Romook Ier, Empereur de Mo Am'Gambie

jeudi 30 juillet 2009

Tribulations d'un ch'ti au pays des montagnes

La 6000D

Racontée, après avoir été vécue, par Sieur Romook

Mais, pourquoi donc ?

Choisir une course parmi toutes celles qui existent suppose de faire des choix dont les paramètres sont nécessairement – et uniquement – subjectifs. Est-ce pour retrouver des amis ? Est-ce pour avoir la possibilité de faire la visite d’un lieu que l’on ne connaît pas ? Ou encore réaliser un exploit ? Bref, les critères sont multiples et propres à chacun, sachant que, pour le plus grand bonheur de tous, ils ne sont pas exclusifs les uns des autres.

La 6000 D, faut-il avoir des raisons particulières pour la choisir ? Course mythique, une classique du genre. En soi, cela pourrait suffire. Mais mon envie de la courir est raisonnée par un objectif plus lointain. J’ai envie de me frotter à l’UTMB en 2010. J’ai obtenu 2* en faisant le Grand Trail du Nord (GTN) au mois d’octobre 2008. Cette année, j’y retourne. La longueur a été revue officiellement à 142 km… ce qui correspond très exactement à ce que j’avais calculé, en occultant mes détours, et celui imposé par l’organisation, qui avaient mené ma distance « personnelle » à 145 km. Ce faisant, l’organisation de l’UTMB lui a attribué 3*. En le courant cette année, j’aurais donc officiellement la possibilité de m’inscrire à l’UTMB en 2010, si bien entendu je le finis…

Une grande inconnue demeure pourtant. Je n’ai jamais été courir en montagne et n’ai aucune idée de ce qui m’attend comme difficulté. Il faudrait donc que je trouve une course de montagne qui me permette de « sentir » la difficulté. Compte tenu du calendrier et de sa difficulté supposée, ainsi que de son côté mythique – et de la petite * supplémentaire pour l’UTMB – la 6000 D me semble toute indiquée.

Quelques CR lus plus tard, je prends mon inscription, convaincu du bien-fondé de ma démarche. Je discute avec quelques amis qui attirent rapidement mon attention sur le problème de l’essoufflement du à l’altitude. Une première difficulté est donc mise en lumière. Je prends une semaine dans un appartement sur place pour découvrir les lieux et pouvoir m’acclimater à ce problème d’altitude. Concernant le dénivelé, j’ajoute des escaliers dans mon programme d’entraînement et fais quelques trails en sortie « off » pour apprendre à mieux maîtriser les sentiers techniques. Tout pourrait paraître correct dans la préparation…

Mais, depuis le mois d’octobre 2008, je n’ai quasiment pas couru, espérant que mes chevilles fortement endommagées par les sentiers boueux du GTN se remettent d’aplomb. Finalement, c’est en avril que je déciderai – un peu tardivement certes – de voir un kiné qui, en trois séances, me réparera les chevilles et les pieds. C’est ainsi que je reprends la course à pied en mai, dans un hôtel chinois où j’irai grimper et descendre les 19 étages par les escaliers de service, en alliant un petit programme de gainage et de corde à sauter…

Et j’enfile alors de nouveau les kilomètres comme des perles, en totalisant pour mon mois de juin 180 kilo… Une montée en charge progressive qui doit me permettre de retrouver un bon niveau pour le mois d’octobre. Début juillet, je fais un 10 km en 44’43, qui me permet de savoir que mon niveau n’est pas trop mauvais, après six semaines d’entraînement, malgré 6 mois d’arrêt complet de course à pied. J’aborde donc la 6000D comme un test, sans autre souci que de terminer la course. Je pensais alors faire la course en 8h, complètement inconscient de l’effort qu’il faudra faire sur place…

Quelques jours avant, une préparation plus psychologique que physique…

Me voici arrivé à Aime la plagne, à 2000 mètres d’altitude. L’objectif avoué est de découvrir les effets de l’altitude sur l’organisme. Mes séjours en montagne (Les Vosges et au Guatémala) ne m’ayant pas laissé de souvenir particulier sur ce point, je dois travailler cette « nouvelle » sensation. Je fais une première sortie, en courant, de 9 kilomètres dans les sentiers autour de la station. Première découverte : la technicité des sentiers. Sur mes trails « off », les parties vraiment techniques ne représentaient que 25 à 40 % du trajet total… Là, je suis sur des sentiers où la moitié – au minimum - du trajet peut être technique, voire très technique. Je commence à être inquiet. Deuxième découverte : mes battements cardiaques sont extrêmement élevés alors que je suis à une vitesse d’endurance réduite… Troisième découverte : les dénivelés sont importants – ce que je supposais – et très longs à grimper – ce dont je n’avais pas pris conscience.

J’ajoute à mon régime alimentaire au moins 100 grammes de lentille un repas sur deux minimum. Cet aliment contient une forte concentration de fer, idéal pour acclimater le corps à l’altitude par la production de globules rouges, opération qui requiert notamment du fer. Je ne sais pas si une semaine est suffisante pour arriver à être en forme pour attaquer la course, au niveau oxygénation, mais, en tout cas, j’ai gagné 1 km/h sur une semaine en terme de battement cardiaque par rapport à la vitesse… L’essoufflement était moindre à ma troisième sortie « course à pied ». La mise ne confiance était réalisée sur ce point.

Pour appréhender l’environnement, je décide de faire de la marche. Activité idéale pour aider le corps à se préparer sans trop se fatiguer. Je grimpe ainsi à la Grande Rochette et à la Roche de Mio durant mon séjour. Cela me permet de découvrir une partie du parcours de la 6000D. J’irai faire un tour au glacier, histoire de « sentir la température. »

Enfin, mes petites sorties (la plus longue faisait 14 km) m’ont permis d’appréhender la technique de la descente sur des sentiers très techniques. J’en suis très heureux car mon angoisse de la vitesse, ajoutée à celle de la peur de me fouler la cheville, me rendait très « timide. » Or, je constate que le fait de « refuser » la descente est bien plus difficile pour les cuisses que le fait de se laisser porter par la vitesse naturelle. Je gagnerai donc en vitesse et en confiance pour la descente sur des sentiers très accidentés, mélangeant rocher, pierres et racines en tout genre, sur sol dur irrégulier...

Je suis de plus de en plus angoissé et excité à l’idée de faire cette course. Je le précise : tous ces éléments mis bout à bout ne me permettent pas de prendre conscience de la réalité et de la difficulté de l’épreuve, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Ca allait être beaucoup plus difficile que ce que j’avais imaginé.

Le jour J, les préparatifs

Le réveil est prévu à 6h00. Couché à 23h la veille, réveillé plusieurs dans la nuit, à 5h15, je décide de me lever. Un rapide et court café plus tard (pour éviter de me retrouver au stand « arrêt-pipi » du début de la course), je vérifie le sac que j’ai déjà préparé la veille. Je regarde le temps dehors. La veille au soir, il pleuvait. J’avais donc prévu un coupe-vent pour la course. Les prévisions météo faisaient état d’une très belle journée à venir.

Je regarde à l’extérieur et constate que ça vaut le coup de prendre le risque de se passer des 400 gr que représente cet abri anti-pluie. Et puis, quand on est un ch’ti, normalement on a sa fierté : on court sans filet. A-t-on déjà vu rechigner à la course un gars du nord parce que les intempéries semblent vouloir prendre d’assaut le chemin à parcourir ? Malgré les conseils vespéraux de ma mère, je décide donc de partir plus léger.

Le rituel du matin de course se met en place. Crème NOK aux endroits stratégiques : sternum, pieds et entrecuisses. Sparadrap sur les tétons. Les snickers dans les poches du sac, préparation de la boisson énergétique. L’intérêt d’un tel rituel est qu’il permet de se mettre en condition. L’enchaînement régulier, dans le même ordre, de chaque geste, maintes fois répétés pour chaque sortie longue, donne à la tâche un côté initiatique qui plonge l’esprit dans les conditions de la course, doucement, comme un submersible atteint progressivement les profondeurs. S’y ajoute, pour un esprit mal réveillé comme le mien, la possibilité de repérer l’acte manquant par la désorganisation du rituel. J’enjoins donc régulièrement mes amis à me rejoindre dans la secte du rituel pré-course, à choisir chacun leur voie dans l’ordre dans lequel ils effectueront leurs préparatifs. Je n’aime pas le prosélytisme, mais là, chacun y trouve son compte. A défaut de quoi, il reste le café noir et le stand « arrêt-pipi » du début de course. A vous de choisir.

Tout est prêt : il est 7h00, l’heure de se mettre en route. Pour une fois, je ne monte pas dans ma voiture en retard, je suis même plutôt en avance. Ca n’augure pas forcément quelque chose de bon. L’avantage d’être en retard, c’est de détourner l’attention de la vraie source du stress. Rappelons au passage mon départ avec 5 minutes de retard sur le peloton du Grand Trail du Nord alors que l’organisation était déjà en train de plier bagage…

Aime la vallée, sur le seuil du départ, 07h52, 673 m

Après 40 minutes de voiture, je trouve à me garer sans encombre. Le départ est à 8h00. J’ai plus d’un quart d’heure pour rejoindre la ligne de départ. Je suis à 800 mètres. Inutile de dire que j’ai rarement été aussi en avance, sauf pour quelques contraintes professionnelles bien précises. On a tous des défauts, l’un des miens est celui de ne pas savoir arriver à l’heure, sauf sur la ligne d’arrivée lorsque je suis le lièvre de quelqu’un.

Comme il fait un peu frais, je me rends sur la ligne de départ en trottinant. Des coureurs, bien au chaud dans leur véhicule, m’interpelleront en me rappelant que le départ n’est que dans dix minutes. J’ai tellement l’habitude de ne pas être on time que j’ai certains réflexes qui sont acquis. Je cours pour me rendre à l’arrivée car je ne peux pas accepter consciemment l’idée que je suis à l’heure.

Une fois dans le peloton. Et bien je n’ai rien à faire. Je ne connais personne. Ce n’est pas non plus le moment de lier amitié avec des inconnus, ce que d’ordinaire j’aurais sûrement fait. Pas la peine de draguer non plus car, avec les féminines, on peut craindre le pire. Soit on tombe sur la petite frêle qui cache un moteur de sport et qui va nous laisser sur place – et on a l’air minable et lourd. Soit elle est à la ramasse et l’abandonner à son sort devient une faute de galanterie, doublée d’un goujaterie sans nom. Bref, je suis seul au monde, ce qui prélude déjà à la course qui va bientôt démarrer.

C’est le départ qui est donné et le peloton s’étire doucement. Je prends mon rythme rapidement. Un ami m’avait indiqué qu’il fallait arriver assez tôt au début de la première côte sous peine de se voir condamner à être disqualifié car l’arrière train est tellement lent qu’on ne peut pas survivre aux contraintes horaires. Dubitatif sur cette explication peu plausible, j’avais décidé dès le début de la course de courir en fonction de mon cardio avec des pulsations entre 150 et 160. Avec l’altitude, je sais que ça ralentira ma course, mais au moins, je n’aurais pas de fatigue prématurée.

