour m'accueillir qui me permettra de mettre en oeuvre mes projet? A priori, ça a l'air bien parti, puisque j'ai déjà reçu une proposition de rencontre parmi les 9 que j'ai envoyé. Le tout étant de savoir ce que l'on veut et pourquoi on le veut... Pour ma part, c'est un peu par "fainéantise" puisque l'idée de faire deux heures par jour de chinois en rentrant en France, simplement pour maintenir le niveau me paraît simplement démentiel... Donc, il faut que je trouve un moyen d'en faire dans mon travail régulièrement, ce qui me permettra d'être plus à l'aise dans la vie à côté.

Dans les choses intéressantes que j'ai apprises ces derniers temps, il y a l'expression 听不懂 "tingbudong" : "entendre pas comprendre" qui est utilisée pour la musique occidentale par les chinois. J'avais eu un grand débat avec plusieurs chinois sur ce thème en défendant l'idée européanno centriste - quoiqu'on dise on est bien le fruit de sa culture - de l'universalité des sentiments et émotions musicales. Ce à quoi on m'avait répondu, ce qui me paraissait évident bien sûr, qu'ils savaient seulement déterminer si une musique leur plaisait ou non, si elle était jolie à écouter ou non. Bien, alors pourquoi utiliser l'expression 听不懂 ? La réponse semble être qu'en Chine, il n'existe pas un seul morceau de musique qui ne soit pas lié à un conte chinois ancien. En clair, toute musique raconte une histoire déjà connue de tous... Ce qui fait qu'évidemment, un impromptu de Schubert est fatalement un objet dénué de sens, ce qui permet d'utiliser en toute humilité l'expression 听不懂.

Par ailleurs, on m'a raconté l'histoire de la grande muraille. Comme on me la raconté en chinois, peut être que la transposition en français va se faire avec des erreurs pardonnez moi par avance. Il y avait un homme et une femme qui s'aimaient éperdûment. L'un des empereurs a décidé de construire la grande muraille et a réquisitionné des hommes à travers le pays. L'homme a donc quitté cette femme avec laquelle il devait se marier. Le travail sur la grande muraille était très difficile et très loin. il n'était pas possible de donner des nouvelles à cette époque. La femme l'attendait avec impatience. Des années plus tard quand l'Empereur considéra que les travaux avaient bien avancés et que les gens pouvaient rentrer chez eux. Tout le monde était heureux de revoir son compagnon. Néanmoins, l'homme que cette femme aimait était mort pendant les travaux. Elle l'a attendu, l'a cherché partout dans le pays et ne l'a jamais retrouvé. Un jour, quelqu'un lui a annoncé qu'il était mort et sa douleur fut si forte, ses pleurs si important que la grande muraile elle-même s'est émue et s'est mise à pleurer... Voilà ce qu'il y a dans la tête d'un chinois lorsqu'il regarde la grande muraille.

Ces deux exemples me paraissent hautement significatif du degré d'incompréhension qui existe entre un chinois et une personne d'un autre monde. Et ces incompréhension se retrouvent évidemment dans les relations sociales, dans les propos, dans le vocabulaire de la langue, dans les constructions de phrase. Il y a des choses que je peux dire en chinois qui sont d'une grande beauté mais qui serait d'une platitude extrême en français ou nécessiterait un talent d'écriture incroyable pour dire ces choses très simples. Mon niveau de chinois n'est pas très élaboré, mais la manière de penser de la langue facilite grandement la capacité à créer des pensées poétiques.

Après trois mois et demi plongé dans l'univers chinois, mon bilan est mitigé parce que je me suis sinisé. J'ai conscience de mon niveau de chinois. On m'a dit que je savais écrire comme un chinois de douze ans environ et que je parle comme un chinois de seize ans. Je peux être content. C'est déjà une belle avancée. Je sais aussi que je touche en ce moment du bout des doigts la porte de l'accès à la culture... La lecture des livres chinois va bientôt être possible. En survolant un journal, je peux déjà dire en gros de quoi parle un article la plupart du temps. Hier, je discutais avec Kai Ye des premières heures de cours de chinois que j'ai subi. Il me rappelait que j'étais blême et que je lui avais dit que c'était la première fois que je rencontrais un "problème" dans ma vie que je ne savais pas comment surmonter. Et c'est vrai, je m'en rappelle. Les 4 premières semaines ont été une immense traversée du désert comme je n'en aurais jamais plus, c'est évident. Il faut dire que je suis allé directement dans un cours qui n'était foncièrement pas de mon niveau, je le sais. C'était au-dessus de mon niveau de chinois d'alors, notamment au niveau de l'écriture. J'ai fait confiance dans ma capacité de travail et mon obstination dans le travail (acharnement?). Dans ce cas, il fallait connaître parfaitement 400 caractères de chinois (lire et écrire) pour pouvoir suivre. J'en connaissais 160. J'avais donc 240 caractères de retard sur mes petits camarades. Aujourd'hui, j'ai rattrappé le retard et, a priori, je force l'admirationde tous mes enseignants par ma compréhension de la langue et de la culture chinoise. Pour ma part, sans faire part d'orgueil, j'ai conscience que par rapport aux européens communs qui apprennent le chinois ici, il y a effectivement une énorme différence entre moi et eux. Ils sont venus apprendre une langue. Ils n'ont pas compris que ça signifie également s'imprégner d'une autre mentalité pour parler correctement cette langue. Les phrases ne sont pas complexes, mais étranges si on ne fait pas attention à leur véritable signification culturelle. Toutefois, sans fausse modestie cette fois, j'ai la pleine conscience de cette phrase de Socrate : "Je sais que je ne sais pas." Chaque jour, chaque chose que je comprends sur les idées et la philosophie à l'oeuvre dans cette langue et cette civilisation (les deux étant intimement lié, preuve en est : la calligraphie) me permets de mesurer l'impossibilité totale d'affirmer un jour : "je connais et comprend la culture chinoise. Je sais parler chinois" En une vie, je n'arriverai pas au bout, je le sais. Pour le moment, j'ai des comportemets réflexes sociaux comme un singe à qui on a appris des trucs. Je sais appuyer sur les boutons de la relation sociale pour qu'un chinois comprenne ce que je dis, ce que je veux, qu'il soit en confiance. Mais je ne comprends pas la plupart du temps pourquoi ça marche. Comment expliquer ensuite dans un entretien d'embauche qu'au lieu d'apprendre du vocabulaire juridique et du vocabulaire commercial j'ai préféré apprendre la calligraphie? Surtout comment expliquer que, pour une transaction commerciale, il est plus important de savoir écrire des caractères avec un pinceau que de savoir les mots spécifique de ce domaine d'activité ? Imaginons la situation suivante : entretien pour un poste dans le commerce international. Question : "Et vous savez dire 'garantie à première demande' en chinois ?" Réponse : "Non mais je sais écrire un caractère chinois d'un mètre cinquante avec un pinceau." Imaginez l'incompréhension du recruteur alors qu'un chinois en face considérerait que je suis vraiment quelqu'un avec lequel il a envie de travailler. Cette énigme se trouve synthétiser dans cette phrase que l'a dite mon prof de calligraphie cette semaine, seul à seul :" Yang Fa Long, vous pouvez travailler en Chine et vous réussirez. Vous connaissez votre domaine de compétence, votre chinois n'est pas mauvais et vous connaissez la calligraphie. Vous savez écrire le style Kai et le style Cao. Vous seriez le meilleur dans votre domaine d'activité en Chine. Les chinois ne savent pas écrire le style Cao." Je vous laisse dans quel état dubitatif m'a laissé ces propos. Quel lien entre le fait d'être capable d'écrire des zi et être le meilleur dans son domaine ?

J'ai laissé fonctionner ma machine à compréhension culturelle, qui est surentraînée depuis mon arrivée en Chine, et un semblant de réponse est arrivée. Une enseignante passe dans un cours et me dit, publiquement - le détail est d'importance -, que ma calligraphie est jolie (j'ai affiché mon nom sur la porte de ma chambre) et qu'elle aimerait en avoir une de moi. ?. Derechef, l'enseignante avec laquelle j'étais m'a aussi réclamé une calligraphie, bien qu'elle n'ait jamais vue ce que je fais. Quelques heures plus tard, je vais voir cette enseignante qui m'avait complimenté et lui propose de venir visiter ma chambre. Elle vient de bon gré. Et là, elle a commencé par me demander si c'était bien moi qui avait fait tout ça. Elle a été toute troublée au point qu'elle est allée toucher et inspecter le papier et l'encre de mon zi d'1, 50 mètre au dessus de mon lit. Puis, rougissante, elle m'a dit que "ce n'était pas mauvais (traduction littérale)", c'est à dire "bien" et est repartie.

Le lendemain soir, je reçois un appel téléphonique d'une chinoise qui parle français. Elle me félicite pour mon travail calligraphique (le nom affiché sur la porte de ma chambre) et me dit qu'au départ, elle pensait que j'avais acheté cette calligraphie. Elle voulait savoir où et a demandé à cette enseignante où je me l'étais procuré. Cette dernière lui a répondu que je l'avais fait moi-même et blablabla... Bref, est-ce que je pouvais lui en faire une? Et derrière ça, un rendez-vous d'affaire pour le business a priori... Alors qu'au départ, elle pensait plutôt que j'étais plus fait pour faire des études de comique que d'exercer le métier auquel je me destine... Bref. Tout ça pour démontrer que l'impact de la pratique de la calligraphie fait résonner dans l'imaginaire collectif des chinois des choses qui sont encore au-delà de ma compréhension culturelle. Je vais me risquer à donner une réponse toutefois : dans les examens pour être mandarin, il y avait une épreuve de calligraphie. La calligraphie est un art hautement intellectuel. Pour un occidental qui n'en comprend pas la signification, il s'agit d'une forme de dessin. Pour l'étudiant en chinois, il s'agit d'un passe-temps agréable permettant de réviser ses zi. Si on pousse plus loin la compréhension, notamment à travers l'étude du style Cao, on s'aperçoit qu'il y a un art du déguisement et de la suggestion du zi qui permet de supprimer des traits mineures et d'exacerber d'autre, rendant difficile le déchiffrage du zi, mais pas impossible. La lecture de la calligraphie en style Cao est aussi un moyen de tester plusieurs choses je pense, le niveau de culture de la personne, sa connaissance des caractères (nombre et ordre des trats) et sa capacité d'abstraction. Dès lors, quand on allie la concentration, la patience et l'endurance aux exercices, la rigueur dans l'exécution et la continuité des efforts pour aboutir à ue belle calligraphie. Il n'y a pas de gens doués pour la calligraphie, il y en a qui travaillent plus que les autres. Sans compter que le résultat n'est rien d'autres que d'écrire ce que d'autres ont déjà fait. L'art de l'inutilité poussé à son extrême beauté esthétique ("C'est bien plus beau lorsque c'est inutile!", Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand). On se retrouve alors face à cette phrase de confucius qui disait d'un de ces étudiants : "Je l'ai toujours vu en progrès et en même temps ne jamais relâcher ces efforts". Voilà mon explication de la résonnance culturelle de la pratique de la calligraphie pour un chinois. N'oublions pas qu'il s'agit d'une tentative de réponse d'un européen ne faisant que ses premiers pas dans la culture chinoise.

