Mon Antigone est née. Elle est intelligente, cultivée, mâture et immature, féministe, idéaliste, insolente, sage, rusée, machiavélique... Elle est charmante, fascinante. Je vais tomber amoureux d'elle Déjà trois scènes rédigées et elle a une force que je lui envie. Créon se retrouve face à un modèle d'esprit qu'il admire et l'homme politique succombe sous son charme : elle force son respect.

Je ne donnerai pas de bribe de texte : un tiers de la pièce rédigé correspond à un mauvais brouillon en terme de psychanalise des personnages. Evidemment, le synopsis est déjà en place mais mes personnages m'échappent des mains et ont déjà modifié l'ordre prévu de mes scènes. Hémon, le pauvre, semble bien démuni avec comme seul argument sa future royauté et ses vains sentiments pour Antigone. Qu'a-t-elle à faire de l'amour d'un homme lorsque son destin est déjà tracé? Elle estpar delà l'amour. Elle vise au rétablissement de l'ordre corrompu, tout comme Créon. Deux objectifs identiques et pourtant opposés, les principes fondamentaux les régissant n'étant pas les mêmes...

Pièce éminent politique, mes personnages me surprennent à penser des choses que je ne pensais pas qu'ils diraient. En fait, je suis mûr pour Antigone. Je ne m'en étais pas aperçu. Troublante et intéressante révélation, en même temps, il s'agit d'une expérience singulière. Je pense tout à la fois aux implications de ses idées dans notre société occidentale, française et chinoise également. Trois mondes s'affrontent lorsque j'écris. Mes personnages ne m'autorisent que la censure correspondante aux limites de leurs caractères. C'est jouïssif.

Romook, bientôt une Antigone sur le net en français, puis en version chinoise, puis en version anglaise.