Je fais donc les 5 premiers kilomètres en 25’, sur un bitume quasiment plat. Une cloche retentit, quelques coureurs tentent de se frayer un chemin, rapidement… Je comprends : nous sommes à l’orée d’un chemin forestier qui grimpe, il n’y a la place que pour une seule personne à la fois. Je prends le train en marche. Je grimpe.

Que dis-je « je grimpe » ? Je commence par marcher. Puis, je monte une marche, puis deux, puis trois. Je regarde les pieds de devant. J’écoute mon souffle. Je gravis la pente. Je fais face au mur. Je commence à sentir des entailles dans mes jambes. Le cœur s’emballe et pourtant je ne fais que marcher. Un petit virage et on continue. Je lève les yeux et une procession ininterrompue d’adepte de la grimpette se déroule à perte de vue. Alors, je continue verticalement à dérouler des mètres. Dans le rythme obsédant de mon voisin de devant, me permettant ainsi de trouver le sien à celui qui me suit, je suis le maillon d’une longue chaîne humaine qui relie le bas du sentier à une sortie en altitude imaginée. Chaque pas est une marche sur laquelle j’assieds ma victoire prochaine. Chaque pied posé donne la sensation que mes jambes finiront par lâcher et que mon objectif de terminer est un doux rêve que j’ai caressé. Une heure que j’ascensionne, que je m’élève dans le dénivelé, et la forêt environnante me cache tout ce qui pourrait m’insuffler un peu d’espoir dans la fin de cette lente et interminable marche vers les cieux.

Parfois, un répit s’accorde et le chemin s’élargit. Mais c’est de la descente que l’on nous sert ! Certains poursuivent leur marche, d’autres trottinent. Je survole littéralement ces passages, gagnant à chaque fois une bonne vingtaine de place. Je ne fais pas tant ça pour gagner du temps ou des places. Retenir le corps dans la descente me semble bien plus fatiguant que de se laisser porter par la pente. Je suis frais : j’en profite pour m’écarter prestement des pierres et des branches qui sont de véritables pièges à entorse. Parfois, j’entends une réflexion dans mon dos « ben dis donc, il a des jambes le gars en jaune... » Aucun persiflage, plutôt une forme de reconnaissance dubitative de la part de coureurs dont les jambes semblent avoir déjà beaucoup soufferts.

Puis, on reprend l’ascension et le rythme est déjà moins soutenu. Je tiens ma place parmi les wagons qui mènent à la sortie. Parfois, quelques ovnis doublent sur le côté, comme s’ils avaient perdus quelque chose, le temps sûrement, et cherchaient à le rattraper. Je suis tout à la fois admiratif et suspicieux. Je croiserais certains d’entre eux, un peu plus loin dans la course, les dépasserais et ne les reverrais plus. Pour d’autres, leurs semelles et leurs maillots resteront un souvenir. Je souhaite que ce soit parce qu’ils ont passé la ligne d’arrivée sans encombre, devant moi.

« C’est la première fois que tu la fais ? » m’adresse un de mes compagnons d’infortune. Je ne lui cacherai pas que c’est effectivement ma première fois. « Je l’ai faite plus d’une douzaine de fois. Crois-moi, le secret c’est d’arriver frais au glacier. Après, ça roule tout seul. » Il n’y a qu’à arriver frais au glacier donc. Un faux plat se dresse devant nous. Je suis à 157 pulsations. Je le laisse donc partir en attendant d’être plus frais pour trottiner moi aussi. Je ne le reverrai plus non plus. Je peux le remercier, en tout cas, de m’avoir livrer un secret en forme d’énigme.

Que veut dire « rester frais » lorsqu’on vient de gravir 3000 mètres de dénivelé positif ? Un rapide coup d’œil à mon GPS et je suis informé que je n’ai fait que 800 mètres depuis le début de la course. Bien sur, les cuisses sont tendues et prêtes à se déchirer. Mais la douleur reste suffisamment supportable pour continuer à gravir la pente. En tout cas, si cette énigme ne m’avait pas été posée très tôt dans la course, j’en aurais rapidement posé une autre : qu’est-ce que je fous là ?

On sort la tête de la forêt et un rapide coup d’œil vers le bas m’informe sur le fait que mon GPS ne m’a pas trompé. La vallée a l’air bien lointaine. Et devant moi se dresse un mur d’herbes et de boue. Les grimpeurs dérapent, glissent, cherchent leurs appuis : c’est à mon tour de tenter la montée sans faillir. Arrivé en haut de cette petite pente d’un bonne vingtaine de mètre, je suis face au premier point de contrôle.

Contrôle 1 : Télésiège des Coqs, 10h00, 12 km, 1800 m

Quelle vision ! Devant moi, un plat d’une petite cinquantaine de mètre avec des coureurs qui se font bipés. Et sur la gauche, une pente herbeuse, recouverte d’une cohorte de coureurs en train d’entreprendre son ascension. Alea jacta est ! Il faut retrousser ses chaussettes et serrer ses lacets, il y a du dénivelé au programme. Je savais en m’engageant - en « m’enrôlant », devrais-je noter – dans la 6000 D que j’allais souffrir. Et bien allons-y ! Souffrons !

Et je recommence à grimper. Sans envie. Sans plaisir. Avec une douleur respectable, sans être aigue pour autant. Les pieds s’alternent sans difficulté. Les jambes s’élèvent vers le ciel et supportent mon poids sans trembler. Je ne ressens pas de fatigue particulière. J’ai envie de courir, mais ce sera visiblement pour après… Mais après quoi ?

Puis, je vois la résidence Aime 2000. Je sais que j’arrive bientôt à Plagne - centre. Effectivement, après une montée assez abrupte, je débute la descente le long de la résidence. Le sentier est technique, mais je l’ai fait plusieurs fois. Je le déroule, sans difficulté particulière, comme un musicien exécute sa partition maintes fois répétée.

En arrivant près de l’aire de jeux pour enfant, je croise ma mère et ma fille. Elles sont là toutes les deux à me faire des signes. Je m’arrête pour faire le baiser matinal puis reprend mon chemin pour aller jusqu’au ravitaillement où elles me rejoignent très rapidement.

Contrôle 2 : Plagne centre, 10h36’, 16 km, 1993 m

Le ravitaillement est fourni : coca, eau, boisson énergétique, bananes, dattes, barres de céréale, quartier d’orange. Je me restaure rapidement. Une petite photo souvenir avec ma fille. Au moment de me relancer, je croise un coureur qui était dans la même résidence que moi, qui avait déjà fait deux fois la 6000D en 7h30 environ. Je lui demande si ça va pour lui. « Pour le moment, ça ne va pas trop mal. »

Et je repars vers la Roche de Mio. Je suis sur une partie du parcours que je connais puisque la veille, j’ai grimpé la Roche de Mio en randonnée en partant de Bellecôte. Psychologiquement, le fait d’être sur une partie du parcours que je connais me fait beaucoup de bien. L’environnement est familier et je gère très bien mon effort, connaissant d’avance les parties roulantes et celles qu’il faudra grimper.

A partir de 10 km, pour une course et quelque soit la distance, je saucissonne les objectifs. Le tronçon de base minimal est 5 km. Ici, le problème est que l’on n’a pas de kilométrage précis entre les différents points de ravitaillement ou de contrôle. La carte du parcours est extrêmement imprécise et il est impossible de savoir précisément où on se situe par rapport au prochain point de contrôle. C’est très désagréable, même s’il faut reconnaître que le nombre de kilomètre ne donne pas d’indication précise sur la vitesse avec laquelle on va évoluer... En connaissant le terrain, je suis en confiance et je me lâche un peu.

Sur la route du balcon, je trace droit sur la route – en respectant ma limite à 160, pas d’excès de vitesse bien sûr. Comme cela a été mon terrain d’entraînement pour deux de mes sorties, je maîtrise bien les chemins. Je navigue pendant environ vingt minutes en parfaite connaissance de cause. Ce passage me rafraîchit le corps et l’esprit. Puis, on attaque la grande montée vers la Roche de Mio.

La lente ascension vers le lac des Blanchets commence. « Droit dans le pentu. » Plusieurs fois, je me demanderais si je ne devais pas faire un crochet par les chemins de côté plutôt que de prendre de front ses pentes qui semblent de plus en plus interminables au fur et à mesure qu’elles se succèdent. Mouton de Panurge, je suis le mouvement.

Enfin, le lac des Blanchets se découvre devant nous. Une petite descente technique rapide avant de reprendre un chemin de pierre où la prudence est de mise. Je sais qu’au sommet, un petit couloir de course se profile. Je prends donc mon temps pour escalader. Mes pulsations restent autour de 150 lorsque j’atteins le sommet. Je me permets donc encore une petite accélération pour la descente, laissant mes pulsations monter jusqu’à 165 environ.

On arrive alors près d’un petit ruisseau, au pied de la Roche de Mio. Il reste une lente et laide montée de chemin caillouteux, grisâtre, à monter. Si ce qui se profile devant n’est pas beau, en revanche, le panorama derrière est superbe. L’ayant déjà fait la veille, je reste calme et ne cherche pas à gagner du temps dans une montée qui est bien moins pentue que les précédentes. Je sais qu’à la sortie de cette montée : le point de contrôle m’attend, suivi vraisemblablement d’une grande descente de plusieurs centaines de mètres. Il s’agit de continuer à fonctionner à l’économie.

Sans douleur particulière, ni fatigue supplémentaire, j’arrive enfin au sommet. Comme dans tous les ultras que j’ai fait, la douleur s’est stabilisée autour d’un certain seuil et semble ne plus pouvoir évoluer. A ce moment-là, au vu de mes sensations, je sais que je finirai la course. Un rapide calcul me fait penser que je peux finir en dessous des 9h30’.

Contrôle 3 : Roche de Mio, 12h04’, 24 km, 2675 m

Juste après le point de contrôle, se profile une longue descente… J’en ai assez de marcher comme un forcené, en file indienne, à la manière des bagnards dans l’île de Cayenne. J’ai besoin de dérouiller les quilles et de m’enfiler quelques centaines de mètres à bonne vitesse tout à la fois pour me dégourdir et pour vérifier mon état de fatigue.

Me voici lancé à pleine vitesse dans cette descente, sautant au dessus des obstacles et évitant sans aucune difficulté les pierres et les accidents du terrain. Je remonte pas mal de concurrents à ce moment-là. Je suis alors rempli d’une sorte d’euphorie intérieure car je mesure rapidement mes progrès en très peu d’entraînement, depuis mon premier trail (octobre 2008). En effet, quelques accidents aux chevilles m’ont rendu très sourcilleux quant à leur utilisation sur terrain accidenté. Plusieurs sorties en trail « off » m’ont galvanisé et les trois dernières que j’ai faite cette semaine, sur des sentiers techniques de montagne, m’ont permis d’énormément progresser. Je n’ai plus peur de chuter, ni de descendre à pleine vitesse. J’évite ainsi de retenir ma vitesse dans la descente, ce qui aurait pour effet de fatiguer les jambes plus rapidement.