Un pseudo regret : ne pas avoir commencé ce voyage culturel plus tôt dans mon existence. J'ai aussi cette conscience de l'inutilité d'un tel voyage qui aurait été fait plus tôt dans ma vie. Sinon, je serai venu - à l'image de beaucoup d'autre - apprendre le chinois et serait passé à côté de l'essentiel. Les études que j'ai faite auparavant m'ont préparé à faire de ces quatre mois la plus riche expérience de ma vie. Devrais-je conseillé à quiconque veut venir apprendre le chinois de se plonger d'abord dans la culture chinoise pendant 15 ans en abordant pêle mêle : les arts pictoriaux, la musique, la poésie, la littérature, l'histoire, les contes anciens. Grand absence de cette étude préalable : la calligraphie que je n'avais jamais envisagé comme un art jusqu'à alors. Maintenant, ça me paraît fondamentale. Mais sans parler chinois, ni lire et écrire les caractères, apprécier la calligraphie a quelle signification?

Je suis content de rentrer en France. Ici, je suis un étranger et le resterait toute ma vie. Avec ce voyage en Chine, je pense qu'une porte s'est ouverte dans ma vie, qui ne se refermera pas mais qui exclue que je puisse développer d'autres passions que l'étude de la culture chinoise. Je n'étudierais plus d'autres langues étrangères, je travaillerai celle que je connais déjà (ça paraît être une évidence pour tout le monde, sauf pour ceux qui me connaissent bien, d'où ma précision). Je n'abordrai plus de nouvelles cultures, je me contenterai de celles qui sont immédiatement à ma portée culturelle, et elles restent nombreuses : allemande, anglaise, chinoise, euroépenne, française, polonaise. De quoi remplir toute une vie :-)

Et pour conclure, je finirai par cette phrase de Confucius : "N'aie pas peur d'être incompris par les autres, craint seulement de ne pas les comprendre." J'aime cette phrase, même si je trouve que lorsque des amis font des réflexions qui en disent sur leur degré de méconnaissance de vous, c'est toujours quelque chose qui rend triste, même si on connait les raisons profondes qui animent leur propos. En écho, je reprendrai cette phrase de Marguerite Yourcenar, dans"Anna Sorror...", "elle avait le regard triste des gens qui se savent aimé, mais incompris." Demain, début de la semain d'examen. Hop! Retour au travail d'écriture! "

Merci Romook et à la semaine prochaine

Erotisme

L'érotisme est l'art de la suggestion. C'est bien ça?

Romook, esthète

mardi 20 juin 2006

Non bouleversement

Et si un jour, je me mettais à compter tous les gens que j'ai rencontré qui ne m'ont rien apporté dans la vie, qui n'ont eu aucune impact sur ma vie... Probablement que je n'y arriverai pas : ils sont trop nombreux et, pour la plupart, je les ai oublié.

Voilà un vrai challenge pour exercer sa mémoire, répondre à la question : qui est la personne la plus insipide que j'ai rencontré ?

Vous pouvez me remercier de vous faire partager mes bons tuyaux pour faire travailler la mémoire.

Romook, à la pointe de la recherche

Droit de réponse

Certain individu profite du web pour exprimer des opinions qui leurs sont toutes personnelles et que je ne laisserai pas sans remarque afin que la vraie vérité vraie soit rétablie. Je ne nommerai pas ce vil personnage en raison de ma moralité judéo chrétienne qui m'interdit de nuire à mon prochain. Toutefois, je vous enjoins à cliquer sur ce lien pour connaître l'étendue de ces méfaits Suite à des bouleversements numériques inattendues, le blog a disparu. Après un grand moment de solidarité entre tous les bloggeurs du monde, la page a été retrouvée, celle-ci étant devenu temporairement inaccessible. La voici, in extenso, et c'est avec l'aimable authorisation de l'auteur que nous la citons, même si le droit de citation, je pense aurait pu s'appliquer. Bref, la voici :

La séquence du spectateur

L’amour dans le cinéma chinois.

Hier soir, j’ai regardé le film « HERO » en chinois, sans sous-titres. Pourquoi tant de difficultés ajoutées les unes aux autres me direz-vous et bien parce qu’étant donné mon niveau de chinois, si j’avais choisi chinois pour l’audio et les sous-titres j’aurais du regarder le film deux fois : une fois pour écouter les dialogues et une fois pour lire les sous-titres. J’en entends qui persiflent : « et une fois pour regarder les images ». Et bien là je réponds : « parfaitement » ; en effet la photographie de ce film est si belle qu’il m’arrivera de le regarder sans le son, ni les sous-titres. En outre, mon pote Romook avait apporté une bonne bouteille de rouge chinois, ce qui ajouté à son intransigeance intellectuelle, sa pratique de la calligraphie style « herbe », sa collection de dictionnaires de toutes sortes dont il m’est tout simplement impossible de lire le titre me firent répondre « oui » à la suggestion très brièvement décrite ci avant. L’histoire est assez simple : un homme qui dit ne pas porter de nom parce qu’il était déjà assez chargé comme ça, et puis merde c’est pas toi qui t’es tapé tout l’trajet à s’faire ballotter dans une charrette grossièrement aménagée en dolly chinoise, qui bien qu’issue d’un concept intéressant à la base reste pour le moins tape-cul, un homme donc vient à la rencontre de l’Empereur afin de lui apporter les armes de 3 individus qu’il a occis au cours de combats, que d’aucuns diraient homériques s’il n’était qu’il s’agit là d’une autre culture. L’Empereur écoute avec attention le récit de l’inconnu puisqu’il s’agissait de dangereux terroristes qui s’opposaient à son règne et fomentaient, Confucius seul sait quels plans, dont la sournoiserie et l’hostilité sont telles qu’il m’est ici impossible d’évoquer par le détail ces actes sans tomber dans l’abjection la plus abjecte, ce qui ne saurait être sur ce blogue où la variété des thèmes abordés le dispute au caractère jovialement primesautier, renouant ainsi habilement avec l’ambiance franchement « hype » de l’époque où se déroule le film. Jusque-là donc, rien de bien compliqué…

Nonobstant l’éloquence du mystérieux inconnu, l’Empereur qui semble ne pas l’être devenu par hasard – je salue au passage le jeu d’acteur dont la finesse m’a permis cette constatation – flaire le subterfuge. Sans nom reconnaît et échappe à une mort certaine conséquemment à la pratique de supplices, tortures et autres joyeusetés qui font là bien évidemment tout le charme de l’écotourisme, grâce à une habile manœuvre qui consiste, en quelques mots, à lui dire la vérité qui bien que n’étant pas nécessairement la vérité VRAIE n’en est pas moins la sienne, ce qui compte tenu du budget alloué aux costumes est bien la moindre des choses d’autant que jusqu’ici le film n’a démarré que depuis 10 minutes. Mais bon, je vous passe les détails.

A ce moment là des flèches s’abattent sur le toit d’une école dédiée à l’étude de la calligraphie. Inutile de vous demander si j’ai raté mon copier coller, c’est bien une scène du film, parmi d’autres dont, en vrac celle où ils jouent au tennis avec une goutte d’eau en guise de balle et leurs sabres en guise de raquette qui se pose sur la joue de l’une des vedettes féminines (la goutte) dont le gentil héros qui fait partie des 3 méchants, puisque le héros fourbe lui est encore en train de papoter avec l’Empereur, s’approche dangereusement de la surface du lac de et pis y’a des feuilles qui sont jaunes mais qui tourbillonnent suite à des mouvements de sabre et pis il lui arrache ses vêtements qui sont rouges mais elle meurt pas à cause des feuilles étant donné que le héros lui fait l’amour sauvagement tandis que celle qui finira par lui ouvrir le bide (sa femme, au héros) fait mine de rien alors qu’elle matte à travers l’entrebâillement d’une porte et là… j’ai compris UNE phrase du film : « tu marches… » dit le gentil terroriste après avoir émergé d’un fatras de draperies à dominante mauve d’où s’élèvent quelques râles qui en disent long sur la qualité de l’isolation phonique de l’époque, émerge donc avec la prestance d’une brosse à chiottes de relais routier. Pas de réaction de la donzelle qui visiblement n’en est pas encore tout à fait à lui demander comment qu’ça fait qu’il soit assez con pour même pas être capable d’lire une liste de courses puisqu’il a oublié la wassingue à inverseurs de poussée autonettoyants, mais lui fait comprendre avec force grognements et regards humides qu… « Marche ! » répète-t-il alors, visiblement pas enclin au devoir adultère à répétition. Elle se lève, se redonne une contenance, non sans mal puisque l’aut’brute a transformé son kimono en bandes Velpeau, mais bon c’était bien, c’est pas grave sale con.

J’en conclue donc plusieurs choses : tout d’abord que ma compréhension du chinois progresse à un rythme que je qualifierais de serein puisqu’une phrase sur 2 heures de film ça semble peu, en effet, mais cette phrase étant la clé de l’énigme concernant la polygamie chez les calligraphes rebelles en zone désertique, j’estime pouvoir en toute humilité m’estimer assez content de moi, n’en déplaise à Romook qu’a pas arrêté d’faire son intéressant en resservant du vin pour ensuite faire diversion avec des considérations sur la calligraphie comme faisant partie des arts martiaux, non mais j’vous d’mande un peu, hein ? Si ça se trouve Jacques Prévert c’est Bruce Lee avec une Gitane maïs ?

C’est dire l’effort de concentration que j’ai dû fournir. Ensuite je dirais sobrement, et pour conclure cet hommage au cinéma asiatique de haute facture une bonne fois pour toutes, que dire à une femme « va-t-en » puis « casse-toi » après avoir fait de ces vêtements une charpie, ni plus ni moins, alors qu’elle était venue là de son plein gré vaporiser quelques phéromones, est pour le moins indélicat, a fortiori lorsqu’elle reste sur sa faim qui reste un problème majeur, surtout en Chine d’alors. Je tenais à le souligner de la même manière qu’il faut que le monde sache que Romook pue des pieds, voilà c’est dit.

J’adore ce pays.

Kai Ye

Récapitulons donc le moment en question.

Samedi, ayant en vue une soirée artistique, pendant que d'aucun s'amuse avec le reste de l'humanité à suivre un championnat de ballon - ou un autre sport qui se joue à plusieurs 10, 11, 12?... je ne sais plus - je proposais à Sieur Kai Ye (dont le pseudonyme Larry ne trompe personne, moi, je sais bien que c'est Kai Ye son vrai nom) de déguster un Dragon Seal rouge en visualisant un chef d'oeuvre esthétique chinois intitulé "Hero". Bien entendu, le véritable objectif de cette visualisation était pédagogique. Il a évidemment acquiescé rapidement à ma proposition. Je le soupçonne d'ailleurs d'avoir été plus attiré par ma présentation du breuvage sus mentionné, le film devenant un prétexte superflu de rencontre. Bref. Nous avions éprouvé notre chinois en visualisant ce film deux mois auparavant, uniquement en chinois. Le résultat ne s'était pas fait attendre: les grands films se passent aisément de dialogue. C'était avec une concentration toute religieuse que nous avions alors écouté ce film. Pour ma part, je me souviens avoir troublé la sérénité du Sieur Kai Ye qu'à de brefs instants, ceux dans lesquels je croyais reconnaître le sens d'un mot ou d'une phrase. Mon agitation intellectuelle ne semblait toutefois pas désarçonner mon camarade de visualisation dont la pseudo somnolence ne traduisait qu'une profonde méditation intérieure face à une introspection artistico martial. La preuve: il ne ronflait même pas fort.

Chez lui - une fois n'est pas coutume - le lieu était calme, paisible, sans bruit parasite pouvant troubler la sérénité de notre démarche artistique. Très vite, il me parla d'un autre film à visualiser ensuite : Mémoire d'une Geisha. Vous connaissez mon attrait pour les curiosités culturelles et l'idée m'a paru évidemment magnifique. Probablement que derrière cela, se glissait l'idée perfide et sournoise de vouloir me faire éluder le premier film sous prétexte que cela aurait duré trop longtemps dans la soirée. Que nenni! C'est bien mal me connaître que de croire qu'on peut lasser ma curiosité artistique. Et nous voici lancés dans notre marathon cinématographique asiatique.

Hero

Je ne reprendrais pas l'histoire de Hero puisque Kai Ye l'a très clairement résumé sur son blog. Juste pour les lecteurs qui n'auraient pas eu le temps (le courage?) d'aller lire son billet avant de se lancer dans l'analyse du mien, il faut juste retenir que :

C'est l'histoire d'un soldat qui vient rendre hommage à son Empereur après avoir été combattre trois personnes dans des combats d'une esthétique rare. A chaque fois, il a pris l'épée (剑) de ces personnes. Et à chaque fois qu'il raconte le combat, y a des morts, des pluies de feuilles, des pluies de flèches, des chevaux qui courrent, du vent, des gouttes d'eau, des zi (=des caractères chinois). Il semble qu'il gagne les combats à chaque fois, mais, en fait, on s'aperçoit rapidement que ce sont des êtres doués de pouvoirs surnaturels, car ils meurent tous plusieurs fois dans des scènes différentes. Ceci permet au cinéaste d'essayer toutes les couleurs de l'arc en ciel, une sorte de brouillon cinématographique, juste pour voir comment ça rend au grand écran. Mais s'arrêter à des détails comme ceux-ci ne rendrait pas justice à ce film qui montre qu'il y a fort longtemps les chinois avaient bien compris les choses de l'amour. Par exemple - et c'est sur ce point que je ne rejoindrai pas l'analyse un peu "cul béni" de Sieur Kai Ye - après avoir dépucelé une jeune fille (ben oui, les draps ne sont pas mauves, mais rouges), sous l'oeil autoritaire de sa femme qui contrôle que l'opération de décapsulage se déroule correctement, l'homme parfait l'éducation sexuelle de la jeune femelle de la manière la plus exemplaire. A la fin de l'acte, où elle a été visiblement comblée, il lui annonce d'une voix claire - et sans un regard : "Maintenant, tu peux partir." Evidemment, ma traduction est différente de Sieur Kai Ye, mais notre niveau de chinois n'étant pas tout à fait au même niveau, je comprends des finesses linguistiques différentes. Afin que tout le monde puisse goûter cet instant, je vais retranscrire le dialogue de la scène dans son intégralité. Vous pourrez juger par vous-même.

(L'homme se redresse, la jeune femme reste enfouie sous les draps rouges)
L'homme : 你走!(ni zou)
(un instant se passe. La jeune sort la tête des draps, les cheveux tombant de toute leur longueur érotique. Elle est visiblement décidée à remettre le couvert)
L'homme : 走吧! (zou ba)

Bien évidemment, le rapprochement linguistique et trivial que l'on a envie de faire au prime abord entre le "zou" chinois et le "zou" français de notre "allez zou!" est un contresens linguistique total. Le verbe 走 signifie "marcher", mais est utilisé pour signifier "partir". "Ni" est absolument intraduisible en toute autre langue, mais pour faire une approximation imparfaite qu'il désigne la personne à qui on s'adresse, une espèce de "tu, toi". Bref, une notion complexe. L'intonation de la phrase est importante car elle est porteuse de sens et permet de déterminer si l'homme dit :

- Tu peux partir...
- Maintenant (que j'en ai fini avec toi) tu peux partir.
- Tu veux partir ?
- Pars!

A mon sens, dans ce contexte - et la langue chinoise est une langue contextuelle - il énonce le sens de "- Maintenant (que j'en ai fini avec toi) tu peux partir.".

La seconde phrase de deux mots : 走吧! correspond soit à la mise à l'impératif du verbe 走, soit à une invitation. L'intonation est également importante car elle permet de déterminer si l'homme dit :

- Pars!
- Tu as compris ce que je t'ai dit, casse toi!
- Va-t-en!
- Tu pars ?



Dans le contexte d'un dépucelage en bonne et due forme réalisée par un guerrier calligraphe, dans la Chine ancienne, au milieu des steppes, et sous l'oeil sévère de sa femme, il me semble évident qu'il veut simplement dire :

- Tu as compris ce que je t'ai dit, casse toi!

En clair, il lui explique par les faits ce qui l'attendra toute sa vie de femme. Plutôt que de rentrer dans des grandes considérations sur la décroissance des sentiments amoureux de l'homme immédiatement après avoir réalisé l'acte qui maintenait toute sa patience et sa douceur en éveil, comme un fauve guettant sa proie, et qui a fait s'évanouir en elle les hormones de l'amour, il garde cette attitude toute martiale du maître qui montre à son élève un mouvement sans lui expliquer pourquoi. A lui découvrir tout seul. A elle de comprendre toute seule. Il n'y a rien à attendre d'un homme après l'acte sexuel : il ronfle, il est désagréable ou au mieux indifférent à sa compagne qui présente pour lui à cet instant qu'un incombrant paquet avec lequel il va devoir passer du temps. Là, en l'occurence, elle est chanceuse car elle obtient des milliers d'années auparavant ce que toutes les européennes férues de droit de l'homme espèrent entendre un jour, un homme qui leur parle après l'amour, qui leur permettrait d'oublier un instant qu'elles ne sont qu'un outil passager sur le chemin des hormones. Non seulement cet homme lui parle, mais il lui enseigne aussi la philosophie. Et c'est dans cette interprétation toute philosophique de cette scène qu'il faut apprécier le sens du "- Tu as compris ce que je t'ai dit, casse toi!". C'est beau :-)

Je suis heureux d'avoir restitué à cet instant la rigoureuse beauté de ce moment que le Sieur Kai Ye avait tenté de soudoyer avec des considérations d'une nature que je ne saurais rattacher qu'à une extrapolation fallacieuse des droits de l'homme à la femme, au détour d'une interprétation européano centriste, au lieu de reconnaître simplement le droit de l'homme sur la femme tel qu'il est pratiqué depuis la nuit des temps. Ce n'est pas parce que notre société occidentale, sous l'impulsion judéo chrétienne, espère renverser l'ordre établi par la nature qu'il faut cautionner cette idée qui rend malheureuse des milliers de femmes qui croient encore qu'un autre monde est possible. Dieu soit loué, il y a encore des sociétés sur terre qui perpétuent ces traditions. Il était bon que ce fut expliqué

Mémoire d'une geisha

Second moment esthétique de la soirée. Version anglaise, sans sous titre. C'est l'histoire d'une jeune fille qui est vendue à une maison de Geisha et elle est amoureuse d'un type. Le film se déroule à Kyoto. J'ai reconnu des endroits et j'en profite pour faire la pub du quartier des Geishas de Kyoto, un vrai lieu ancien où les maisons traditionnelles sont très jolies. D'ailleurs, si vous aimez les choses anciennes, pour un voyage au Japon prévoyez de 5 à 7 jours à Kyoto. Je n'y suis resté que 4 jours et j'ai passé 3 jours à Tokyo. Si c'était à refaire, je n'irais pas à Tokyo qui m'a paru sans aucun intérêt. Bref. Pardonnez moi cette légère digression... L'homme qu'aime la jeune fille a beaucoup d'aventures avec des jeunes femmes de petites vertus. Et elle attend qu'un jour il la choisisse. Si ça c'est pas de l'amour... Sinon, à part ça, il y a des superbes photographies dans ce film. Merci Sieur Kai Ye ne m'avoir fait découvrir ce film. A part ça, il n'y a pas de détail m'ayant marqué plus particulièrement, hormis que la bouteille de vin était terminée lorsque nous avons démarré ce film.

En fait, cette soirée tentait de répondre à la question : comment l'homme doit exprimer la nature profonde de ses sentiments pour une femme?

Une soirée romantique en soi. Entre deux hommes sensibles qui s'interrogent encore, malgré leur âge avancé, sur le sens du mot "amour". Sortez vos mouchoirs.

Conclusion de notre soirée : une bouteille de vin rouge n'est pas suffisant pour deux films. Avec deux bouteilles, on aurait eu davantage de plaisir.

Romook, même pas vrai que je sens des pieds!

lundi 19 juin 2006

Calligraphie chinoise : problèmes techniques

La calligraphie est considérée en Chine comme un art majeur. Cela peut laisser l'européen perplexe. Tout le monde s'accorde à dire, dans notre univers occidental, que l'écriture chinoise est mystérieuse. Combien d'entre nous n'ont pas eu envie d'apprendre le chinois pour la simple attraction que représente cette langue sans alphabet, où les caractères sont arbitrairement désigné sans lien entre la phonétique, le sens et l'écriture - tout au moins dans le sens où nous concevons l'alphabet : les sinologues me pardonneront sur ce point de ne pas expliquer davantage. Mais, lorsque l'on aborde cette langue, il faut peu de temps pour se rendre compte que l'écriture n'est qu'une part de ce mystère linguistique. Les tons, et le fait qu'un son puisse posséder autant de significations différentes est très déroutant. Par exemple, le son "jin" (prononciation "tinne") au premier ton peut signifier :

les noms :

'un gué (passage d'une rivière);salive'; beau-frères;pans d'un vêtements'; 'bande de toile à différents usage(mouchoir, essuie main...)'; 'métal;monnaie;instrument de percussion en métal;or'; 'muscle;tendon'; 'unité de poids : une livre';

Les adjectifs :

'contemporain;aujourd'hui;présent;actuel';'orgueilleux';'doré'; 'serré;tendu;raide;pressé;strict;rigoureux';

les verbes :

'contraindre;retenir; résister à'; 'avoir pitié';

On pourra me répondre que, dans toutes les langues, ils existent des exemples où un même son possède des sens différents. A la différence près que, dans la langue chinoise, il n'existe pas à ma connaissance un son qui n'aurait pas plusieurs sens. Tout ça, évidemment contribue à la magie de cette langue également. Ca fait partie également de sa difficulté.