Je ne sais pas combien de temps dure la descente, mais elle me semble rapide. Au bout de cette dernière, c’est un ravitaillement qui nous attend : le dernier avant le glacier. Nous somes au col de la Chiaupe (2492 m). Les bénévoles sont tout aussi sympathiques qu’à Plagne centre. C’est un « bi-ravitaillement » puisque l’endroit est commun aux coureurs de la montée du glacier et à ceux de la descente. Je fais remplir ma poche à eau, qui était initialement faite avec un mélange d’eau pure et de « powerade » citron. Très légèrement sucrée, elle était parfaitement adaptée à mon goût du jour.

Je regarde mon cardio et constate que je suis à 170 environ. Je ne suis pas vraiment essoufflé, mais j’ai comme une gêne, comme si on m’avait amputé de la partie inférieure des poumons, un quart environ. Mes jambes sont douloureusement fraîches, le moral semble bon. Tous les voyants sont au vert. Et j’attaque la grimpette finale vers le glacier.

Je suis tout d’abord frappé, en levant les yeux, par la longueur de cette chaîne humaine qui fait penser à ces longues traînées de fourmis. Il semble n’y avoir ni début, ni fin. En parallèle, des coureurs descendent à toute allure. Le contraste est saisissant entre la lenteur des uns et la vitesse des autres. Cette vision, dans un décor chaotique fait de pierre, me frappe profondément l’esprit : « qu’est-ce que je suis venu faire là ? »

En un instant, mes jambes me paraissent lourdes, mon souffle court et sans aucun enthousiasme intérieur. Tout tourne dans ma tête et je quitte le ravitaillement sans appétit de poursuivre l’aventure. Quelques dizaines de mètres plus loin, un spectateur – à qui j’attribuerai un don de lecture des personnes particulièrement surprenant – me lance : « Il faut juste prendre un rythme et le tenir jusqu’au bout, et ça va passer tout seul. »

Evidemment, lobotomisé par ma frayeur grandissante, je suis le conseil sans réfléchir. J’aligne alors mes pas les uns derrière les autres, comme des petits soldats. Mes pieds avancent sans consulter mon esprit et je prends même la liberté de m’écarter plusieurs fois du chemin des autres concurrents pour chercher des appuis plus fermes dans ses caillasses qui se dérobaient sans cesse sous nos pieds.

Je me surprends aussi à encourager la plupart des concurrents que je sens souffrir. L’un d’entre eux, posté sur le côté, complètement dépité à l’idée de ce qu’il restait à gravir, les yeux perdus vers le glacier, m’annonce : « j’ai les jambes lourdes. » Je comprends l’excuse, le motif que l’on recherche pour retarder le moment de continuer. Moi aussi, mon esprit à chercher à trouver des justifications pour m’écarter des souffrances de cette course. « On a tous les jambes lourdes, mais c’est avec la tête que tu vas finir. Allez, on continue. » Il est repartit. Je ne sais pas si c’est ma phrase qui l’a convaincu ou s’il serait reparti de lui-même, mais en tout cas, tout me porte à croire qu’il est passé par la ligne d’arrivée.

Je maintiens donc mon rythme et me retrouve de plus en plus en difficulté pour respirer. Je maintiens le rythme, ne me préoccupant plus de mon cardio. Me voici d’ailleurs en train de dépasser des concurrents… Un peu obstiné dans sa démarche, le Romook, lorsque la souffrance grandit et qu’il faut s’accrocher aux branches pour ne pas succomber aux milles petites excuses qui pourraient faire abandonner. Depuis que je me suis mis à l’ultra, mon idole est le métronome. On prend une cadence et on la garde le plus longtemps, aussi régulièrement que possible. Beaucoup de réflexions négatives sont ainsi écartées. Je suis trop intelligent pour ne pas arriver à me convaincre du bien fondé de mes réflexions dans un moment de fatigue – et aussi assez con pour me laisser berner par mes propres raisonnements. La dialectique est un piège dans lequel je ne dois pas me laisser embarquer lors de ces épreuves. Le remède est l’action. Agir plutôt que réfléchir. Garder le cap.

J’entends des cris au-dessus de moi : du public ! Ils sont nombreux à être venu nous acclamer sur le glacier. Souvent là pour un proche, notre prénom est inscrit sur le dossard, ce qui leur permet d’être le supporter anonyme d’un instant – et de nous donner la sensation d’être une star reconnue. Je prends alors conscience que la montée du glacier se termine dans quelques mètres. Je me relâche un peu. Je n’hésite d’ailleurs pas à montrer que je serre les dents depuis un moment. C’en est fini de la grimpette pour aujourd’hui. Je vais pouvoir attaquer la descente en toute sérénité.

Contrôle 4 : Glacier de Bellecôte, 13h19’, 30 km, 3055 m

Le ravitaillement est fort sympathique. J’en profite pour retirer la boisson énergétique que l’on m’avait mise à mon insu dans ma poche à eau au dernier ravitaillement, au col de la Chiaupe. Ce n’est pas tant que je suis contre ce type de boisson, d’autant plus que je reconnais le goût neutre de celle que j’utilise habituellement, mais elle est vraiment surdosée... Je la remplace entièrement par de l’eau fraîche, sans sucre.

Je bois du coca, prends quelques quartiers d’orange et des bouts de banane. Au moment de repartir, je vide mes chaussures des micro graviers à l’intérieur et les serre bien pour faire une descente éblouissante. Je vérifie le trajet et je découvre qu’il faut d’abord traverser un bout de glace et un petit ruisseau qui s’en écoule. Ca me contrarie. Et juste après, il faut escalader des rochers un peu glissants pour poursuivre la course. On grimpe encore ? J’ai le moral qui dégringole. Je n’ai plus envie de monter. C’est comme si on me retirait l’énergie avec une seringue. Allez, puisqu’il faut y aller…

Arrivé en haut, ça continue à monter un peu. Deux coureurs discutent en marchant et l’un d’entre eux explique que, juste derrière le sommet de la côte, commence la descente du glacier. J’en suis heureux. Mais cette toute petite partie (moins de cent mètres de longueur !) de montée m’a vraiment atteint au moral. La descente, soudain, s’offre devant moi : j’ai un regain d’énergie immédiat et, très rapidement, je m’élance.

Une douleur me pique derrière le talon alors que j’ai fait deux cent mètres. Juste le temps de prendre la vitesse dans ce chemin de pierre… Je m’arrête et m’assieds : ce n’est qu’un gravier qui est entré dans la chaussure. Plusieurs coureurs me demandent si tout va bien, si j’ai des ampoules… La descente commence bien : à peine commencée, je suis déjà arrêté.

Au fond de moi, en toute honnêteté, je sais que je suis déjà entamé au niveau du moral et que le temps que je mets à relacer mes chaussures est significatifs de mon manque d’entrain à descendre le glacier, c’est-à-dire à finir la course. Je délace et relace donc, sans me délasser. En effet, je commence à accuser une fatigue plus intellectuelle que physique, une forme de lassitude probablement due à quelques paramètres : le soleil (je n’aime pas trop le soleil), le froid, la simili montée qui m’a laissé croire qu’on allait continuer à grimper, et l’inévitable douleur musculaire qui rend les jambes un peu moins habiles dans la descente. Le tout cumulé assombrit mon moral car je pense que les trois heures que j’avais imaginé pour la descente vont être beaucoup plus longues que je l’imagine.

Je me relève et repars. Ca descend vite et je rattrape quelques coureurs. J’ai vraiment une manière de courir symptomatiquement irrégulière. Je m’arrête. Je repars vite. Je m’arrête. Je repars vite. Quand je cours vite, je suis régulier. Cela doit être bizarre pour les coureurs qui sont plus réguliers dans leur course. Ca arrive souvent que sur un tronçon, je les double deux ou trois fois… Je n’ai pas encore bien compris comment je fonctionne. Je crois que plus la fatigue avance, plus le nombre de pause est important. Une forme de course à la « cyrano », sans être gérée de manière consciente…

Une petite montée et je me remets à marcher. Un coureur que j’ai rejoint me donne une information capitale. Après la descente du glacier, il y a le col de l’Arpette à franchir avant qu’il n’y ait que de la descente jusqu’à Aime. Au moins, me voilà prévenu. Cette anticipation est capitale pour moi car je sais que je n’aurai plus que de la descente à partir de Bellecôte et qu’il faut encore que je m’économise. Je repars dans la descente.

Arrivée en bas, il faut descendre un éboulis de pierre qui mène à de la glace à traverser. C’est visiblement très dangereux. Les pierres glissent car elles sont abruptes et humides pour certaines. J’avance précautionneusement. « J’avance » est un bien grand mot, car je me fais doubler trois ou quatre fois pendant ces cent mètres de descente. Puis, je continue à descendre.

Je retrouve de la fraîcheur en descendant, sûrement due à la baisse d’altitude. Le ravitaillement du col de la Chiaupe se profile déjà. Je n’y reste que le temps de prendre de l’eau et je poursuis ma descente dans le Dérochoir. Mon sac pèse une tonne… Je regarde à l’intérieur : ma poche à eau est pleine à ras bord. Le bénévole qui me l’a rempli dans mon dos, a dû penser qu’il était indispensable qu’elle soit pleine complètement. Je suis obligé d’en vider une partie tellement c’est lourd… J’en ai honte car l’eau est un bien précieux et être obligé d’en vider une partie m’attriste. Je le fais en poursuivant ma course, pour ne pas perdre trop de temps. Ainsi, mon tuyau goutte tout le long de mon trajet.

Transformé en petit poucet hydraulique, on peut suivre ma trace tout le long du chemin. Je crois que je suis encore bien frais dans ma tête et j’arrive à descendre rapidement. Je rattrape quelques coureurs, que je dépasse encore. Trois ou quatre me doublent et j’essaierai de les suivre. Mais leurs appuis sont plus sûrs que les miens, et je n’arriverai pas à tenir leur rythme.

On doit franchir plusieurs ruisseaux avec des « roches » mouvantes. Quelle sensation étrange… Vous avez des cailloux et des pierres qui laissent apparaître un mince filet d’eau. Quand le pied se pose, il s’enfonce comme dans de la boue. Le terrain descend régulièrement, même si le chemin forme des ondulations. Lorsque les montées ne sont pas très importantes, l’élan prit dans la descente permet d’arriver au sommet sans aucune difficulté. Je ne marche quasiment pas et suit une course assez régulière. Le point de contrôle se présente au détour d’un virage.