La calligraphie est l'art d'écrire. La calligraphie chinoise est donc l'art d'écrire les caractères chinois. Y a-t-il quelque chose de particulier à cette écriture? Chaque sinogramme est composé de trait qui sont au nombre total de seize. Il faut savoir maîtriser chacun des traits avec son pinceau. Toutefois, conjointement à cela, il faut savoir aussi maîtriser son pinceau. Cette relation entre l'outil et le calligraphe est quelque chose qui n'est pas immédiat.

Il faut connaître sa réaction sur tel type de papier, avec tel type d'encre, le degré d'humidité dont il a besoin pour laisser filer l'encre, sa vitesse, sa "durée" de vie. Expliquons ces différents points :

Le type de papier, le type d'encre et le degré d'humidité dont il a besoin pour laisser filer son encre sont trois données inséparables. Il y a des papiers qui absorbent plus ou moins rapidement l'encre. L'encre est plus ou moins visqueuse et sèche plus ou moins rapidement. L'encre est de plus en plus visqueuses au fur et à mesure du temps de calligraphie. En fonction de son type, cela prend un temps différent. Plus l'encre est visqueuse, moins elle est absorbée par le papier, moins elle coule vite également le long du pinceau. De ce fait, pour obtenir une homogénéité des traits, le calligraphe doit connaître ses différents paramètres qui ne peuvent s'apprendre que par l'expérience et si le temps de calligraphie dépasse une heure et demi environ, tout au moins pour mon matériel. Le calligraphe doit donc adapter sa manière d'écrire, ce qui signifie concrètement modifier progressivement la pression qu'il exerce sur son pinceau et sa vitesse d'exécution.

Le degré d'humidité du pinceau est un paramètre important qui permet de ne pas trop modifier son style d'exécution calligraphique. J'appelle degré d'humidité du pinceau, la quantité d'humidité qu'il doit contenir pour fonctionner parfaitement, c'est à dire selon le goût du calligraphe. Trop humide, l'encre coule vite sur le papier et des petites tâches se forment au bord du trait. Rappelons que le papier est un support artistique et ne doit jamais être considéré comme un buvard Pas assez humide, l'encre sèche progressivement dans le pinceau et détériore ainsi rapidement ses qualités. Un bon pinceau fonctionne comme un crayon plume. Si vous vous arrêtez d'écrire un instant, l'encre continue de couler à l'endroit où vous vous êtes arrêté, provoquant l'inévitable pâté, disgracieux, formant un oeil noir et sévère qui ne quittera plus votre oeuvre invétablement et irrémédiablement enlaidi d'un gros point noir. Ce n'est pas la faute du pinceau, c'est celle de votre conscience hésitante, un instant suspendu dans l'interrogation... La continuité est de mise dans cet exercice difficile de la calligraphie, continuité dans la concentration. Il y en a qui ne dépasseront jamais le stade de l'oeil noir s'ils n'acceptent pas le fait de répéter le même caractère un grand nombre de fois, réclamant ainsi à ce caractère, comme un mantra récité, de venir se loger au fond de leur conscience afin d'en faire complètement partie. Et je fais partie de ses heureux élus, créateurs naturels de point noir La calligraphie est une technique, un art et une forme de méditation.

La vitesse du pinceau est la vitesse à laquelle il donne son trait le plus vigoureux, le plus beau, le plus parfait. Il faut connaître cette vitesse pour pouvoir jouer sur l'épaisseur et la vigueur du trait. Comble du désespoir, cette vitesse varie d'un pinceau à un autre, d'un type d'encre à un autre, d'un type de papier à un autre. Et ce n'est pas tout. Cette vitesse varie également en fonction du degré d'humidité du pinceau et du temps que vous l'utilisez pour une même période calligraphique. Rassurez-vous, avec le temps et l'expérience, ces divers éléments finissent par s'intégrer dans la connnaissance de nos outils et notre utilisation rend ces paramètres imperceptibles. Lorsque l'on sait faire son trait le plus beau avec son pinceau : on a acquis la connaissance de son pinceau. On passe de l'antichambre de la technique à celle de l'art. Toutefois, l'art naîtra de l'irrégularité maîtrisé des traits, tout au moins si on exclut le style KAI, qui est enseigné à tout débutant calligraphe. J'y vois une espèce d'ascèse calligraphique. Un peu le solfège de la calligraphie, un passage impossible à éluder, qui fera s'arrêter là bien des personnes.

A noter un point important : la calligraphie est un art exigeant qui connaît une limite naturelle, celle du plaisir. Si on ne sait plus se faire plaisir à force d'exercer sa calligraphie, il y a là un problème important. Comment le résoudre? Je dirais qu'il faut d'abord que ce problème ne se pose pas. Car c'est l'âme même du calligraphe qui se trouverait être réduite à néant, rendant impossible tout progrès ultérieur. Il ne faut pas oublier de s'amuser. Alterner l'étude sérieuse avec des périodes de jeu. Amusez vous à écrire, sans souci de la vigeur du trait, écrire juste parce que c'est beau, agréable et amusant. Et dans le jeu, on apprend également à découvrir son pinceau et ses instruments. Faîtes des expériences corporelles. Ecrivez vite juste pour "voir", etc... Votre oeil et votre corps s'habitueront à jouer au moment de la calligraphie. Ceci contribue à l'amélioration de la détente nécessaire à l'exercice de la calligraphie.

Enfin, le dernier point technique sur le pinceau est sa "durée" de vie. Comme je l'ai expliqué auparavant, l'encre a sa visquosité qui se modifie au fil du temps. Le pinceau se "fatigue" progressivement. Ceci se traduit par un déplacement différent des poils sur le papier. Ceci se remarque imperceptiblement, toutefois, on doit adapter sa technique calligraphique pour pouvoir surmonter ce détail technique. L'encre ne coule plus non plus à la même vitesse. Tout ça contribue à l'irrégularité des traits des caractères, ce qui évidemment est très désagréable.

Voilà, une fois maîtrisé ses divers éléments, nous passons à une autre étape de la calligraphie qui est la composition des caractères. Il ne suffit pas que les traits soient réguliers ou irrégulièrement travaillés pour que le caractère soit beau. Il faut également que sa composition soit harmonieuse. Le caractère doit être équilibré, ou déséquilibré harmonieusement - ce qui n'est pas à la portée d'un européen n'ayant jamais vécut en Chine. Le déséquilibre harmonieux se traduit par l'excroissance du trait appelé "zhu bi" et qui rend, dans le style KAI (qui peut être considéré comme la grammaire de base de la calligraphie chinoise), le caractère "beau". Chaque caractère n'ayant qu'un seul "zhu bi" - trait principal - qu'il faut savoir reconnaître. Il n'y a pas de règle, mais un chinois le reconnaît naturellement. Ce qui n'est a fortiori pas évident pour nous européens. Avec de l'entraînement, on y arrive...

Evidemment, ce qui est valable pour le "zhu bi" du style KAI reste valable en style CAO - style herbe -, inutile de préciser que les autres styles (Li, Xing par exemple) proche du style Kai sont également concernés. Le style CAO est le style qui correspond aux traits foisonnants, un peu désordonné que les européens ne comprennent absolument pas et que la plupart des chinois n'arrivent également pas à lire. Pour un exemple, voir ma signature en bas à droite de la photo jointe où il y a deux zi (caractères chinois). Pour comparer, sachez qu'il est écrit : 羊法龍. Là, la règle est évidemment le déséquilibre et le semblant d'exécution rapide du caractère, la principale difficulté étant de tracer les traits et de les différencier sans lever le pinceau de la feuille. Tout est un jeu de pression. Les chinois n'étudient pas ce style considéré comme trop difficile, sauf pour ceux dont les études à l'université correspondent à des études de calligraphie.

Second difficulté de la composition calligraphique chinoise, s'il y a plusieurs caractères, ceux ci doivent se répartir équitablement dans l'espace de la feuille. Par ailleurs, il est de bon ton que, si des traits se répètent, ils se retrouvent en harmonie les uns par rapport aux autres, d'un caractère à l'autre. Evidemment, le mieux est d'utiliser un proverbe chinois, un poème ou une phrase de Confucius. Là encore, si la calligraphie est un art graphique, il ne faut pas oublier que le sens de la phrase prolongera la portée de la calligraphie. Ca renforce le côté attrayant de la calligraphie.

Enfin, si après tout ça, vous considérez que vous avez fait le tour du monde de la calligraphie et que vous sentez les ailes du créateur calligraphe, il reste un dernier chemin à explorer. La création de votre style. Et pour ce faire, il faut s'armer de patience et de courage. Avant de créer son caractère, il faut copier et comprendre comment fonctionne ce caractère das les différents styles et comment il a été stylisé par les grands calligraphes. Bien que cela paraisse futile, il faut que l'on puisse lire le caractère ensuite. Cela suppose de déterminer, dans l'ordre des traits, quels sont les traiits qui peuvent éventuellement être supprimés ou stylisés et quels sont ceux qui sont la charpente du caractère. Conseil : utilisez un crayon normal. Inutile de faire ça avec un pinceau. Pour mon Lei "stylisé" (voir ci-dessous), une recherche de six semaines a été nécessaire pour trouver la manière de l'écrire. Mais tout chinois reconnaîtra aisément ce caractère.


Après, si vous avez également le goût de la démesure, vous pouvez aussi vous essayer aux caractères de grande taille. Les problèmes sont multipliés et, en plus, vous n'avez pas le recul pour savoir si votre travail de calligraphe est correct. Très instructif.


Mon grand "Lei" mesure environ 1,50 mètre. Il m'a fallu une heure et demi pour l'écrire, sans compter les travaux préparatoires. Il m'a permis de mesurer ce que représente dans la culture chinoise la valeur du grand caractère que l'on voit dans le film "Hero".

Ma prochaine étape artistique : écrire des Zi avec une serpillière ?

Pour résumer, une belle caligraphie représente une technique impeccable du pinceau, allié à l'harmonie des caractères. Exactement comme notre peinture occidentale.

Yang Fa Long, "la calligraphie est une technique, avant de pouvoir devenir un art."

dimanche 18 juin 2006

法国笑话

有一个老汉在公园哭得很厉害。他非常悲伤。一个人看到他,也觉得这个老人可能有很多的问题。他想帮助他。他问老汉有什么问题。老汉回答:“我认识一个非常漂亮的 女人。她爱我。。。”

这个人不明白所以问他:“要是这个女人很好看,可能是你有钱的问题。对吗?”

“不是,她也有很多钱,而且每天她给我新的礼物。今天,她给了我这个。。。”

“啊,是黄金的手表!但是为什么你哭了?她病了吗?”

“不可能,她二十岁。她做饭也做得好。跟她,我很高兴!”

“我还是明白。可能有性的问题吗?”

“也不可能,她做爱做的非常好!她总想做!我知道她跟宝贝一样!”

“是啊,那你为什么哭了?”

“因为我七十岁所以我忘了我的家在哪儿!”