Contrôle 5 : Chalet du Carroley, 14h47’, 35 km, 2053 m

Comme je commence à accuser la fatigue, je décide de ne pas m’attarder au point de contrôle – ravitaillement. Il y a une dizaine de coureurs qui se reposent. Je prends un verre de coca et repars. Le soleil est très haut et j’ai peur d’attraper des coups de soleil. La crème solaire que j’ai mise le matin n’a pas encore été renouvelée. J’en mettrai à Bellecôte.

Dès la sortie du point de contrôle, on recommence à grimper. Cela ne me dérange pas car j’ai été informé par un coureur sur le glacier de cette dernière montée. Le chemin est d’abord herbeux, avant de se transformer en pierrier. Je ne lève pas les yeux vers les hauteurs, de peur d’être impressionné par l’effort qu’il reste à fournir avant d’enfin débuter une descente rapide et bien méritée.

Je prends un rythme et avance sans réfléchir. Je bois régulièrement car la chaleur est montée depuis la descente du glacier. Je suis de plus en plus inquiet pour ma peau que je sens brûler sur mes avant-bras, se dardant progressivement d’une teinte rouge vif inhabituelle…

Je double quelques coureurs qui font quelques pauses pendant la montée. Je tiens mon rythme sans défaillir. Je ne pense même plus à mes jambes : ils me semblent qu’elles ne me font plus mal. Je me dis donc que je suis « encore frais. » Ou tout au moins que je l’étais encore au glacier et que cette descente dans le Dérochoir ne m’a pas trop entamé.

Assez rapidement, j’arrive au sommet de la côte. C’est agréable de voir que tout se passe bien. Les bénévoles du point de contrôle nous encourage tous par notre prénom. Cela donne du courage. La plupart insistent sur le fait qu’il n’y aura plus de montée et que l’on peut être tranquillisé pour la suite.

Contrôle 6 : Arpette, 15h17’, 38 km, 2340 m

Commence alors une très longue descente dans les prés, assez abruptes, dans laquelle je vais mettre un peu de temps à prendre mes marques. J’ai peur de ne pas voir une déformation du chemin et de me casser la figure. Très vite, mon appréhension s’évapore et la vitesse augmente. Je double pas mal de concurrent qui court plus lentement. Le chemin est très étroit et ne laisse la place que pour un seul coureur à la fois. Doubler est donc soit un acte de courage – on est obligé de s’aventurer dans les herbes folles, soit un acte de bonne volonté de celui qui est devant, qui se laisse alors déporter quelques instants sur le côté, le temps nécessaire pour que l’on passe.

Très rapidement, Belle Plagne est en vue et on entre dans le village, acclamé par des tas de visiteurs qui ne sont pas avares de mots d’encouragement et de félicitation. C’est génial, des ailes me portent, même si je sais que la course n’est pas encore finie. La certitude de terminer la course est maintenant fermement établie dans mon esprit.

Après la traversée du village, on voit Bellecôte en contrebas et le chemin rocailleux qui y conduit n’est qu’une formalité. C’est en « romain » conquérant que j’entre au point de contrôle, quasiment sous des applaudissements.

Contrôle 7 : Plagne Bellecôte, 15h38’, 43 km, 1940 m

Pendant le ravitaillement, j’en profite pour jeter un coup d’œil autour de moi. Ma mère et ma fille ne sont pas au rendez-vous. Le système d’alerte par SMS semblait ne pas fonctionner m’avait prévenu ma mère à Plagne Centre. Je suppose donc qu’elle n’est pas au courant de mon évolution de course. J’en profite pour m’interroger intérieurement sur le fait que des amis suivent ma course par le biais du site internet.

Je me restaure et mets de la crème solaire. Un des bénévoles me regarde et me demande si ça se passe bien. « Oui, il n’y a qu’un problème, c’est au niveau des animations. – Quel problème ? Et bien, je suis monté jusqu’au glacier et il n’y avait pas de visite de la Grotte prévue. Je trouve ça dommage. Alors, je retourne dans la Vallée. J’aurais fait ça pour rien. » Et le voilà qui part d’un grand éclat de rire. Si vous ne l’aviez pas deviné, Romook adore faire des petites blagues. Visiblement, on ne lui avait jamais faite celle-là. Il a donc ajouté qu’il fallait que je revienne l’année prochaine pour voir si ma remarque avait été prise en compte. J’acquiesce sans hésiter.

Je sors du ravitaillement et resserre mes lacets. Maintenant, c’est la grande descente. Comme mes pieds ont tendance à glisser dans mes chaussures dans les pentes, je cherche à les stabiliser. Pour le moment, pas d’ampoule : la crème NOK semble fonctionner miraculeusement bien cette fois. Ou alors, ce sont les chaussures. Ou les chaussettes. Ou la coordination des trois. Peu importe, ça fonctionne.

Je m’assieds sur un banc avec un spectateur pour m’occuper de mes destriers. Je discute un peu et explique un peu la course. Mon interlocuteur est visiblement très impressionné. Je reste, évidement, modeste sur ma performance tout au long de mes explications. D’autant plus que la course n’est pas encore terminée. Même s’il me paraît inconcevable de ne pas terminer : tout reste possible…

Je me remets en route, bien décidé à en terminer rapidement. Cela fait 7h50’ que je suis en course. Il reste 16 kilomètres théoriquement. Donc, comme ce n’est que de la descente, je sais que ça devrait aller vite. D’autant plus que plusieurs coureurs ont dit tout au long du parcours que c’était « roulant ». J’estime finir en 1h30 à partir de cet endroit. Cela me fera finir avant les 10h, deux heures avant la limite horaire. Allez ! Cours, Romook, cours !

Je sors de Plagne Bellecôte et la poursuite du parcours se fait sur du bitume. Un vrai régal pour délier les jambes. J’amorce ma descente. Cela ne dure que quelques centaines de mètres et on dévie vers la gauche dans un chemin rocailleux. Il est tellement accidenté que je suis obligé de me freiner dans la descente, de peur de tomber.

On entre alors dans un chemin forestier. L’alternance des passages ensoleillés et de l’ombre due aux arbres donne au chemin un aspect très agréable… Mais aussi, très difficile à pratiquer. En effet, ma fatigue rend ma vision moins précise et les yeux mettent du temps à s’adapter à cette alternance. J’ai du mal à distinguer le relief. Je cours donc en optant pour un enlevé de lunette dès que le chemin est sombre… Rien n’y fait. Mon moral s’effondre d’un coup après un petit kilomètre car je m’aperçois que ma vitesse est loin d’être aussi bonne que prévue. La crainte de chuter prend le dessus et me voilà bientôt en train de marcher.

Je repère des coureurs un peu plus loin devant moi. Je les suis à distance en alternant la course (dès que c’est « possible ») et la marche. Je sens que ma moyenne horaire ne va pas remonter. Mes chaussettes se gonflent alors car mon moral vient de tomber dedans. Conséquence physique inévitable : les pieds sont lourds, et même marcher devient très difficile. Ce qui s’ajoute au fait que je ne suis pas un bon marcheur. Après avoir couru, et c’est là aussi un autre de mes gros défauts, ma marche se fait aux alentours de 2 ou 3 km / h. C’est ridiculement lent.

Pour m’occuper, je calcule donc le temps qu’il va me falloir pour arriver à Aime en marchant. Ca devient vertigineux, voire cauchemardesque. Je me remets à courir en trottinant, sachant que ma vitesse de croisière dans ce cas est aux alentours de 8 km/h. Il n’empêche que la perspective de ne pas finir « vite » entame chaque minute davantage mon moral. C’est d’ailleurs, encore une fois, mon seul problème. Je n’ai mal nulle part. Pas de problème de cheville, de pied, d’ampoule ou de jambe. Rien de rien. Alors qu’est-ce que tu fous Romook à te plaindre, bon sang !

« Allez, Romook, du nerf ! » Et voilà que je m’encourage seul à voix haute dans la forêt. Y a des fois, comme ça, on se dit que si nos amis étaient cachés dans un petit trou de souris, il nous trouverait bien pitoyable. Que voulez-vous… Le luxe, c’est aussi de pouvoir se plaindre quand tout va bien. Je me suis offert un moment de luxe. Je rechausse mes lunettes, retrousse mon moral et me voici, à nouveau, en descente rapide.

Les kilomètres ne sont pas longs, mais le dénivelé est important avec plein de lacets. Impossible de se laisser emporter par une vitesse constante. Les accidents du terrain, alliés à la fatigue générale, m’obligent à être précautionneux. J’envie ceux qui sont capables de descendre en marchant, à bonne allure, de manière régulière. Il est certain qu’à ce moment de la course, j’aurais adopté cette méthode sans hésiter, pour plus de confort. J’arrive, enfin, au point de contrôle suivant.

Contrôle 8 : Les Tuiles, 16h38’, 46 km, 1530 m

Je ne m’arrête pas. Ma poche à eau est suffisamment pleine pour faire les trois kilomètres qui me séparent du prochain ravitaillement. Cette proximité des ravitaillements m’étonne d’ailleurs. Trois en ravitaillement en cinq kilomètres…Cela permet de se voir avancer si on n’a pas de GPS.

Le parcours est sorti de la forêt pendant une petite centaine de mètres et replonge dans la forêt. Le sentier est encore plus accidenté qu’auparavant, avec un fort dénivelé négatif. Je poursuis mon chemin du mieux que je peux dans un groupe de coureurs : je suis au centre. Je suis motivé pour ne pas perdre celui qui me précède tout en voulant assurer ma vitesse suffisamment pour ne pas ralentir ceux qui me suivent…

Malheureusement, un délaçage me force à m’arrêter et je les perds tous instantanément. Je me retrouve seul et ma vitesse chute alors considérablement. Je n’essaie pas de les rattraper. J’avance tout simplement, avec une course lente qui s’entrecoupe de morceaux marchés de plus en plus longs.

L’ombre de la forêt est importante et je trottimarche sans lunette de soleil. J’en ai vraiment marre. Je sais que je ne vais pas vite et le fait de me retenir dans les descentes commence à se faire vraiment sentir dans les cuisses. Mais, après tout ce que j’ai entendu sur le fait que redescendre du glacier est la partie la plus difficile de la course, je me dis que je suis encore bien frais. Ca n’a rien d’insupportable. C’est le moral qui ne va pas car je ne me vois pas avancer... Je réalise que je fais mon premier trail puisqu’il y a plus de 90% hors bitume. C’est le contraire de mon entraînement où je suis à 90% sur le bitume…

Je n’ai qu’un objectif en tête : terminer cette course au plus vite. Je sais que le prochain ravitaillement n’est pas loin et je continue à descendre, à descendre, à descendre... Je rêve d’un grand morceau de bitume pour pouvoir m’élancer, ou d’un sentier dégagé qui puisse me porter sans que je n’aie à regarder mes pieds.