羊法龙 :-)

俄狄浦斯王历史:第二章

小的时候,他跟这个农夫生活。很多年以后,他想知道他的将来。他不认识他的亲人, 也不知道他的过去。没有人觉得告诉他有意思。他问上帝。它回答俄狄浦将杀死父 亲,跟母亲结婚。他很怕了。回答以后,他不回家。他想到别的地方去因为他爱他 的父母。他听到在远的地方有斯芬克司的问题。斯芬克司提出一个问题。有人回答 错了,死了。俄狄浦觉得他有可能帮助人要是他试著回答问题。他知道上帝预言他 的将来不好,所以他觉得死不死都没关系。。。于是他到斯芬克司住的地方去,跟 他见面。。。

下次下文。。。

羊法龙

jeudi 15 juin 2006

China Honta : épisode 14

Chhhhhhiiiiiiiiina Hooooooontaaaaaaaa!!!!!! Le Blog réalité unique en son genre, avec un public aux quatre coins de la France et même en Chiiiiiiinneeeee!!!Waaaaaahooooooouuu! Plus que 4 épisodes avant la fin de notre blog réalité!!! Et que s'est-il passé dans cet Empire du Milieu pendant cette semaine trépidante qu'a vécut notre Romook préféré!!Dans un instant, cher interneto lecteur, vous saurez tout!! Juste après une page de publicité.

Voici la crème miracle que vous pouvez acheter en Chine, mesdemoiselles, vous qui souffraient d'une poitrine trop petite à votre goût! Vous utilisez le spray magique en deux applications par jour. Vous devez vaporiser ce produit sur les parties mammaires de votre petit corps. Le produit miracle pénètre sous la peau quasi instannément et, avec ces petits bras musclés, repère votre cellulite, casse les molécules de la cellulite pour les transporter à travers le réseau sanguin, les déplace jusqu'à l'endroit qui jusqu'à alors vous empêchez de mettre des décolletés à faire chavirer le Titanic, reconstitue les molécules en gros morceaux (mais attention, ça n'est plus de la cellulite qui vient se loger dans les seins: ça, ça serait dégoûtant) et vous fait gonfler la poitrine comme si vous aviez subi une opération de chirurgie esthétique. D'ailleurs, on ne voit pas la différence dans le résultat entre une fausse poitrine rajoutée et celle de notre produit, c'est pour dire. Et, en plus, nous ça marche, la preuve, ça passe à la télévision!!!!!

Après cet intermède justifié par le bien être esthétique mondial - masculin, il faut quand même le souligner - revenons au cas de Romook... Alors, cette semaine, que s'est-il passé d'intéressant ? La suite expliquée en texte jour par jour :

Lundi : début de semaine normal, en cours de caractère, c'est la grande forme on dirait... Et on fait même rougir la prof avec des blagues gauloises!! Et ben alors Romook, la France te manque!!??

Mardi : RAS en cours, si ce n'est que le prof de calligraphie s'est lâché et apprend le style CAO à ses petits étudiants européens... Il explqieu mêm qu'il ne l'enseigne pas aux étudiants chinois car c'est trop compliqué!! Je crois bien que le Romook et le Kai Ye, derniers survivants du cours de calligraphie, sont le désespoir du prof qui a beau leur expliquer que le président Chirac adore la calligraphie et qu'en tant que français, ils doivent nécessairement avoir des aptitudes spéciales pour la caligraphie. En terme d'aptitude spéciale, signalons Kai Ye qui a réclamé au prof le retour au style traditionnel : KAI. Proposition simplement ignoré par l'enseignant. Pourtant au vu de ses soupirs en voyant les caractères de ses élèves, on se demande si à ce niveau là ce n'est pas de l'acharnement thérapeutique...

Mercrdi : départ pour Wu Han. Matin 'achat de vêtement'. Rencontre avec la délégation de l'Univerté française. Retard de l'avion. L'attente a permis de faire fabriquer les cartes de visite bilingues - français et chinois - de l'un des membres. Romook, quelle bonne idée d'avoir emmener son ordinateur portable!!

Jeudi : Rencontre avec les premières personnalités de WTO. Le programme est chargé et très vite le romook se met à parler chinois. Grande impression à table le midi. Et voilà qu'il raconte même une blague en chinois!! Les gens de Wu Han sont conquis. Les membres de la délégation française également. Tout le monde aime Romook : c'est le monde merveilleux de Dysney!! Et le voilà enseignant en droit des contrat l'année prochaine pendant une à deux semaines au mois de mai à WTO!!

Vendredi : prise des accord pour l'université de droit. Les choses se précipitent. Le soir, repas avec le consul général de France à Wuhan. Prise de contact professionnel intéressant. Alors comme ça, il y aurait des perspectives de travail dans ton domaine d'activité à Wu Han Romook? Mais qui te suivra dans cette aventure ?

Samedi : matin rencontre avec le président de l'université et achat d'antiquité dans Wu Han. Après midi culturel, visite du musée, concert, visite de la pagode de la grue jaune. Et il y a même des photos : il était temps!! Et le soir repas rencontre avec les étudiants de Wu Han

Dimanche : retour à Beijing et dodo...

Et le romook en pense quoi de cette folle semaine ?

"Quelle semaine!! Moi qui l'appréhendais un peu car j'allais ne pas faire de chinois pendant 4 jours, je me suis retrouvé à parler plus qu'à Beijing. Une journée, j'ai parlé pendant presque 5 heures sans interruption!! Incroyable, je comprenais l'accent de la plupart des gens de Wu Han. Mais ils faisaient un effort pour prononcer les sons clairement... Je me suis aperçu que je suis capable de plaisanter avec des chinois en chinois et ils comprennent mes blagues!! Quel bonheur!! A mon hôtel, on m'a dit que c'était la première fois qu'ils pouvaient communiquer uniquement en chinois avec un étranger... Pas d'épisode particulier à relater puisque c'éit un voyage d'affaires qui a été plus que fructueux. Je suis revenu avec dans ma valise : un contrat pour les trois prochaines années, plus une série de contacts professionnels incroyables, plus des perspectives d'établissement professionnel, plus un contrat d'enseignement chez WTO et la faculté de droit de Wu Han... Bref, je suis comblé!! Tout ça c'est que du bonheur. J'ai aussi rencontré des gens avec qui j'ai eu un réel plaisir de partager ses 4 jours... Au plan humain, c'était donc aussi très riche. Je suis content. J'espère seulement que je rencontrerai des gens en France pour me suivre dans tous mes projets. Il me reste trois semaines pour les fignoler en Chine pour arriver en France avec dans ma valise tout ce qu'il faut pour négocier Et la négociation, ça me connaît "

Hmmm... Bon, ben espérons qu'il n'y aura pas trop de voyage d'affaires car, je sens que pour l'audimat, ce n'est pas très bon. Alors, voilà, on fait des efforts pour rendre le blog dynamique et y en a qui plombe l'ambiance avec des considérations professionnelles. Si ça continue, moi, je démissionne...

Suite à un problème technique, le blog réalité est interrompu. Dans quelques instants, la suite de votre blog reprendra son cours normal. Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée.

lundi 12 juin 2006

大的字:蕾

我写第一幅大的字。我很高兴。。。

羊法龙

samedi 10 juin 2006

China Honta : épisode 13

Hellllooooooooooooo!!!!!!!!

Et oui, notre émission arrive avec quelques jours de retard sur vos ondes préférées!!!!!! Mais c'est pour mieux vous retrouver et surtout pour vous rassasier de nouvelles croustillantes!!!!!!! Qu'y a-t-il au programme ? Ah ahaha!!!

Un rapide tour d'horizon en image :

Lundi : Seul en cours. 6h de cours puis 1h30 che le coiffeur + 2h de restaurant avec une amie chinoise = 9h de conversation chinoise intensive en cours particulier.

Mardi : Point fort : La calligraphie, style CAO, a été abordé encours avec des exercices... Un nouveau continent graphique a été découvert.

Mercredi : Mon enseignant d'écoute m'offre une petite bouteille qui contient son adresse email.

Jeudi : Ma professeur d'oral est absente et rempacée par deux heures avec le "dragon", soit 4h consécutives de lecture analytique.

Vendredi : Cours de lecture analytique et après discussion en cours de lecture avec la prof de caractère ( :-)) ) sur les différences culturelles entre la France et la Chine, notamment sous l'angle des relations amoureuses.

Samedi : Sortie "livres".

Dimanche : Crise internationale avec la France à cause d'un billet mal compris sur mon blog. Le mal est réparé dans la nuit.

Et alors, petit Romook, quel commentaire pour tout ça?

"Les choses se bousculent effectivement et le temps passe de plus en plus vite. J'ai déjà un pied en France dans ma tête. Je ne suis plus triste de rentrer car je sais que je reviendrais régulièrement en Chine : mon intuition me parle. J'ai vraiment apprécié ce premier lundi de solitude, sans aucun camarade de classe. Non pas que je ne les aime pas, mais plutôt que ça m'a permis de constater qu'avec 9h de conversation uniquement en chinois, j'étais fatigué mais de manière raisonnable. Le mardi, j'étais remis. D'ailleurs, le mardi, quel bonheur d'étudier ce nouveau style calligraphique! Un vrai bonheur. Je sais donc écrire Yang Fa Long, mon nom, dans le style CAO, c'est à dire le style herbe. C'est très impressionnant pour les chinois qui ne l'étudient parfois pas. Mais bon, mon prof est très gentil et nous fait étudier ça car il sait que nous ne pourrons pas l'étudier ailleurs qu'en Chine. Je suis très heureux de pouvoir écrire dans ce tyle. J'ai compris comment fonctionnait ce style d'écriture, tout au moins effleurer du bout de l'esprit une forme de contour de ces caractères, chose qui paraît être impossible. En efet, j'ai demandé qu'elle était la méthode pour trouver comment écrire un caractère en CAO et on m'a répondu qu'l fallait regarder dans le dictionnaire "CAO"... Sauf que pour créer le dictionnaire, il a bien fallu créer le style et que ce style est né sous le style de plusieurs calligraphes. J'ai inventé une manière d'écrire un caractère - vous connaissez mon caractère inventif et avide de faire des découvertes - et je l'ai montré à plusieurs chinois qui l'ont reconnu en me disant que c'était très beau. Et en ajoutant, "je ne connaissais pas cette manière de l'écrire". Je suis donc calligraphe dans l'âme, les réalisations graphiques étant régulièrement approximativement et souvent proches, par certains aspects, aux magnifiques traits de l'apprenti peintre du dimanche à sa troisième toile. Autant dire que je n'ai pas les moyens de mes ambitions au niveau calligrahique. Pas grave, j'en ferai rien que pour moi, je n'exposerai pas mes oeuvres et, dans le secret de mon âme, je sais que mes zi (caractères) sont les plus beaux, les plus fantastiques n'ayant jamais existés!!! Après une semaine de cours particulière, puisque ma prof d'oral était absente, je me suis fait une sortie "livres" pour préparer mon retour en France, ainsi que mon futur matériel pédagogique pour apprendre le chinois en France. Bon, ben c'est sûr qu'il y a des choses que je vais laisser en Chine pour pouvoir emmener mes livres. La semaine prochaine, je suis à Wu Han, avec des membres de mon université, j'espère bien glisser quelques objets dans leurs valises!!! L'avenir se présente sous les meilleurs auspices. Probablement que mon voyage en Chine sera la chose la plus 'profitable' que j'aurais faite jusqu'à maintenant. Mais c'est à l'épreuve du temps qu'on le saura..."