Il est évident que, depuis le début de la course, je prends la terre de haut. Comment faire autrement ? La tête perchée à 1,70m du sol, les yeux rivés vers le bas, je comprends que le terrain m’en veuille, se sentant méprisé. Bientôt, j’entends de la musique au loin et une clairière se découvre. Une pente abrupte et cabossée nous amène dans un village. Je suis accueilli par une fanfare. C’est le dernier point de contrôle avant l’arrivée. Je suis content. Plus que onze kilomètre et demi. Si le terrain s’améliore, je peux encore arriver avant les 10h00 de course.

Contrôle 9 : Montchavin, 17h09’, 48,5 km, 1230 m

J’arrive au ravitaillement, prends quelques bananes et deux verres de coca. Je remplis ma poche à eau. Je ne peux pas m’empêcher de faire quelques blagues aux bénévoles. J’ai un moral ondulatoire, et là je suis dans le côté positif. J’en fais profité tout le monde. Hop ! Je repars…

Vers la sortie du village, deux hommes m’encouragent et me demandent d’où je viens. Je m’arrête un instant pour bavarder. « Evidemment, pour un ch’ti mi, j’imagine que c’est le demi qui vous guette à l’arrivée. » J’explique que j’ai l’habitude de m’hydrater plutôt avec de l’eau gazeuse en entrant dans des considérations techniques, complètement hors de propos à ce moment-là – mais fallait pas me parler… Je conclus évidemment mon exposé de deux minutes par « Mais, par ce temps, un bon demi pression, c’est super. » Effet réussi. Je fais rire les deux. Je crois que j’aimerai bien me rencontrer, par hasard, de temps en temps, pour vérifier que je suis aussi sympa que les gens me le laisse supposer…

« Et vous en êtes où de la course ? » Rapide coup d’œil au GPS. « Ca fait 48 kilomètres et demi que je cours. Je sais, vous allez trouver que le fait d’ajouter un demi, c’est ridicule. Mais vous savez, à la fin, le demi ça compte. » Clin d’œil. Ils rient de bon cœur et je repars avec du bitume qui se déroule devant moi. Je suis remonté à bloc. C’est parti. Je m’en vais t’écraser ces minables onze petits kilomètres en un rien de temps. Je me donne une heure.

Je traverse la rue et le parcours bifurque sur la gauche et ça commence par un sentier broussailleux et rocailleux, assez technique. Je ne vole pas, je tente juste de ne pas me casser la figure en avançant le plus vite possible, c’est tout. L’arrivée n’est pas loin, il faut que je garde ça en tête…

Puis le chemin se fait plus roulant. Je finis par rattraper et doubler des marcheurs. Je jette un coup d’œil à mon cardio : 133 ! Pourtant, j’ai l’impression de courir plus vite que ça. Je n’avance pas aussi vite que mon corps me le laisse croire… Je constate également que depuis le glacier, je cours avec un quart de mes poumons en moins. Si j’essaie d’inspirer à fond, ça me brûle. C’est comme si j’étais complètement essoufflé et que je n’arrivais plus à stabiliser ma respiration.

Après quelques chemins champêtres assez agréables et roulants, on pénètre à nouveau dans la forêt. L’ombre ne me permet toujours pas de distinguer clairement les racines qui sont parfois présentes en grands nombres sur le chemin. Je dois ralentir encore une fois... Le chemin n’est pourtant pas technique. C’est vraiment désespérant de ne pas avancer… En plus, le paysage devient uniforme pendant des kilomètres. Rien ne change vraiment, aucun point extérieur pour se raccrocher à quelque chose. Peut-être que c’est ça le chemin vraiment « roulant » dont parlaient les coureurs… L’absence de bâton rend mes appuis peu sûrs et c’est donc à une allure prudente que j’avance.

Je suis enfin clairvoyant dans mon problème. C’est ma fatigue cérébrale qui m’empêche d’avancer correctement. Est-ce un manque de sucre ? Je ne crois pas. La fatigue accumulée depuis le matin en est fort probablement la cause. Le fait est que le chemin pourrait se dérouler sous mes pieds rapidement. Il n’y a pas de difficulté particulière. Il y a juste que je ne vois pas bien le chemin si j’accélère…

Le terrain se met à onduler. On monte pendant dix mètres, on descend pendant dix mètres, puis on remonte, puis on redescend, puis on reremonte, puis on reredescend... Le dénivelé ne diminue plus ou quasiment plus. Je commence à fantasmer sur la fin de la course… Du pseudo plat pendant 8 km, puis d’un seul coup, une descente quasi abrupte de deux kilomètres… Ou encore on perd 1 mètres de dénivelé tous les 100 mètres, en faisant ces ondulations… Je ne sais pas ce que je préfère. Après quelques minutes à me poser des questions, je me mets à marcher. J’essaie de garder un bon pas, ce sera au moins ça. Je me fais doubler par quelques coureurs puis par un marcheur. Enfin, une jolie blonde me double d’un bon pas, suivi d’un coureur que j’avais déjà croisé plus haut entre Bellecôte et les Tuiles…

Pour ne pas finir seul, dépressif, abandonné de tous au milieu de cette forêt, loin de toute civilisation, je leur emboîte le pas. Ils marchent vite tous les deux, enfin c’est surtout elle qui donne le rythme. Je suis content car cela me fait une compagnie, même si elle est silencieuse. Troisième sur la liste, je mange la poussière qui se soulève derrière eux. Peu importe, je vais suivre.

Le rythme est trop rapide pour moi. Mauvais marcheur, je m’épuise à les accompagner. Je leur laisse un peu d’avance, puis les rattrape en courant. Je les suis à nouveau en marchant, me laissant progressivement distancé… Puis, un petit coup de semelles et je suis déjà sur les leurs. Ce manège dure une bonne vingtaine de minute avant que, pour une raison que j’ignore, je me retrouve second sur les pas de la demoiselle qui va bon train.

Nous nous faisons doubler plusieurs fois. Elle me propose de la dépasser plusieurs fois, sentant probablement que j’arrivais encore à courir alors qu’elle avait décidé de tout finir en marchant. « Non, je vous suis. Ne vous occupez pas de moi. » Ca doit être désagréable pour elle de me sentir juste derrière, qui se laisse distancé, puis qui arrive en courant et au dernier moment se remet à marcher…

Désolé, mais sans vous, mademoiselle, je serai en train de me traîner... N’ayons pas peur de l’avouer, il y a de l’orgueil masculin à refuser de se laisser ensevelir sous la poussière par une marcheuse. Peu importe, le fait est que je maintiens une vitesse de croisière un peu plus rapide que si j’étais seul. Et le profil qui s’offre à moi n’est pas le plus déplaisant. Je sens mon moral qui remonte.

On entend des voitures qui roulent et un peu de bruit. Je me dis alors que c’est bientôt fini. Je décide de la doubler et me voici reparti en trottinant plus rapidement que sa marche. J’avance régulièrement avec la ferme attention de ne pas me laisser rattraper. Mon souffle n’est pas terrible, mais les jambes fonctionnent toujours. Peu après je sors de la forêt et je trouve du bitume. « Il reste deux kilomètres pour l’arrivée m’annonce les bénévoles. »

Je lâche les chevaux qui sont retenues depuis le début de cette longue et interminable descente. Je suis un « bitumard », vraiment c’est une évidence. Et je remonte alors pas mal de coureur qui se traînent (Quoi ?! Hey Romook, tu veux qu’on te rappelle comment tu avançais dans la forêt ?!)… J’avance régulièrement. Tout va bien. Ce n’est pas la performance de l’année, je le sens bien. Mais je finirai en courant.

Arrivé à l’entrée d’Aime, je me trompe et prends le chemin sur la gauche, avec les voitures et une petite côte plutôt qu’un chemin qui passait par un tunnel plat d’après ce que j’ai remarqué par la suite. Peu importe, je rallie le centre de la ville. Je suis surpris par un portique qui me bipe à l’entrée d’une rue commerçante. C’est comme ça que ça se termine ? Pas d’accueil, de bouteille d’eau, rien de rien ? Les terrasses, pleine de coureurs et de public, se mettent à me hurler de continuer que l’arrivée est dans 100 mètres.

Je repars, un peu éberlué, et arrive enfin à l’arrivée. Une belle petite place, avec des coureurs qui m’applaudissent devant une bonne bière pression. Il fait chaud : j’ai immédiatement envie de me joindre à eux. Ca, c’est vraiment de l’accueil de fin de course. J’en ai les larmes qui montent aux yeux. Je me dirige vers un café et c’est alors que tous les coureurs présents me font des signes de continuer. Hein ? C’est pas là l’arrivée ? Il faut descendre et passer sous l’arche où il est écrit « Arrivée. » Pffff !! Et je repars en courant, avec l’attitude de « Bozo le coureur » et là, enfin de enfin, j’entends le présentateur qui annonce mon arrivée avec une foule en délire, « Romook, dossard 678, le voilà ! » C’est tout juste s’il n’y a pas des cotillons qui tombent du ciel avec un feu d’artifice pour m’accompagner…

Arrivée Aime : 18h41’03", 61,5 km, 673 m

Je franchis donc, pour la troisième fois en moins de deux minutes (tout au moins psychologiquement), la ligne d’arrivée en courant. On m’arrache la puce électronique, me donne une toute petite bouteille d’eau et une boîte en carton, m’indiquant tout aussi rapidement le ravitaillement sur le côté.

Voilà, ça y est, c’est fini. J’arrête mon GPS et vais boire un coca. « Alors, papa, t’as gagné ? » Finalement, je prends un seven-up. Ca fait longtemps que je n’en ai pas pris et j’ai l’impression que ça va être meilleur. « Alors, c’est fini ? » D’un seul coup, je réalise que ma petite fille est là, qu’elle me tire le tee-shirt... J’en suis tout ébaubi. Je ne m’y attendais pas puisque les liaisons Aime – la plagne centre ne sont pas bonnes en bus et que j’ai pris ce matin la seule voiture…

Un bus de l’organisation a descendu ma mère et ma fille vers la vallée. Quelle surprise ! J’en ai les larmes aux yeux. Je m’assieds sur le bord du trottoir, boit ma boisson et écoute les jérémiades d’une vieille dame qui explique que son mari est complètement fou d’avoir fait cette course, qu’elle avait sûrement une place moins enviable à l’attendre ici alors que lui, pendant ce temps, s’amusait à faire la course… « S’amuser », à cet instant, je me suis rendu compte que les petits désagréments que j’avais rencontré dans la course m’ont été bien plus pénibles qu’il n’y paraissait. En fait, j’ai passé une journée en enfer. Ma fille doit le sentir puisqu’elle me caresse le bras affectueusement.

Grimper lentement de manière continuelle était désespérant et douloureux. Descendre sur des chemins où j’étais obligé de retenir la vitesse était horrible. L’absence de variété de paysage dans la forêt, sur la portion la plus longue, était fatigante. Sans compter l’absence de souffle… Bref, j’annonce à ma mère que c’était la dernière fois que je la faisais celle-là. Faut être cinglé pour « courir » ça. Il n’y a pas de doute : si j’avais pris la mesure de ce qu’il y avait à faire comme effort physique, j’aurais probablement été tétanisé par la peur et je n’aurais pas su finir.