Merci Romook pour toutes ces impressions et à bientôt pour l'épisode 14!!!!!

vendredi 9 juin 2006

All's right

Just to tell, this morning, i haven't headache : i'm so happy. That's a good beginning day...

Yraonmgofoak

jeudi 8 juin 2006

Mal de tête

News en vrac pour informer tout le monde, mais le temps de Wu Han ne me convient pas du tout et j'ai un mal de tête qui ne cesse pas... Rencontres professionnelles très fructueuses. Mon chinois est très useful. Aujourd'hui, j'ai parlé 5 heures sans interruption. Les choses avancent à la vitesse de l'éclair. Demain, repas au Consultat de France et formalisation des accords avec l'université de Wu Han pour les échanges avec l'université de droit. L'année prochaine, je vais enseigner le droit des contrats au mois de mai dans une école appelé WTO. Ca ressemble à une espèce d'HEC chinois. Unique en Chine. Bref, que du bonheur.

Suis gaoxing (content). Vais faire dodo.

Romyangookalong

mardi 6 juin 2006

Asian atmosphere

Every day, i'm pleased to feel i live now in Asia. I live especially in China. I realized my child dream... Everything seems perfect - but i know it isn't - and i learn this particular language : chinese. Now, when i walk in the streets, i can read a lot of thing around me and i feel my mind, everyday, has a better hability to understand the reading. It's not just a problem with known or unknown characters. Its sometimes a problem with structure of chinese mind... Grammar is relatively simple but, behind simple ideas, often you can find some complex things. This is the case in chinese.

But, for me, everyday is a new day of happiness. I know i will go back France in 34 days. Now, i'm not sad of that, not afraid. I know this like i know i will get 31 years old next year. It's a fact. After, my love for China will help me in my job to create chinese commercial relations. I have a good understanding of the chinese mind. I don't know a lot of thing about china history, i know some part of chinese litterature or drawing art. I could ake some beautiful calligraphy and i know a lot of chinese proverbs. I think i'm able to say i have a good understanding of chinese mind. 3 months aren't a long time, but i 've created a lot of friendship relation with chinese persons. I 've spoken a lot with my teachers to understand a maximum of idea, and, fortunately, it's not finish... I don't know a part of chinese life: the night chinese life. I think it's not so important. Like everywhere in the world, young persons like have fun. For me, it's excluded i could understand : i have never been young.

Just gone one time in Propaganda, Wu Dao Kou, to see this place and drink some drinks... I don't like night club and, the most interesting thing i saw - in this place - was a very beautiful woman with his boyfriend. She had a strange behaviour. She seemed to have a baheviour like she has been attracted by me... My friend Kai ye were surprised too. Maybe she wanted to sell something that every man wants to taste without difficulties... Never i could know.

Of course, i know a little of business culture relation with my experience of WuHan. And i will improve it with an another in Beijing maybe... Don't speak about that : it's a secret...

I need to give a special thanks for every chinese person who help me in this experience, and they are a lot! Especially thanks for my teacher who are very kind, patient and understanding with my particular life. They need to know it's not for my pleasure if, sometimes, i didn't go to the classroom. It's for my french job! I'm very sad to stay to work in my bedroom rather learn with them chinese. I know it's an unique experience i couldn't have after!!!

Wednesday, i leave Beijing to WuHan, for the second time. I know i won't have time to speak chinese. Only french and english. I hope my english could be more present than now in my mind... Write it, no problem. Use it to speak, i'm afraid only chinese person could understand me

Romook, I enjoy chinese lifestyle!

dimanche 4 juin 2006

新学的字:醉

有一个孩子问他父亲。他想认识一个新的字。

“爸爸,醉是什么意思?

-我要解释醉字。。。例如,有一个地方你可以明白。你看,两瓶啤酒放在桌子上。要是我把那瓶看成四瓶,我就是醉了。明白吧?

-明白了。但是,爸爸,为什么你说两瓶?现在,就把一瓶放在桌子上。。。

羊法龙,一边学习一边喝酒

samedi 3 juin 2006

Exercice de style : partie 2

Sur ces mots et un clin d'oeil, il m'abandonne en me laissant face à face, bien que séparé par quelques rangées de table, avec cette magnifique femme. Me voilà, face à elle, c'est à dire face à moi.

Pendant ces moments dans lesquels on s'interroge sur le sens à donner à nos actes, on se sent toujours très seul. Face à moi même et à mes prises de décisions, je ne savais pas comment l'aborder. En Chine, pourtant, c'est très simple. Il suffit de se lever, d'aller à la rencontre de la personne et de lui dire "bonjour". Le contact est immédiatement noué, personne ne voyant de mal dans cette attitude. En France, si on compare, on se retrouve rapidement face à une femme qui se sent agressée dans son intimité et qui appelle la police avec son téléphone portable dans les 17 secondes qui suivent ce "bonjour" introductif lancé joyeusement. Pourquoi, face à cette jolie femme, je me retrouve alors plongé dans mon univers relationnel européen?

Il me vient à l'esprit alors qu'en venant en Chine, je ne venais pas qu'à la rencontre d'une nouvelle langue et d'une nouvelle culture, mais bien plutôt à la recherche de ma nouvelle vie. Et celle-ci passe par la découverte de soi, sa redécouverte tout au moins, et donc de l'autre. Et parmi tous les autres que l'on rencontre régulièrement dans notre vie, il y en a un qui les surpasse tous : l'être aimé.

Il est la porte à travers laquelle nous accédons à notre véritable univers intérieur en nous projetant, dans la solitude de notre âme, face à nos peurs, nos désirs, nos craintes, nos passions, nos doutes... Ce labyrinthe relationnel qu'est la relation amoureuse n'est rien d'autre que le chemin le plus semé d'embûches qui existe. Celui dans lequel on peut perdre jusqu'à la vie, c'est à dire sa propre identité, lorsque l'amour est si fort que les deux êtres semblent fusionner en tous points. Celui dans lequel on peut égarer son esprit lorsque la passion consumme chacune de nos pensées pour les brûler sur l'autel de la Vie.

L'être aimé est également la clé du mystère qui se révèle : qui suis-je? Il est également la serrure de ce monde, infini semi dévoilé qui permet à chacun d'avancer plus loin sur le court chemin de notre vie face à l'éternité. Et là, devant moi, elle me sourit. Je la regarde, plongé dans mes pensées qui sont tout à la fois une rêverie qui m'éloigne d'elle, tout en étant le chemin qui me fait prendre conscience de tous les possibles qui existent entre moi et cet être qui se trouve 20 mètres plus loin.

Si, aujourd'hui, je suis effrayé de la rencontrer, c'est tout simplement parce que je sens que cette rencontre ne sera pas fortuite, ne sera pas sans conséquence. Elle existe dans ma vie, maintenant, et mon corps frissonne en la regardant. Il y a du désir, il y a également le terreau de l'amour qui est présent. Je ne vois plus les autres autour de moi. Elle est.

Mon univers européen reprend le dessus car j'ai peur de me méprendre sur ses actes, sur ses paroles. Je sais qu'entre moi et elle, 5 000 ans de civilisations nous séparent et probablement tout autant de mots de vocabulaire. Elle est chinoise, je suis français. Le conflit culturel qui existe entre deux individus dans les prémisses de l'amour alors qu'ils appartiennent au même univers est important. Chacun rencontre l'autre avec sa valise pleine d'un passé joyeux et douloureux qui empiète sur le présent. De vieilles rancoeurs non triées cohabitent avec des idées forgées sur l'expérience, des doutes surgissent à l'occasion d'échanges de phrases simples. Avec le temps, on apprend à se méfier des dires de l'autre. On cherche le mensonge, on cherche à savoir pourquoi, on cherche avant tout à comprendre avant de ressentir. La naïveté et l'innocence se dissolvent dans la succession des relations. Le conflit culturel qui existe entre elle et moi est d'une autre nature. Elle n'a probablement pas de passé relationnel. En face de moi se présente un nouvel univers, dans lequel je porte toute mon espérance. Elle a probablement un peu plus d'une vingtaine d'années et le passé amoureux d'une française de treize ans. Tout paraît encore possible.

Ayant conscience de tout ce que j'ai à gagner de cette rencontre, je me rends compte que je ne peux pas ne pas la rencontrer. Mais je n'ai pas mon dictionnaire. Et vais-je pouvoir lui parler en anglais? Comprendra-t-elle? Et pourquoi je ne la remarque qu'aujourd'hui alors que je la distingue aujourd'hui aussi aisément qu'une marguerite au milieu d'un pré ? Ces petites interrogations me titillent. Et me clouent à mon siège. Mon esprit semble plonger dans une interminable rêverie lorsque je décide enfin de me lever : un acte non réfléchi, comme si mon corps avait décidé par lui-même de la suite de ces évènements.

Je me dirige vers elle. Elle m'a remarqué et attend la fin de mon trajet vers elle en me souriant. Son attitude patiente me laisse entrevoir une attente qui coïncide avec la mienne. En me disant que ce trajet me semble d'une longueur indéfinissable, je prends conscience que cette personne est sûrement la personne que je suis venue rencontrer en Chine, sans en avoir conscience.

Alors que je ne suis qu'à quelques mètres, elle se lève, me fait un signe de la main, se retourne et se dirige vers la sortie. Je suis décontenancé. Mais que se passe-t-il? J'accélère mon pas pour la rejoindre. Elle est sur le point de sortir. Je suis emprisonné dans ma méconnaissance du chinois car je ne peux même pas l'interpeller. Je ne sais pas comment on dit en chinois et je ne sais pas non plus si c'est une habitude chinoise. Une table de jeunes mecs me regardent en gloussant. Ils ont vu ce que je voulais faire et s'en amusent.

Heureusement, la pluie l'a arrêtée juste à la sortie de la cantine. Je suis à sa hauteur et je lui lance un joyeux "Ni Hao!". Elle tourne la tête et me sourit. Elle a des tâches de rousseur sur le visage. Elle est vraiment ravissante. Dans ses yeux, je lis instantanément une grande pureté d'âme. Je fonds. Elle me réponds "Ni hao! Wo jiao Chen Xiao Lei". Je réponds aussitôt "Wo jiao Yang Fa Long". Elle sourit encore une fois et le temps s'arrête. La pluie continue de tomber.

Dans ces instants où on sait qu'aucune phrase n'a vraiment de sens, ni d'importance, puisque les gens ont simplement envie de communiquer, il est difficile de se retrouver à la fois submergé par ses émotions, et à la fois dans l'obligation d'activer le cerveau pour produire du sens. Il faut maintenant parler. Je veux être original et percutant tout en restant simple. Et je dois parler en chinois. Elle attend en souriant que je me lance.