Epilogue

Après avoir dormi une bonne nuit, j’ai pris la voiture pour rencontrer la Tortue et participer à la remise des prix. Quelques petites courbatures, aucun gonflement de cheville : je suis en bon état. Quelques échanges avec la Tortue me remettent définitivement les idées en place. J’ai vécu un moment génial et je suis heureux d’avoir fait cette course. Les indications de la Tortue sur l’UTMB m’ont motivé plus que jamais.

Il faut que j’apprenne à maîtriser les techniques de « hors sentiers » pour me sentir définitivement à l’aise, même en cas de fatigue. Ce sera la première grande leçon de la course. La seconde, et il faut que je me la grave dans la tête, sur l’os du cerveau s’il le faut, c’est que pour une course de montagne ou de trail, le chrono n’est pas important… Il vaut mieux courir aux sensations. J’ai respecté ma limite de 160 au cardio. A la fin de l’épreuve, mon instrument de mesure indiquait 144 de moyenne. Si je ne m’étais pas morfondu sur le fait de ne pas pouvoir aligner rapidement les kilo que j’avais imaginé… Mon moral aurait été meilleur et j’aurai fini plus « facilement », c’est-à-dire sans me dire que j’en avais marre, etc…. Promis juré, je fais un effort pour ne pas recommencer…

Je pense avoir revu la coureuse blonde lors de la remise des prix, une kikoureuse. J’ai failli aller la voir pour « m’excuser » de l’avoir pistée dans la forêt… Mais je n’étais pas sûr que ce fût elle. Et puis, elle m’aurait peut-être trouvé étrange de m’excuser de l’avoir prise pour lièvre... Bref, si elle me lit, elle se reconnaîtra sûrement. Désolé d’avoir couru sur les talons pendant si longtemps…

C’était ma première course en montagne. Je l’ai fini. C’est une course mythique. Après une période d’octobre à mai, sans jamais chausser les chaussures (sauf pour remarquer que j’avais toujours mal au pied gauche), on peut dire que le retour se fait plutôt bien. J’aborde donc avec sérénité le Grand Trail du Nord au mois d’octobre.

Enfin, je re-signe pour l’année prochaine, c’est sûr. L’impression d’enfer vécue pendant la course n’était qu’une image fugitive dans ma tête, due à la frustration de ne pas donner tout ce que je pensais donner dans la course. Il faut donc que je prépare les choses autrement. Ô joie de l’expérience ! Peut-être un mp3 m’aurait fait du bien. L’isolement dans la course, sans musique, alors qu’habituellement je cours avec, est probablement aussi à l’origine de mes fluctuations fréquentes de moral.

Un grand Grand bravo et remerciement pour ce public extraordinaire, ainsi que pour cette organisation incroyable qui rend les choses simples et agréables malgré les efforts. J’ose le dire : c’est une course incontournable.

Romook

mardi 9 juin 2009

Les moins bonnes blagues du poker

Tous les mercredi soirs, depuis plusieurs mois maintenant, je joue au poker. Je me suis spécialisé dans les blagues nulles, celles qui font rire uniquement parce qu'il y a une tension à table. Par écrit, ça risque d'être un bide total. Vous êtes prié de ne pas lire la suite s'il vous plaît.

Vous montrez votre jeu et vous n'avez aucune combinaison, votre...

... suite n'est pas sortie, vous pouvez annoncer triomphalement : "j'ai une suite yougoslave."
... couleur n'est pas sortie, vous pouvez clamer : "couleur arc en ciel"

Vous pouvez également souhaiter à vos adversaires "Ante - bonheur" lorsque les ante arrivent.

Vous pouvez annoncer une "mise marshall" pour vos relances.
Vous êtes en tête en tête et vous voulez "folder", annoncez plutôt : "J'abdique." C'est rare de pouvoir utiliser cette phrase, autant en profiter.

Si vous êtes un homme à côté d'une femme, n'oubliez pas de lui rappeler que c'est elle "la grosse" lorsque la grosse blind arrive sur elle.

Assis à côté d'un homme, n'oubliez pas de dire "Pour la petite, c'est toi?" lorsqu'il est de petite blind.

Des blagues très classes, qui fleurent bon la haute société... Je vous épargne les "je me doutais bien que * tu avais une grosse paire / * tu en avais une plus grosse que moi." (rayer les mentions inutiles)

Je tiens à faire remarquer que je vous avais EXPRESSEMENT demandé de ne pas lire ce billet, qui dégrade évidemment la haute opinion intellectuelle que vous aviez de moi. Je vous présente néanmoins mes excuses.

Romook, la honte...

jeudi 7 mai 2009

Non, la femme n'est pas un objet sexuel

Comme chacun sait, je suis de retour sur ma terre natale d'adoption, ou plutôt devrais-je dire ma terre d'adoption natale, bref la Chine. Durant ces longues journées de solitude que je passe près du lac, j'en profite pour méditer et approfondir quelques sujets métaphysiques, comme tout le monde pendant ses vacances, méditations coincées entre un roman Warhammer et un ouvrage technique sur le poker.

Ce que l'on n'imagine pas, c'est que je suis seul, vraiment seul (je veux dire sans compagnie féminine d'aucune sorte). C'est dans cet état d'abstinence appréciable que l'homme peut enfin laisser divaguer son esprit sur des sujets plus profonds les uns que les autres, laissant couler son regard sur quelques jeunes apparitions, qui sont autant de créatures divertissantes que ravissantes - étant précisé que les millénaires de différences culturelles rendent les relations de toutes sortes - ou presque - impossibles.

Décidant de m'atteler à un sujet plus profond, par sa nature même, que les autres, je me décide donc, en tant que sage, à résoudre l'énigme, le mystère suprême, la Grande Question. La Femme, en tant que question intérieure de l'homme, m'apparaît alors comme le problème à résoudre de la matinée. Après deux cafés et 47 pages de Warhammer, j'étais prêt à en découdre sec avec cette redoutable question : la femme est-elle autre chose qu'un objet sexuel ?

Le lecteur, masculin je l'imagine puisqu'une femme n'a que faire des questions philosophiques, remarquera que je ne rechigne pas à la tâche. Dès 10h40 du matin, s'atteler à répondre à une telle question, faisant fi de tous les lieux communs - voire peut-être de vérité culturelle - et de tous les préjugés imaginables, je prends le risque de reconsidérer l'un des plus grands acquis de l'humanité depuis la domestication du chien et du cheval. Il faut dire qu'avec les animaux, l'homme a toujours su s'y prendre. Néanmoins, une remarque liminaire s'impose : ce qu'il a réussi à faire avec les chiens et les chevaux, on l'attend toujours de la femme. Les techniques de domestication sont encore perfectibles... Ou alors la femme n'est pas un animal comme un autre.

Lorsque l'on fait une recherche scientifique ou philosophique, il faut s'attendre à quelques remises en question sérieuses. Et là, force est d'admettre que mon raisonnement débute très exactement au fait que la femme n'est peut-être pas un animal. Bien entendu, cela reste à démontrer, surtout lorsqu'on veut contredire une idée dont la réalité est fermement établie. Tout d'abord, qu'est-ce qu'un animal ? Voilà la première question qu'il faut se poser. Bien entendu, un animal se définit avant comme un non-homme. Et là, face à cette définition, la femme est inévitablement un animal, à n'en pas douter.

Affinons le concept d'animal... Quels sont les points communs des animaux qui les différencient des hommes ? Le premier point, que je relevais, est le contrôle de la pilosité. Les animaux subissent les variations de leur pilosité en fonction des saisons. Les hommes peuvent décider de raser et épiler leurs poils en fonction de leur humeur. Qu'en est-il des femmes? Et bien c'est très exactement pareil aux hommes!! En effet, elles peuvent se raser et s'épiler leurs poils en fonction de l'humeur de l'homme. Sur ce premier point, il semblerait donc que la femme n'est pas un animal. Cherchons tout de même d'autres différences. Il faut savoir ne pas se satisfaire de réponse simple.

Dans la nature, les animaux se nourrissent quant ils peuvent. Les hommes, quant à eux, peuvent décider de manger quand il leur plaît. En effet, Mère Nature a pourvu aux besoins des hommes en créant le Mc Do, ou encore le Burger King, ce qu'assurément les animaux n'ont pas... Et que rencontre-on au Mc Do si ce n'est également des femmes ? Là encore, la femme n'apparaît pas être comme un animal. Elles sont visiblement plus proches de l'homme que de la chèvre. Mais n'étant pas homme à chercher la facilité, je vais encore approfondir ma recherche.

Prenons la sexualité. Par exemple, hein, non pas que je sois porté particulièrement sur le sujet - surtout lorsque je pratique des exercices de réflexion métaphysique comme maintenant. Bref, la sexualité. Les animaux subissent les affres des cycles hormonaux et des saisons pour leur période de copulation. L'homme, ce grand gaillard, ce guerrier au glaive toujours prêt, peut à tout moment copuler - tant que ses forces physiques le lui permette et pour un peu que la femme y mette du sien, c'est-à-dire fasse l'effort de se maquiller. Il semblerait donc que la maîtrise de la sexualité soit vraiment la grande différence entre un homme et un animal. De là à dire que les hommes sont des cochons, c'est bien mal connaître les cochons et leur sexualité si pauvre. Cotoyez-en quelques uns et vous comprendrez ce que je veux dire. Pour ceux qui ne savent pas où en rencontrer, renseignez vous auprès de votre club échangiste le plus proche pour connaître la date de la prochaine soirée zoophile. Mais qu'en est-il de la femme ? Hm?!

A tout le moins, la femme a une sexualité qui correspond normalement à celle de l'homme. En effet, en fonction des désirs de l'homme, elle s'accouplera avec ce dernier. Parfois, répondant à un devoir de conscience, elle s'acquittera de son obligation naturelle de faire une fellation. De là à dire que le droit viendrait sanctionner les paroles "ce soir, mon chéri, t'auras une petite pipe." par la transformation de l'obligation naturelle en une obligation civile, il n'y a qu'un pas. On attend une confirmation de la Cour de cassation sur ce point. En tout cas, on peut conclure que la femme contrôle également sa sexualité en la lissant sur celle des hommes.

Mais parce que le droit reprend finalement des mécanismes culturelles ancrées, cette réflexion me conduit à penser que si la femme n'est pas un animal, elle n'est peut-être pas un homme pour autant. On remarque en fait qu'elle reste soumise à la volonté de l'homme, sans être parfaitement domestiquée. Sa pilosité varie en fonction de l'humeur de l'homme... Elle se restaure au Mc Do, souvent en présence d'un homme... Elle a une sexualité dépendante de celle de l'homme. Oui, je dis bien dépendante. A-t-on déjà vu une femme forcer un homme à faire l'amour contre son gré ? Et ben non. C'est bien la preuve que la dépendance est unilatérale. Et il est souhaitable qu'elle le reste, question de respect des droits de l'homme. Et pour les filles du fond, là-bas, oui, Albertine, je t'ai vu... Non on ne donne pas "envie" à un homme : on lui rappelle adroitement qu'il avait ignoré l'une de ses envies. Ça n'a rien à voir avec "donner envie"... La mauvaise foi, ça va bien un moment...