"没有问题, 我打伞雨了." Cette phrase résonne comme un coup de tonnerre. Elle le sent. Ces yeux qui me regardait un instant avant comme si j'étais une personne attrayante ont laissé un passé une émotion sombre et indéfinissable. Son regard se tourne vers la personne qui a prononcé cette phrase. Un jeune homme la regarde, avec un parapluie bleu à la main. "Pas de souci, j'ai pris un parapluie". La traduction de la phrase vient de se faire dans mon esprit. "我不喜欢一个人吃饭. 这里是你的大学. 我觉得你得跟我一起吃饭." Le temps s'accélère au mesure que les phrases sont prononcées et je cherche à en saisir le sens. En même temps, ils partent ensemble sous la pluie. Je n'ai pas de parapluie. Elle me lance un "zai jian" auquel je réponds tout aussi vite. Des bribes de phrase me reviennent en tête, puis tout fait sens. Elle lui reproche d'avoir mangé seul car c'est l'université du jeune homme et qu'il devrait l'accompagner. Ce qui explique pourquoi je ne l'avais jamais vu avant. Je me lance sous la pluie.

De loin, j'essaie de savoir si c'est son frère, son ami ou son petit ami. Evidemment, en Chine, il est impossible de savoir cela en regardant les gens. Les chinois sont beaucoup plus pudiques que les européens. Et je prends conscience en ce moment de deux choses paradoxales. D'une part, mon niveau de compréhension orale du chinois est insuffisant pour déceler dans leurs phrases ce qu'ils disent, bien qu'elle est une prononciation très claire. D'autre part, mon niveau de compréhension s'améliore à chaque phrase prononcée supplémentaire, ce qui montre bien qu'en cas de besoin le cerveau s'adapte. Je ne la connais pas et pourtant mon coeur se serre à l'idée que tout ce que je venais de réaliser grâce à elle en terme de relation amoureuse était en train de devenir lettre morte sous prétexte qu'il pleuvait. "各个" ou "哥哥". Ca fait trois fois que j'entends "gege" qui pourrait se traduire par "chaque..." ou par "frère".

Mes espoirs reprennent et je me rapproche d'eux pour mieux saisir le sens des phrases. Sa démarche sensuelle me trouble tout autant que ces propos diffus auxquels j'ai le plus grand mal à donner un sens précis. Mon esprit travaille vite. Mes yeux ne se lassent pas du spectacle tandis que mon oreille se laisse bercer par l'intonation légère de cette jeune femme: je suis charmé. "Women mama" résonne à mes oreilles et je comprends qu'ils parlent de leur famille. C'est son frère. J'accélère le pas pour les rejoindre.

"Et l'artiste! C'est un remake de singing in ze rain?" Je tourne la tête malgré moi et je constate que l'un de mes camarades français se dirige vers moi. Impossible de lui dire que je suis occupé. Comment expliquer que je suis en train de suivre une inconnue avec laquelle je veux faire connaissance et que je n'ai pas le temps de lui parler? Me voilà stoppé net dans mon élan par un excès de convention sociale. En pleine tentative d'échapper à ma culture pour découvrir un nouvel univers, je me retrouve saisi par celle-ci. Sans défense. Sous la pluie.

Je prends alors conscience du côté pitoyablement romantique de cette situation. Le français qui suit sous la pluie une chinoise pour faire sa connaissance alors qu'il ne connaît rien de sa vie, rien de sa culture et seulement des bribes de sa langue. Et qu'en à peine une demi-heure j'ai réussi à me conditionner pour créer la possibilité d'une relation amoureuse. Situation d'autant plus étrange qu'elle n'avait en soi pas d'autre sens que de me donner de l'espoir. Je la regarde s'éloigner. Je frissonne sous mes vêtements mouillés. Et je démarre une conversation banale, vide de sens. En quelques secondes, je suis passé du sens au non-sens. Et j'ai un pincement au coeur de la voir partir. Je ne la reverrai probablement jamais. Pourtant, elle existe. Sur terre et, pire, dans mes pensées.

Yang Fa Long, "Alors, Anna, c'est ce à quoi tu t'attendais ?"

Exercice de style : partie 1

Le "fenghonse" de Kai Ye est au centre de nos discussions... Pourquoi me demandez-vous? Simplement parce que son vélo est rose, que le rose c'est une couleur de gonzesse, que Kai Ye ressemble plutôt à un barbare venant des pays du Nord, que la réunion de ce barbare sur une "monture qui fonctionne par elle-même" (traduction mot à mot du mot chinois "vélo"), inappropriée tant dans sa couleur que dans son aspect général provoque, chez les personnes de toute culture, un sourire narquois qui laissent songeur quant au sens donné à la sexualité de sieur Kai Ye... Bref.

Auparavant, son vélo "Gweit" avait l'objet d'un emprunt sans retour de la part d'un individu probablement sans foi ni loi (en chinois on dit "无法无天", ce qui se traduit exactement par "sans loi, ni foi", étonnant, non?). Ces mésanventures l'ont rendu inquiet quant au sort de son vélo. Ainsi, en sortant de ma chambre après avoir bu un thé ensemble en guise d'apéro, voilà que nous nous dirigeons vers la cantine, en faisant un détour rapide pour vérifier que la monture broute l'herbe tranquillement...

Surprise! Le vélo n'est pas à sa place. Regardant hébétés tous les deux la place vide pleine d'un sens tout étrange, je commence à plaisanter sur le fait qu'un vélo comme ça personne n'en voudrait à part une "gonzesse". Je sens que le virage psychologique est amorcé dans sa tête, le Surmoi n'arrivant plus à retenir les émotions incontrôlées que lâche sans retenue son inconscient, faisant ressurgir son passé et ses souvenirs gweitiens. Je crois même percevoir une larme tentant de poindre au coin de l'oeil. Faisons diversion!

- Sûrement nos petits camarades de classe qui t'ont fait une blague. Ils sont très joueurs. Et puis, il y a des caméras de surveillance partout : on ne te l'aurai pas volé en plein jour, ce serait ridicule. Surtout ton vélo.

Mon petit Kai Ye, tel un enfant, commence à sangloter bruyamment, créant rapidement un cercle de chinois et de chinoises qui cherchent à comprendre pourquoi un homme de 37 ans, de la stature de Kai Ye, pleure ainsi à chaudes larmes. La gorge nouée, il ne pouvait plus émettre un seul son, hormis un "mon fenghonse, mon fenghonse..." pathétique qui aurait soulevé la pitié de n'importe quel tortionnaire... Je m'emploie donc à expliquer la situation à ces personnes dévouées qui nous entourent. Rapidement, un "把他女粉的车找了!" (que je traduirais maladroitement par "cherchez son vélo de gonzesse!") est clamé, se répétant rapidement comme un écho dans l'université. Une minute plus tard, les haut parleurs de l'Université se mettent à hurler sur le campus "找着了" (on l'a trouvé!), ce qui était le bruit salvateur qu'attendait Kai Ye. Ses larmes cessèrent immédiatement. Le sourire aux lèvres, le voici qui marche fièrement dans la direction indiquée par une allée de chinois lui montrant son vélo.
Son vélo était mal garé. Il avait été déplacé de 25 mètres. L'incident était clos. Pour le remettre de ses émotions, je lui propose de lui offrir un yahourt à la fin du repas. Evidemment, le regard brillant, il accepta. Comme pour toutes les grandes douleurs, nous n'évoquons pas cet incident afin de ne pas rouvrir une plaie encore chaude et fumante de douleur. Et me voici en train de lui expliquer la différence fondamentale entre 了 et 过, 了 et 了. Il ne comprend pas grand chose à la grammaire chinoise en général, c'est pourquoi j'aborde avec lui le point qui, à mes yeux, est le plus difficile entre tous. Mais, d'un tacite accord, nous savons que son état de choc est tel qu'il serait incapable de comprendre autre chose de toute façon, hormis une pure discussion d'hommes sur la sexualité, nos précédentes conquêtes et les femmes qui nous environnent. Evidemment, nous sommes tous les deux des esthètes intellectuels et, de ce fait, ce genre de discussion est définitivement exclu des thèmes sur lesquels nous dissertons. Nous ne sommes pas le commun des mortels - s'il fallait le rappeler.

Alors que je devisais très sérieusement sur 的, 得 et 地, qui comme chacun le sait sont des mots se prononçant "de" et qui correspondent à mon, ton, son, notre, etc... ou encore au mot permettant de qualifier un objet (exemple un vélo rose, ce qui se traduit en chinois par "rose DE vélo") ou encore au mot permettant de donner une intensité à une action shuo de hao (parler correctement) à ne pas confondre avec shuo hao (avoir terminé de parler) et enfin le DE de complément circonstanciel, voici que mon regard croise celui d'une chinoise, quelques tables plus loin. Elle me sourit et me fait un petit signe de la main. Kai Ye me demande si la différence entre DE et DE est vraiment fondamentale puisque dans le cas des compléments d'adjectifs ou de compléments circonstanciels, ça se place au même endroit dans la phrase et... Elle continue à me regarder et à me sourire. Je lui souris aussi. Et en plus, j'ajoute un petit signe de la main: ça n'engage à rien.
- Tu comprends, Yang Fa Long, pour moi la grammaire c'est un peu comme un univers fermé qui empêche la langue d'évoluer. C'est pour ça que ça ne m'intéresse qu'à moitié car...

Elle a des petits yeux ronds, noirs et des cheveux longs et brillants.

- ... différence fondamentale entre l'oral et l'écrit, probablement, tient à la configuration figurative de la perception des échanges cognito linguistiques...

Elle ne me regarde plus. Tiens, elle se lève. Elle a des courbes élancées, une stature altière et se déplace comme en flottant sur un nuage.

-... Par ailleurs, la transposition directe - peut être que je devrais employer la superposition quasi transcendantale - de la perception sensorielle en un processus signifiant correspond à une forme de matérialisation de la pensée qui touche le signifié...

Elle discute avec des chinois en attendant qu'on lui serve un nouveau plat. Son visage s'anime d'expressions où la grâce est une invitée permanente et je crois percevoir, malgré les bruits parasites environnants, son timbre de voix qui s'élancerait au-dessus du brouhaha pour ne devenir qu'un son d'une clarté sans équivalent. Je sens dans ses intonations de voix une humeur badine.

- ... Sans compter que la répartition entre les champs sémantiques ne sont pas cloisonnés au sein d'une même langue, l'acception étant la clé de la perception et de la compréhension - ce qu'avait perçu Sartre dans l'Etre et le Néant comme étant une donnée fondamentale de l'existentialisme n'était, à mon sens rien d'autre qu'une incompréhension de la nature même du langage. Dès lors, ça paraît être un truisme que de réaliser une correspondance entre deux langues est impossible, un peu comme il était aussi ridicule que de vouloir recourir à la notion d'intuition que Kant développe dans la Critique de la Raison Pure à propos des jugements synthétiques a priori . Hé, Yang Fa Long, tu m'écoutes?

- Oui, oui... T'es en train de me refaire les théories de Saussure en linguistique en mixant le tout dans un aggloméré de métaphysique. Mais bon, faudra que tu relises "Qu'est-ce qu'une chose?" d'Heidegger car il me semble que tes raisonnements confinent parfois au préjugé, Sieur Kai Ye, préjugé de haut niveau, mais préjugé quand même.

- Quoi? Mais t'es malade? Comment tu peux dire que la perception subjective d'une image donnée peut être autre chose qu'un jugement synthétique...

- Tu peux pas dire " perception herméneuthique" comme tout le monde... A mon avis, t'essaie de déguiser ta fainéantise d'apprentissage de la grammaire par des concepts d'intellos mal ficelés.

- Hmmmm.... Toi, t'es pas dans ton assiette aujourd'hui.

- C'est surtout que, là-bas, y a une petite chinoise très jolie et je me demande si je vais à sa rencontre ou pas.

- Bon ok. Je te laisse. On se voit plus tard. Tu me raconteras, comme d'hab' "

Sur ces mots et un clin d'oeil, il m'abandonne en me laissant face à face, bien que séparé par quelques rangées de table, avec cette magnifique femme. Me voilà, face à elle, c'est à dire face à moi.

Romook, suite au prochain billet

vendredi 2 juin 2006

Attracteur étrange

Il est des affinités qui se créent par elles-même, sans aucune raison particulière. On est comme attiré par une personne, à l'image d'un champ magnétique qui influe sur la trajectoire de l'électron. Aujourd'hui, c'est le jour du choc, de la rencontre. Celle de l'évidence, celle qui ne se refuse pas, celle que l'on constate et où l'instant se stoppe sur l'infini. On oublie son passé, on ne pense plus à son futur : le moment du présent s'incrit dans l'éternité du moment. On sait. Un regard et tout chavire. Je l'ai rencontré ce midi à la cantine. Dégustant mon plateau repas, je l'ai vu traversée le self avec une infini lenteur. Je savais que j'étais en train de vivre le moment que j'attendais depuis mon arrivée en Chine. Maintenant la révélation est faite et ma vie va être transformée...

Elle marchait assez loin de moi, au milieu d'autres femmes. Je n'avais d'yeux que pour elle. Sa démarche, le choix de ses vêtements, sa coiffure, son regard, tout parlait à mon âme dans un langage clair et simple, pur et évident. Il y a des rencontres que l'on ne peut pas éluder et c'en était une. J'ai fait part à mon hôte de table, Kai Ye, de mon étonnement émotionnel. Il avait déjà tout lu dans mon regard, les mots n'étaient plus utiles, simple accessoires me permettant de mettre au clair l'embrouillamini de mes pensées et de mes émotions. Mètre après mètre, elle se rapprochait de moi. J'étais face à la première femme en Chine capable de soulever mon coeur d'Empereur. Elle a sorti un petit mouchoir blancs, a soulevé ses lunettes et a essuyé un de ses yeux. Elle ne me voyait pas. Elle n'avait même pas conscience que son Empereur la regardait déambuler. Ma première Mo Am'Gamb chinoise. Aujourd'hui, j'ai vu ma première Mo Am'Gamb chinoise. Je suis heureux.

Romook Ier, La Mo Am'Gambie ne connaît pas de frontière

Maturity : is it an adult attitude ?

A lot of people thinks maturity is the moment when man lets his illusions of simply life, love, feelings or other things in a way of life... But, it isn't true. This is a pessimistic mind and it's not the actual meaning of the word "maturity" i believe... If someone isn't happy, he could say this to find an explanation of his poor life. For them, to be mature is like to be mature. In this respect, i think this argument is like a cliché. To be not happy is not linked with a mature mind. If someone isn't happy, it only means he is not happy. That's all! For them - this kind of people who doesn't like think life could be an interesting thing - it's an explanation to give themselves an argument to their bad mood and bad philosophy...

For me, maturity is the moment when you understand it exists some problems beyond your life, and this kind of problem you couldn't solve. No drug for these. Understand this idea is a part of maturity. See the existence of this problem is other part of maturity. Major part, both, is this idea isn't linked with your personal life, but the human life. In my opinion, if you're mature, you could also be optimistic. It doesn't matter!

My mind is so complex to explain it with my poor english. Why I try to explain in this language ?

Romook

Le plat pays

Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague

Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues

Et de vagues rochers que les marées dépassent

Et qui ont à jamais le cœur à marée basse

Avec infiniment de brumes à venir

Avec le vent de l'est écoutez-le tenir

Le plat pays qui est le mien

Avec des cathédrales pour uniques montagnes

Et de noirs clochers comme mâts de cocagne

Où des diables en pierre décrochent les nuages

Avec le fil des jours pour unique voyage

Et des chemins de pluie pour unique bonsoir

Avec le vent d'ouest écoutez-le vouloir

Le plat pays qui est le mien

Avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu

Avec un ciel si bas qu'il fait l'humilité

Avec un ciel si gris qu'un canal s'est pendu

Avec un ciel si gris qu'il faut lui pardonner

Avec le vent du nord qui vient s'écarteler

Avec le vent du nord écoutez-le craquer

Le plat pays qui est le mien

Avec de l'Italie qui descendrait l'Escaut

Avec Frida la Blonde quand elle devient Margot

Quand les fils de novembre nous reviennent en mai

Quand la plaine est fumante et tremble sous juillet

Quand le vent est au rire quand le vent est au blé

Quand le vent est au sud écoutez-le chanter

Le plat pays qui est le mien.



Jacques Brel

jeudi 1 juin 2006

China Honta : épisode 12

Après une semaine qui s'est déroulée à la vitesse de l'éclair, vous retrouvez, cher blog spectateur, votre feuilleton de votre blog réalité préféré : China Hontaaaaaaaa!!!!!!!!!!! Et que s'est donc -t-il passé durant ces longues journées de suspens qui vous ont tenus en haleine ? Pas d'inquiétude, nous vous révèlerons tout ce qui est avouable sur un plateau de blog aux heures de grande lecture! Un rapide résumé en texte :

Lundi : Résultat d'examen de romook. Peut mieux faire. Parole réconfortante de l'enseignante : "en travaillant très dur et régulièrement, vous pourrez peut être améliorer vos résultats." C'est la fête à Romook !!

Mardi : Découverte de la calligraphie, style "Cao" (herbe). C'est le style qu'est incompréhensible pour les européens : genre n'importe quoi... Pour les asiatiques, c'est tout aussi difficile à lire : pas d'inquiétude!!!!

Mercredi : Bilan de l'examen de la veille. Y a des caractères absents. Que faire contre l'absenthéisme ? Alors, Romook, une solution, une idée ?

Jeudi : Il pleut. Mais pourquoi faire?

Vendredi : Conversation à caractère cuturel avec la prof de caractère (). Elle ne comprend pas la musique occidentale. Ca veut dire quoi au juste ?

Samedi : Photos avec Kai Ye. En exclusivité sur son blog. A découvrir d'urgence!!

Dimanche : test pré - HSK. Un examen pour savoir quel examen on peut présenter

Et Romook pense quoi de tout ça?

"La chaleur grimpe progressivement et l'une de mes meilleurs idées de la semaine a été d'acheter une paire de sandale. Exit les chaussettes rouges et jaunes (les initiés comprendront) dan les chaussures en cuir. A moi le pantacourt du japon et ma petite chemissette... Evidemment, maintenant, la vie est encore plus agréable. J'irai probablement investir dans une casquette pour éviter le front rouge crevisse. Bien sûr, culturellement, le rouge est la couleur impériale ainsi que le symbole de la joie, il est fort à parier qu'un front rouge serait très apprécié par les chinois(es). Mais bon, que vont penser les européen(ne)s qui vivent à mes côtés... De ce fait, je resterai fidèle à ma tradition européenne et j'éviterai le front rouge.

L'autre point important de la semaine est bien sûr l'examen d'examens. Alors, là, il faut suivre. Cette semaine, il y a eu deux examens. Mardi, examen, qui a permis de poser une hypothèse de base : plus tu connais de caractère, moins tu en retiendras, plus tu en oublieras, plus tu les mélangeras. Cette hypothèse semble en concordance avec les dernières théories scientifiques, notamment celle selon laquelle "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme." Je suis à la recherche de la méthode miracle d'apprentissage du chinois. Je dévoilerai ma technique de travail un peu plus tard. En test clinique actuellement. Il y a eu les résultats des examens d'avant mon départ à Wu Han (tiens au fait, j'y retourne du 7 au 11 juin). Je suis assez satisfait de la plupart de mes résultats. Là, encore, ces *§!?*§*? de caractères chinois m'ont mis dedans. Evidemment, je sais bien que les caractères suivants n'ont rien en commun entre eux, hormis la prononciation :

情, 晴

et ceux là qui se prononcent à peu près pareil (les tons sont différents) :

请,清,氰,氢 et 青

Ce qui doit, en transposant dans notre langue, être équivalent à pin, pain, peint ou fête, faîtes, fait... Bref. Encore du travail en perspective. Enfin, on retiendra que je suis content de mes résultats. Et, enfin, l'examen du dimache matin : un test préparatoire pour déterminer dans quel niveau d'examen on peut s'inscrire pour passer le HSK, équivalent du Toefl anglais. J'ai trouvé franchement trouvé ça facile, comme mes petits camarades de classe. En revanche, des camarades français d'une autre classe ont trouvé ça vraiment difficile. Tout est question de niveau. J'attends les résultats : peut être que tout est faux

La découverte de la calligraphie en style "CAO" a été une grande découverte esthétique et une leçon d'humilité. Une chose est sûr, pour aborder la calligraphie, il faut au moins connaître les 1000 caractères les plus courants. Et savoir les écrire. Sinon, ça ressemble à vouloir dessiner avec un oeil bandé. Le sens des traits est quelque chose de très important, ainsi que l'ordre des traits dans les caractères. Après un exposé d'une demi heure pour nous montrer les différences entre les styles de calligraphie, nous sommes retournés en style KAI. Un peu la sensation de retourner au bac à sable après avoir vu qu'on pouvait jouer sur la plage

Sinon, il s'est mis à pleuvoir une journée, mais rien à voir avec les pluies du Japon ou de mon pays natal. Quelque chose de très légers, beaucoup de tonnerre, mais c'était de l'esbrouffe. Beaucoup de bruit pour pas grand chose. A moi, on ne me l'a fait pas

Voilà, plus que six semaines, mais encore six semaines d'apprentissage!! J'espère que mon progrès vont encore être importants! Je mets cap sur l'île aux caractères."

Merci Romook pour ce palpitant résumé d'une semaine incroyable!!!

A la semaine prochaine pour l'épisode 13 de China Honta!!

Avis aux gourmets

Aujourd'hui, je tiens à vous faire part de mon expérience culinaire. J'ai acheté des hamburgers "chinois" dans la rue. Voir photo ci-dessous. J'en ai testé "un" dimanche matin. Très bon. Pas de problème à signaler. La différence fondamentale était qu'il était 9h du matin, un dimanche. Pas de chaleur particulière, pas de voiture, pas d'exposition au soleil. A contrario, aujourd'hui, il était 18h, un jour dans la semaine, avec une température de 30°, en plein soleil tout l'après midi... Aujourd'hui, je comprends cette formule de François Boucq : les pionniers de l'aventure humaine. Je peux donc me définir :

Je suis un aventurier de la vie moderne.

Romook, vais-je survivre aux amburgers chinois?