A bien y réfléchir... Les poils, la bouffe, le sexe : tout cela évoque bien une relation au corps. Et donc la sexualité, d'un point de vue certes un peu étendu - mais ce n'est pas Freud qui viendrait me contredire - mais la sexualité tout de même. Alors si la femme n'est ni un homme, ni un animal et qu'elle a un lien avec le sexe, la conclusion semble s'imposer d'elle-même : la femme est une chose. Je dirai même mieux pour être plus précis : un objet sexuel.

Il est alors 10h42 lorsque je sors exténué de cette profonde réflexion philosophique, moment pour moi d'être tiré de mes méditations métaphysiques par un objet sexuel en puissance qui se met à courir devant moi. L'innocence et la fraîcheur de cette petite fille me pousse alors à m'interroger à nouveau. Est-ce vraiment là la finalité de la femme ? Son appartenance au monde ? Je décide de replonger dans mes réflexions intérieures et de ne pas me satisfaire de cette réponse qui semble pourtant proche de l'évidence.

Il est un fait que le corps de la femme est parfaitement adaptée à la jouissance masculine. Prenons les différentes options offertes par la nature, une par une. La première, certainement d'ailleurs la plus importante, la bouche. Grâce à cet orifice, l'homme peut bénéficier de tout un ensemble de plaisirs qui sont à la fois visuels, sensuels et auditifs. Tout d'abord visuels, le mouvement de va et vient de la tête rappelle les douces ondulations des vagues et porte l'homme, naturellement prédisposé, à un état méditatif, presqu'extatique. A-t-on seulement vu un homme en train de discuter d'un match de foot à ce moment-là? C'est dire à quel point ce mouvement marin le repose et l'entraîne vers des abîmes philosophiques dont les femmes n'auront jamais idée. Plaisir sensuel, bien sûr, car les caresses prodiguées lui permettent de ressentir dans tout son corps de voluptueuses vagues de détente. Enfin, le summum du plaisir est atteint grâce à l'orifice buccale de la femme car, et c'est là une véritable exception aux deux autres organes utiles, le silence règne. Pour une fois, l'utilisation de sa langue ne fatigue pas l'homme. Véritablement, la femme permet à l'homme de se transcender lui-même grâce à la paix intérieure qu'elle crée en se taisant. Et si, par malheur, elle venait à vouloir dire des insanités amoureuses à ce moment-là - chose parfaitement inutile car les hommes se contentent alors fort bien de comprendre par les actes tout l'amour qu'on leur porte, inutile d'être redondantes, mesdames, avec des paroles : l'homme est un être qui apprécie la concision, fallait-il le rappeler - je reprends donc, si, par malheur, elle venait à vouloir dire des insanités amoureuses à ce moment-là, une caresse amoureusement appuyée sur la nuque lui fera comprendre délicatement (suce, cochonne!) qu'elle ne doit pas troubler la paix intérieure de l'homme tant qu'il n'a pas terminé sa réflexion.

Le second orifice est celui qui est classiquement utilisé par les débutants de l'amour, individu sans culture amoureuse et dont l'imagination sexuelle est aussi fertile que le désert d'Ethiopie... Il peut rendre quelques services et semblent satisfaire la femme. Peu importe, ce n'est pas notre propos : on a une conclusion philosophique à trouver. En plus, inutile de s'y attarder, bien d'autres plaisirs nous attendent ailleurs. Tournons-nous directement vers le petit dernier, présenté dans un écrin de fesse, qui est relativement plus exotique. Certains en font leur quotidien, ce qui me semble regrettable (pardonnez-moi cette digression subjective dans une étude scientifique), car ils risquent d'y perdre ce qu'ils viennent y trouver : l'étroitesse. Nécessitant une largeur d'esprit qu'on ne peut que louer, l'homme y trouvera un moelleux inconfort quelques instants pour ensuite bénéficier d'une vue imprenable sur l'ensemble de ces merveilles que recèlent le corps de la femme. Là encore, bien que l'on ne puisse encore expliquer pourquoi, la femme n'usera que très peu de sa bouche, si ce n'est que pour quelques cris incompréhensibles, ce à quoi l'homme répond généralement sur le même mode, par pure politesse entendons nous bien.

Ces réflexions pratique m'amenèrent à la réflexion suivante. Si la femme est un objet sexuel et que, pour cela, la nature l'ait doté de trois orifices, pourquoi l'homme n'a été pourvu que d'un seul membre ? Si la nature avait voulu faire bien les choses, elle aurait doté l'homme d'une "tribite". A n'en pas douter, dans ces conditions, l'évidence s'imposerait d'elle-même : la femme serait un objet sexuel. Or, force est de constater que l'homme a finalement trop à manger sur la femme puisqu'il ne peut utiliser que 33% de ce qui lui est offert. Dans un autre sens, on peut donc dire que la femme est privée, pour chaque sorte de plaisir sexuel, de 66% du bonheur que peut lui offrir son corps... C'est assez lamentable et on n'a plus à se demander pourquoi les migraines fleurissent le samedi soir... Tout simplement parce que, quitte à être amputées de son plaisir et de n'avoir que des bribes de début de quelque chose, les femmes préfèrent se passer du plaisir d'être frustrées.

A ce moment-là de ma réflexion, inutile de vous dire que j'étais complètement désemparé. Si la femme n'est pas un objet sexuel, n'est pas un homme et n'est pas un animal : mais alors qu'est-elle donc ? Et là, la réponse m'apparaît dans la lumière éclatante d'un soleil aveuglant. Une énorme masse sombre m'inondant de ténèbres pendant quelques instants. Puis, je recouvrais la vue. Une femme enceinte était passée devant moi. La femme est la femelle de l'homme. De toutes les hypothèses, c'est finalement celle qui me semble la plus probable. CQFD.

Romook, et hop! un coup de soleil de trop en Chine et voilà...

jeudi 9 avril 2009

A propos du réchauffement climatique

Il est des évènements majeurs qui affectent notre terre et qui doivent être pris en considération. Je ne vous cacherai pas que j'ai toujours été un être sensibilisé à la protection de notre environnement. C'est pourquoi je me dois de mettre en valeur un point de la plus haute importance - et ce, quelles qu'en soient les conséquences sur la vie de tout un chacun.

La polygamie officieuse - l'adultère si on doit utiliser le jargon juridique dans le cadre du mariage, ou encore la trahison, si on doit reprendre le jargon féminin dans le cadre des relations de concubinage - nuit à l'environnement. En effet, rien n'est plus difficile à supprimer que les effluves naturellement sécrétées par le sexe féminin lorsqu'il est excité. Même en utilisant du savon, l'odeur est tenace et résiste aux épreuves de propreté les plus intenses. Etre un homme infidèle revient à être spécialiste en nettoyage corporel pour faire disparaître les traces discrètes - mais tenaces - de l'activité ludosexuelle... Sans quoi, point de salut et rapidement l'activité de polygame officieux connaît un retour forcé à la monogamie, sans aucun lien avec une quelconque évolution morale, mais bien plutôt à titre de sanction ingligée par l'être qui se sent trahi.

Ainsi, l'excès d'utilisation de savon induit par la nécessité de faire disparaître les traces de l'infamie (jargon encore féminin : je m'adapte à mon lectorat) se répand nécessairement dans les canalisations et, par voie de conséquence directe, pollue l'environnement. Ainsi, les stations d'épurage doivent fonctionner d'autant plus pour corriger les erreurs commises (jargon du mari repentant), ce qui induit une activité industrielle importante, ce qui entraîne nécessairement les problèmes de réchauffement climatique. La boucle est bouclée. Voilà, on y est : l'infidélité des hommes conduit au réchauffement climatique par la faute des femmes. Simple, certes, mais il fallait y penser.

Heureusement, il y a des solutions, qu'on se le dise. La première, mais ce n'est évidemment pas la plus intéressante, est de tous devenir monogame. Cela suppose que les femmes acceptent que l'on conserve leur odeur sur nous : mais sans mélange, juste celle de celle qui nous chérit amoureusement, pas celle de la vile maîtresse ne respectant absolument pas la compagne de notre existence (ndlr : preuve encore de l'égoïsme des femmes)). Oublions cette solution qui suppose de rendre malheureuse la compagne de jeux érotiques.

La seconde solution est de modifier génétiquement les femmes pour que leur cyprine soit sans odeur sur la peau, ou se lave plus facilement. Si c'est compliqué à mettre en œuvre, on pourrait tout simplement faire ça sur 70% des femmes de l'humanité seulement. 30% destinées à devenir compagne d'existence, 70% réservées à un usage ludique et qui pourrait avoir ainsi plusieurs relations dans leur existence. Dans tous les cas, il faudrait faire un dépistage pour repérer les femmes destinées à devenir maîtresses et celles destinées à devenir épouse. Il est bien évident que la distinction entre les deux catégories est assez simple à réaliser : la plupart des potentielles maîtresses souffrent d'inconstances affectives, ou pire d'un très mauvais caractère, qui est en totale contradiction avec leur merveilleuse façon de faire l'amour. Sur cette base, on doit pouvoir trouver le gêne qui marque la distinction entre ces deux types de femme, puis on modifie génétiquement le corps pourvu de ce gêne.

Pour la reproduction du modèle de maîtresse parfaite (entendre inodore dans le jargon masculin), nulle doute que les caractéristiques génétiques se reproduiront rapidement car les hommes auront naturellement à cœur de favoriser cette nouvelle espèce, conformément aux théories darwinesques. Cette solution est idéale et permet d'être écologiquement viable à long terme. C'est la solution gagnant - gagnant.

J'en vois déjà qui pointe du doigt le défaut de cette solution : le temps nécessaire à sa mise en œuvre. Heureusement, la nature a bien fait les choses. Il y a une troisième voie : celle du non-plaisir. La femme est naturellement portée au sacrifice, et pour sauver l'humanité, il faudra encore qu'elle se plie à cette dure loi qui fait d'elle la mère-gardienne de la vie depuis la nuit des temps...

L'idéal est donc que les femmes-maîtresses - et non pas les maîtresses-femmes - cessent d'avoir du plaisir. Sans plaisir, sans excitation, elles deviendront sèches ce qui rend la situation sans danger pour les écoulements d'eaux usées et les stations d'épurage. On peut remplacer utilement la lubrification naturelle par un lubrifiant à base d'eau, ce qui est tout à fait compatible, avec l'environnement et qui aura pour avantage de ne pas brutaliser le corps de celle qui va déjà devoir serrer les dents pour le bien de l'humanité. Ainsi, la solution intermédiaire avant que l'on puisse transformer les femmes génétiquement est toute trouvée...

Romook, pour une vision scientifique et globale de la relation adultère et du réchauffement climatique

mercredi 11 février 2009

Tragédie amoureuse

Hippolyte :

"O Zeus, qu'as-tu mis parmi nous ces êtres frelattés, les femmes, mal qui offense la lumière ?

Si tu voulais perpétuer la race humaine, il ne fallait pas la faire naître d'elles.

Nous n'avions qu'à déposer dans les temples de l'or, de l'argent ou du bronze pesant pour acheter des semences d'enfants, en proportion du don offert. Ainsi dans les maisons l'on aurait vécu libéré des femmes. Tout au rebours nous en sommes à nous ruiner pour faire entrer chez nous cette disgrâce.

Voici qui prouve à quel point la femme est un mal.

Le père qui l'a engendré et nourrie lui adjoint une dot pour l'établir ailleurs et s'en débarrasser.

L'époux qui prend dans sa maison ce parasite s'amuse à parer la méchante idole et se ruine en belles toilettes, le malheureux, détruisant peu à peu le bien de la famille.

Il a le choix, ou bien de s'accommoder d'une femme amère, pour l'avantage du bienfait d'une haute alliance, ou avoir une bonne épouse dont les parents sont gens de rien.

Chaque fois, le profit doit compenser l'inconvénient. Le plus commode encore est d'installer chez soi un soliveau que sa nullité rendra inoffensive. Je hais celle qui a de l'esprit. Que jamais n'entre chez moi femme aux idées trop hautes pour son sexe! Car c'est chez les savantes que Cypris fait naître le plus de perversité. La sotte est préservée par sa simplesse de tout débordement.

On devrait d'une femme écarter les suivantes, et lui donner pour compagnie des animaux qui mordent sans parler. Tout au rebours, que voyons-nous ? Les méchantes dans leurs chambres trament leurs plans coupables que la servante exécute au dehors. (...)

Soyez maudites. Jamais je ne pourrai rassasier ma haine contre les femmes, dût-on m'accuser de la ressasser. C'est aussi qu'elles ne cessent de faire le mal. Qu'il se trouve quelqu'un pour leur enseigner la décence, ou qu'on me laisse sans arrêt me déchaîner contre elles." (Hippolyte, Euripide, avril 428 avant JC)

A rapprocher de l'aveu de Phèdre pour ceux qui n'aurait pas reconnu Hippolyte...

Romook, déçu ? ...

mercredi 21 janvier 2009

La roulotte

"Dis, grand-père, tu m'avais parlé d'un secret. C'est quoi?
- Mon secret... Tu es peut-être encore trop jeune pour que je te le dise.
- Non, non, je veux savoir. Je te promets, je le raconterai à personne.
- Tu sais, il y a des secrets que l'on peut répéter. Un secret est parfois juste quelque chose que l'on garde précieusement au fond de son cœur, que l'on n'a jamais dit à personne...
- C'est quoi ton secret?
- C'est l'histoire de ma vie... J'ai voyagé toute ma vie et je voudrais que tu devienne voyageur aussi.
- Moi, je veux aller en Australie. Je veux voir des kangourous.
- C'est bien. C'est un beau projet de voyage. Mais, pour partir, tu as besoin d'une roulotte.
- C'est quoi une roulotte ?
- Tu as déjà vu des escargots ?
- Oui.
- Il transporte leur maison sur leur dos. Et bien, pour un homme, c'est la même chose. Pendant son voyage, il utilise une roulotte.
- Il peut prendre un avion aussi.
- Non, parce que ça va trop vite. Moi, même quand je prends l'avion, j'utilise ma roulotte. La vitesse tue trop de chose. Avec une roulotte, le temps ne s'écoule plus de la même manière. Il y a un cheval, devant, que tu guides pour aller où tu veux. Tu avances lentement. Comme ça, tu as le temps de rencontrer des gens sur ton chemin, de sentir les changements de saison, de vibrer au son des feuilles qui bruissent dans les arbres et de manger les fruits que tu croises. Tu peux arrêter ta roulotte où tu veux, quand tu veux.
- Mais, ça sert à quoi la roulotte. Tout ça, on peut le faire sans roulotte.
- Non, la roulotte est indispensable car tu y caches ton coffre à trésor dans lequel tu vas ranger tous les objets que tu vas rencontrer tout au long de ton voyage. A chaque nouvelle étape, tu veux y mettras les nouvelles choses que tu as découvertes. De temps en temps, tu t'arrêtes et tu contemples ce que tu y as caché.
- Il y a beaucoup de choses dans ton coffre, grand-père ?
- Il y a tout ce que j'y ai mis au cours de mon voyage.
- Wahou! Ca doit faire beaucoup alors... Je peux voir tes trésors?
- Non. le coffre à trésor restera secret pour toujours. C'est le principe même du coffre à trésor. Même si je te dis tout ce que j'y ai mis, il en restera toujours dedans que tu ne connaîtras jamais.
- Pourquoi?
- Parce que mon coffre à trésor reste caché dans ma roulotte et personne ne peut entrer dans la roulotte de quelqu'un.
- Moi aussi, je peux avoir une roulotte ?
- Tu as déjà une roulotte. Et tu as déjà commencé à remplir le coffre à trésor, je le sais.
- Comment tu le sais ? Moi, je sais bien que je n'ai pas de roulotte, ni de coffre à trésor.
- Si, si... Tu en as une. Je vais t'expliquer. Le dernier trésor que j'ai mis dans ma roulotte, c'est toi. Dans mon coffre, j'y mets tous les moments que je passe à discuter et à m'émerveiller avec toi. Ces instants sont gravés dans ma mémoire et ces images-là, personne ne pourra jamais me les voler. Toi aussi, tu as déjà commencé à remplir ton coffre, tu sais, et tu promènes déjà ta roulotte. La vie est un long voyage que l'on fait tous en roulotte. Le secret est qu'il faut savoir s'arrêter de temps en temps pour ne pas oublier d'y mettre les souvenirs dans son coffre. Tout ce que tu auras mis dedans n'appartiendra qu'à toi. Il faut savoir aussi redémarrer sa roulotte. Parfois, on trouve un bel endroit, on pense qu'on peut s'y arrêter toute sa vie, mais, en fait, il faut poursuivre son chemin.
- Mamie aussi, elle avait une roulotte ?
- Oui, mamie aussi. Pendant un moment, on avait la même roulotte et on y avait caché chacun notre coffre à trésor. C'est parfois la question qu'on se pose... Savoir si la personne que l'on rencontre sur le bord du chemin doit nous accompagner et conduire la roulotte à nos côtés, ou si on doit ranger cette rencontre comme un trésor dans notre petit coffre. Tu comprendras mieux ce que je dis avec le temps. Bon voyage avec ta roulotte."

Romook, en chemin avec sa roulotte...

samedi 17 janvier 2009

Rien n'est impossible en Chine

Mardi, muni de mes fichiers informatiques contenant mes futures cartes de visite, je me rends chez un petit imprimeur en qui j'ai toute confiance car j'ai déjà travaillé avec lui. Je lui donne les fichiers et, quelques trente minutes d'explication plus tard, je le quitte, songeur, en espérant que mes cartes de visite seront prêtes pour le jeudi. Je partais de Wuhan le samedi matin à 6h45, inutile de penser lui donner un délai supplémentaire.

Le jeudi à 15h30, coup de téléphone. Les cartes de visites ne sont pas faîtes car il ne peut pas les imprimer : c'est en anglais. "Mais, monsieur, je ne vois pas le rapport. Vous m'en avez déjà imprimées qui étaient en anglais! - Non, non, pas pareil, pas pareil." Force est de constater que les autres fois, j'avais eu affaire à sa femme qui semblait beaucoup plus dégourdie que lui. Je lui demande s'il a une solution de rechange, il me dit que oui. Ouf, je suis sauvé. J'arrive alors à sa boutique (16h15) et il me rend mon argent. C'était ça la solution de rechange. Je lui demande où je peux en faire imprimer d'autres : "Je ne sais pas."

Je monte dans un taxi. "Bonjour, vous allez où? - Je ne sais pas. Vous pouvez me conduire chez un imprimeur qui fait des belles cartes de visite ?" Le premier chauffeur me répond que ce n'est pas possible car il vient de l'autre côté de la ville et il ne connaît pas ce quartier. L'autre côté de la ville, c'est Hankou, à 20 km de là, étant rappelé que Wuhan est une ville d'à peu près 8,5 millions d'habitants. Le second chauffeur, plus conciliant, sillonne les rues à la recherche d'une enseigne. Eurêka! On en trouve une... Je rentre dans la boutique : "désolé on ne fait pas de cartes de visite car c'est le nouvel an chinois la semaine prochaine."

J'essaie le coup de fil à un ami. Je me renseigne pour savoir si Yan Pei connaît un endroit où on fait de belles cartes de visites (le prix n'est pas important : en Chine, les cartes de visites, très bonne qualité, en couleur quadrichromie et chère, se négocie autour de 6 euros la boîte, faîte en moins de 24 heures normalement... Qui dit mieux?). Elle se renseigne et ne trouve rien. En marchant par hasard, je tombe dans la rue sur une imprimerie dont le sérieux semble irréprochable. Je leur explique ce que je veux et montre les fichiers. Pas possible de les faire avant dimanche midi à cause de la couleur bleue qui va mettre du temps à sécher. Il est 17h45. J'abandonne et retourne à l'hôtel.

Devant l'hôtel, une magnifique imprimerie, grand standing. Un peu dépité de mes différentes aventures de l'après-midi, je tente quand même l'expérience. "Est-il possible de faire faire des cartes de visite en couleur ? - oui, bien sûr, mais il vous faudra attendre un peu. - Combien de temps ? - Environ 20 minutes."

Et c'est comme ça que je me suis retrouvé à faire imprimer : 3 x 100 cartes de visite (3 modèles différents, dont 2 recto - verso), 400 pages de papier à entête en couleur et 1000 faire-parts en couleur, pour la somme totale de 920 yuans (100 euros environ). Le tout m'a pris moins de deux heures. Happy guy! En Chine, rien n'est impossible.

Romook, essayant de se changer les idées

mardi 13 janvier 2009

Fidélité

n. f., ethn. : 1° psy. Excuse morale pour justifier son inaptitude à la séduction. 2° soc. Abstinence nécessaire à la conservation de la sensation amoureuse.

Citation d'un homme marié : "Y a des personnes qui pensent que chaque début de relation amoureuse leur donne une nouvelle chance. En fait, chaque fin de relation me laisse surtout une nouvelle chance d'être fidèle."

Romook, en poche

lundi 12 janvier 2009

Le cri du silence






















Romook, Romook, PjB, même combat

dimanche 11 janvier 2009

Incertitude

n. f., psy. : Oscillation irrégulière de l'être, passant alternativement d'un état de doute euphorique à celui de douloureux, en vue de résoudre définitivement la question de la prévisibilité des êtres, de la vie et de l'univers.

Romook, en poche